« Le réel possède un avantage considérable
sur la fiction, c'est d'être unique. »
Raymond Depardon – Extrait d'une interview dans Studio Magazine,
juin 2004.
Né en 1942, Raymond Depardon s'oriente très tôt vers la photographie et en vit dès l'âge de seize ans. Devenu reporter, il fonde en 1966, l'Agence Gamma avec Gilles Caron. Après quelques reportages filmés au Vénézuela, au Biafra et au Tchad, il réalise son premier court métrage en 1969 lors des funérailles de Jan Pallach à Prague.
Depardon prolonge son métier de photographe avec le documentaire, se
faisant le spécialiste d'un cinéma direct inspiré des États-Unis,
brut et sans commentaire. Il filme ainsi Valéry Giscard d'Estaing lors
de sa campagne présidentielle en 1974 mais, censuré par l'intéressé,
le documentaire ne sortira que vingt-huit ans plus tard. À partir des
années septante, il s'attelle à la réalisation de Tchad
puis Tibesti Too en 1976 sur l'affaire Françoise Claustre.
Auteur de plusieurs courts métrages qui le voient parcourir le monde, Depardon réalise en 1980 son deuxième long métrage, Numéro zéro , une saisissante plongée dans la rédaction du Matin de Paris.
Patience, discrétion, attention de tous les instants : telles sont les règles d'or du cinéaste qui se fait le témoin du quotidien des photographes de presse Reporters (César du meilleur documentaire en 1982) ou d'une équipe de policiers Faits divers . Fasciné par la vie secrète des institutions, il s'immisce dans des lieux aussi fermés que l'univers hospitalier (l'asile psychiatrique de San Clemente , le service des Urgences de l'Hôtel-Dieu) ou la justice Délits flagrants (qui lui vaut un deuxième César en 2004). Humaniste, le réalisateur dénonce les injustices et la souffrance dans Afriques : comment ça va avec la douleur ? . À la fin des années nonante, ce fils d'agriculteurs se lance dans un travail de longue haleine : Profisl paysans , panorama en trois volets de la France rurale.
Photographe et cinéaste à la réputation mondiale, Depardon multiplie les projets les plus variés (films de fiction, expos, ouvrages, publicités...) tout en restant fidèle à certaines thématiques.
« Ce qui m'intéresse c'est de montrer la douleur quotidienne » Raymond Depardon
Affirmant au magazine Studio que « le vrai documentaire est finalement plus proche du théâtre », il tourne en 2004 10 e Chambre, instants d'audience , nouvel état des lieux de la justice en France, présenté avec succès au Festival de Cannes.
« 10 e Chambre, instants d'audiences » :
Raymond DEPARDON
(Palmeraie et Désert, France 2 cinéma, coul.,
2004, 105')
TI9201 (DVD)
Raymond Depardon a obtenu l'autorisation exceptionnelle de filmer le déroulement
des audiences de la 10 e Chambre correctionnelle de Paris. Il nous dévoile
avec pudeur le fonctionnement de l'appareil judiciaire à travers douze
instants d'audience.
Dix ans après Délits flagrants, le cinéaste poursuit sa démarche et réalise ce témoignage inédit sur le quotidien d'un tribunal correctionne TQ6671 l en suivant sur le vif la comparution de gens ordinaires convoqués pour des affaires mineures qui vont de l'outrage à agent au harcèlement téléphonique, de la conduite en état d'ivresse à la vente de cannabis en passant par le vol à la tire et l'irrégularité des papiers. Face aux prévenus, on découvre une Présidente patiente ou ironique, « compréhensive » ou intraitable, essayant d'expliquer les raisons de la loi. À côté, les avocats commis d'office sont souvent médiocres quand ils ne sont pas ridicules. À la barre se succèdent des hommes et des femmes qui tentent tant bien que mal de s'expliquer et de comprendre ce qui leur arrive. Des histoires qui pourraient nous arriver…
Muni de deux caméras, Raymond Depardon filme le tribunal comme un mini-théâtre où se déroule une comédie humaine avec des « acteurs » qui excellent chacun dans leur rôle. Avec une mise en scène épurée, basée sur le champ/contre-champ, il évite le voyeurisme tout en saisissant discrètement l'humanité de chaque individu. Tous ces visages traduisent une palette d'émotions étonnantes. Optant pour un montage sobre et très étudié, il alterne des plans fixes des prévenus et de leur juge durant des extraits d'audience abrégés de manière assez sèche et généralement suivis de l'énoncé du verdict. Cette démarche austère - et cependant captivante - a un sens : il s'agit de nous montrer la raideur des procédures, la dimension implacable de la Justice et l'extrême précarité des moyens judiciaires dont la seule parade semble être la détermination à soutenir et à appliquer les textes de loi.
10 e Chambre, instants d'audience est un film exceptionnel, à la fois grave et drôle, qui donne à réfléchir sur la Justice tout entière et sur notre société.
À noter : les compléments DVD qui comprennent les conditions de tournage relatées par le cinéaste, deux scènes inédites commentées par Raymond Depardon et son monteur, et un débat public avec l'équipe du film dans le cadre de la sortie du documentaire.
Pour aborder l'œuvre documentaire de Raymond Depardon :
Coffret de 4 DVD Raymond Depardon -
TD2521
Avec les courts et longs métrages documentaires suivants :
Ces films documentaires sont également disponibles séparément, en vidéos ou DVD :
| Délits flagrants, 1994 | TD2525 (DVD) + TI2850 (DVD) | TI2851 (VHS) |
| Urgences, 1988 | TD2524 (DVD) | TN8631 (VHS) |
| Faits divers, 1983 | TD2523 (DVD) | TJ3851 (VHS) |
| Piparsod, un village indien, 1982 | TJ7251 (VHS) | |
| Reporters, 1981 | TD2522 (DVD) | TQ6671 (VHS) |
| San Clemente, 1980 | TN7090 (DVD) | TN7091 (VHS) |
| Numéro zéro, 1977 | TQ5911 (VHS) | |
| 1974, une partie de campagne | TH9921 (DVD) |
Lire aussi la chronique de Philippe Delvosalle sur le documentaire "Profils paysans".
Par ailleurs, le film de fiction Un homme sans Occident, qu'il
réalisa en 2002, est disponible en DVD -
VU8162
(Catherine Mathy, Dép. Fiction Documentaire)
Magazines > A découvert> Documentaires> Archives > Mai 2005 : Gros plan...