
DVD, en CA, st. FR.
EDITIONS MONTPARNASSE, 2002.
Vingt-cinq ans après la chute du régime khmer rouge, Rithy Panh
confronte deux rescapés de l'ancien camp de détention S21 et leurs
tortionnaires pour comprendre comment le parti communiste du Kampuchéa
démocratique a organisé et mis en œuvre sa politique d'élimination
systématique.
Situé au cœur de Phnom Penh, S21 était le principal « bureau
de la sécurité » de l'Angkar (l'Organisation). Dix-sept
mille prisonniers y ont été torturés, interrogés,
puis exécutés entre 1975 et 1979. Après trois ans d'enquête,
le cinéaste a convaincu les survivants et les bourreaux de revenir sur
les lieux transformés en 1980 en Musée du génocide. Les
mots ne suffisant pas pour décrire ce qui s'est passé là,
le réalisateur a demandé à chacun de mimer ce qu'il a vécu.
Et c'est dans ce terrifiant jeu de rôles, filmé avec pudeur et
sans jugement, que réside la singularité et la puissance de ce
documentaire. D'un côté, il y a les victimes qui, à l'aide
de tableaux et de photos du camp, tentent de déverrouiller leur mémoire
et de comprendre l‘horreur. De l'autre, les anciens geôliers qui
rejouent froidement, dans le vide, la mécanique du quotidien, sans vraiment
mesurer la portée de leurs actes. S'il y a parfois frontalité,
si la rage sourd dans les silences, le ton est retenu. La mise en situation
est sidérante car elle fait émerger l'implacable minutie de la
machinerie de déshumanisation et d'extermination programmée par
un régime totalitaire.
Dédié « à la mémoire », le
film de Rithy Panh entend témoigner de ces atrocités et semble
amorcer une sorte de processus judiciaire qui tarde à se mettre en place
au Cambodge. En véritable combattant de la Mémoire, marqué
lui-même dans sa chair par cette tragédie, il œuvre, à
travers ce documentaire bouleversant et plusieurs autres réalisations,
à une réflexion sur le passé pour aider sa patrie d'origine
à se reconstruire un avenir commun.
( Catherine Mathy, Dép. Fiction Documentaire )
Note : Rithy Panh a réalisé, entre autres, ces documentaires
disponibles à la Médiathèque : « Site 2 »
TI8251 (VHS), « Cinéma de notre temps : Souleymane
Cissé »
TD1567 (VHS) et participé à « Lumières
sur un massacre : 10 films contre 100 millions de mines… »
TD5491 (VHS).
VO AN st.FR. Durée : 77'.
DVD, en AN, st. FR.
MK2, 2004.
Ce documentaire met rudement en cause l'objectivité des médias
dans le milieu de la télévision américaine à travers
une analyse sans concession de Fox News, la première chaîne d'information
continue aux États-Unis. Durant six mois, le cinéaste et producteur
Robert Greenwald et son équipe ont mis sous observation intensive cette
chaîne qui appartient à l'empire médiatique du magnat australo-américain
Rupert Murdoch. Le film est une compilation de courtes séquences extraites
des programmes et des journaux télévisés présentés
par Fox News, commentés par des experts en médias, d'anciens journalistes
et producteurs de la Fox qui exposent au grand jour les méthodes souvent
ahurissantes appliquées pour le traitement de l'information. On découvre
que derrière les devises « Fair and balanced »
(« Juste et impartial »), les techniques « journalistiques »
utilisées sournoisement au sein de cette chaîne visent clairement
à véhiculer les idées de la droite conservatrice américaine
pro-Bush et ainsi à manipuler l'opinion des trois quarts de la planète.
Effrayant !
En phase avec les propos, la démonstration est très à « l'américaine »
avec un style percutant, un fond musical envahissant, des images rapides façon
clips-vidéos et une touche de sensationnalisme. Certains regretteront
peut-être la vision manichéenne du réalisateur : le
document ne laisse pas de place à l'indulgence, les faits sont établis
et Rupert Murdoch et ses sbires n'ont pas eu la possibilité de donner
leurs avis contradictoires.
Un documentaire incisif qui nous porte à réfléchir sur
la supposée objectivité des médias et sur le recul que
le public devrait avoir face aux informations déversées par les
supports écrits, radiophoniques ou audiovisuels, dans ce contexte de marché
mondial de l'information.
( Catherine Mathy, Dép. Fiction Documentaire )
DVD, en IS, FR, st. FR, AN.
NIGHT & DAY, 2002.
Islande; île volcanique située sur le point de friction de plaques
tectoniques américaines et européennes. Terre où les légendes
sont très vivaces, tellement que parler ou jouer avec des trolls, voire
des elfes ou des monstres marins, est une chose courante qui touche aussi bien
les jeunes que les vieux, tant les fermiers que les enseignants.
Le cinéaste Jean-Michel Roux, qui a déjà à son actif
le film de science-fiction Les mille merveilles de l'univers, s'est
penché sur ce phénomène extraordinaire en interviewant
des personnes qui ont déjà assisté à ces « rencontres
du troisième type ». Il s'attarde sur leurs visages, leurs
regards, leurs mains, pour essayer d'y voir la moindre trace de duperie et de
mensonge. Mais non, rien ! Au contraire, une sincérité à
toute épreuve et une croyance inébranlable dans le surnaturel.
Au point même d'inciter les autorités locales à faire appel
à des médiums avant de déplacer des pierres (censées
être en fait les habitations des trolls) pour construire une autoroute,
voire même de leur demander de faire une cartographie des sites où
résident leurs amis invisibles. À quand le droit de vote ?
La grande question est « pourquoi là-bas ? ».
Est-ce dû au fait que les habitants sont restés en contact avec
la nature ? Est-ce dû au fait que l'île se trouve à
cheval entre deux plaques tectoniques ? Le mystère reste entier,
et il le restera après le visionnement de ce documentaire. En effet,
il s‘apparente plus à une étude ethnologique et sociologique
qu'à un reportage sensationnel à la « Jacques Pradel »,
même si parfois les techniques de réalisation et la musique de
Biosphère et de Hector Zazou y font penser. Ce film est aussi une belle
leçon de tolérance et de cohabitation dans le respect de l'autre.
( Thierry Moutoy, Uccle )
VO AN st.FR. Durée : 77'.
DVD, en AN, st. FR.
MK2, 2004.
Dans la famille des réalisateurs de documentaires à mettre les
pieds dans le plat de l'Oncle Sam (et de George W. Bush), voici Robert Greenwald.
Cette fois, la cible se trouve être la chaîne de télé
d'information Fox News, détenue par le magnat de la presse Rupert Murdoch,
dont le leitmotive est « Fair and balanced » (juste et
équitable). Mais à y regarder de plus près, on s'aperçoit
très vite qu'elle est surtout une tribune pour George W. Bush et son
parti dans la manière de traiter l'information. Tant du point de vue
visuel : à coup de bannières multicolores, de drapeaux américains
et de jingles dignes des séries télé d'action, que du point
de vue du contenu. L'Irak ? Tout va bien le peuple y est H.E.U.R.E.U.X.
Remettre en cause le gouvernement dans l'attentat du 11 septembre est une haute
trahison. John Kerry, une simple girouette qui, de plus, à des origines
françaises (avec toutes les caricatures que cela implique). Cela n'empêche
pas Roger Ailes, président et stratège de Fox News, de déclarer :
« Nous ne sommes pas une chaîne républicaine. »
Ce reportage nous captive en nous montrant jusqu'où l'influence journalistique
et la mauvaise foi peuvent conduire à une manipulation de masse qui est
loin d'être juste et équitable .
( Thierry Moutoy, Uccle )
DVD, en AN, st. FR, NL, AN, ES, AR, AM.
COLUMBIA DVD, 2003.
Voici « encore » un documentaire (de qualité)
qui traite de la politique aux États-Unis. Un de plus, mais certainement
pas un de trop. Errol Morris orchestre le journal intime, en forme de confessionnal,
d'un des hommes les plus influents et les plus controversés des États-Unis
de l'après Deuxième Guerre mondiale, Robert S. Mc Manara. Cet
homme a occupé le poste de secrétaire de la défense sous
Kennedy et Johnson, en pleine crise de Cuba. Guerre froide et guerre du Vietnam,
on ne peut pas dire qu'il exerçait une fonction de tout repos. Ses choix
stratégiques, bons ou mauvais, ont influencé le cours de l'histoire,
aussi bien d'un point de vue géopolitique qu'économique. Il nous
livre son point de vue en onze leçons de guerre (« Se
mettre à la place de l'ennemi » ; « Croire
et voir ont tous les deux souvent tort » ; « On
doit parfois faire le mal pour faire le bien » …), images
d'archives, enregistrements audio et photos à l'appui.
Grâce à une réalisation ingénieuse, ce document nous
éclaire sur une période sombre de l'histoire sans nous ennuyer
une seconde. C'est à juste titre que ce documentaire à reçu
l'oscar du meilleur documentaire en 2004.
( Thierry Moutoy, Uccle )
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