Le cinéma et les couloirs temporels
Le cinéma est l’espace idéal pour la réinvention du passé. Décor ou récit, enquête ou prétexte, le temps n’y manifeste que la forme qu’il reçoit, celle-ci renvoyant, en toute logique, aux intentions qui s’y expriment. Le cinéma traduit le passé en langage, l’expose, l’utilise. C’est dire que, objectivé, détourné ou mythifié, il signifie moins que sa représentation, disparaît même souvent derrière elle. Présence déconcertante que cette mise en valeur d’une ressource réelle mais insaisissable.
Inception, la fabrique rêvée du rêve
Prototype d’un genre pas si répandu – le blockbuster « intelligent » - le film banco surprise (?) de Christopher Nolan n’en finitpas d’alimenter réflexions et débats, et d’attirer dans son champ magnétique multidimensionnel quantités toujours plus imposantes de références hétérogènes mais fécondes. En voici quelques-unes.
Françoise Huguier, Kommunalka
En filmant et en enregistrant la voix des colocataires de la kommunalka, Françoise Huguier conjugue deux captations différentes, l’une immédiate, littérale (la voix), l’autre raffinée, ambiguë (l’image). L’empathie pourrait naître de leur dissociation; le fait qu’image et son s’entrecroisent et se contredisent souvent, introduit dans l’espace de la représentation des dissonances qui, loin d’en appeler au jugement, à la prise de parti, reconstituent la polyphonie si caractéristique des romans russes – de la société russe ? -, polyphonie bouillonnante et chaotique.
Lisandro Alonso, archéologie de solitudes en 4 films
Il filme quelque chose d’invisible, des formes de solitude, ni choisies ni forcées, ni positives ni négatives. Ce sont des isolements fonctionnels, des états pathologiques, des contextes, des géographies à l’écart de la société moderne où la solitude s’impose comme discipline, imprègne les tissus vivants, devient l’air que l’on respire, sorte de camisole invisible, organique.