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Sélection du mois de juillet 2005

 

Collection Bruno Mersch

EUX ET MOI / LE CIEL DANS UN JARDIN - DVD ­ LE CIEL DANS UN JARDIN / EUX ET MOI - DVD - TJ3741

DVD, en FR.
ARTE, 2001.

Où emprunter, détails...

Anthropologue, philosophe, documentariste, Stéphane Breton nous rapporte aux travers de ses deux films Eux et moi et Le ciel dans un jardin, une singulière expérience humaine et cinématographique : une plongée d'une rare beauté dans la vie quotidienne des Papous de Nouvelle-Guinée.
Depuis plusieurs années, l'ethnologue séjourne régulièrement dans un petit village Wodani caché dans une vallée à la végétation luxuriante. Il parle la langue de ces gens qui vivent nus en cultivant leurs potagers disputés à coups de machette à la jungle…
Voulant échapper au cinéma ethnographique comme au reportage télévisuel, Stéphane Breton a pris le parti d'une caméra subjective, à mi-chemin du journal intime et de la chronique, et dévoile audacieusement la face cachée de son métier, les rapports d'argent et de négociations qu'il entretient avec la communauté pour faire accepter son intrusion dans leur vie et effacer la gêne qui subsistait entre eux.
Ainsi, au travers d'une narration à la première personne, il nous fait part de ses doutes et de ses pensées intimes, comme la honte qu'il ressent en distribuant des billets à ses hôtes. Cette mise en crise du statut de l'ethnologue met à son tour en crise le film Eux et moi, qui devient le lieu d'un partage vivant entre le sujet filmant et l'acteur filmé. Renouvelant le regard télévisuel sur les sociétés primitives, où l'échange marchand structure toute relation sociale, Stéphane Breton nous montre que l'échange humain ne peut avoir lieu qu'à partir du renoncement mutuel à ce que l'on est pour se découvrir autre ensemble. Ainsi, il n'idéalise pas ces Papous et nous les révèle pas plus sauvages que nos voisins de palier. On découvre ainsi une mère qui engueule ses enfants, une famille qui le matin tarde à partir travailler aux jardins, un petit garçon qui bricole avec des bâtons, un vieux monsieur qui se plaint du climat, des adolescents coquets qui tournent en rond, des petites arnaques entre « amis »...
Le ciel dans un jardin est la poursuite de cette conversation ironique et tendre avec ces voisins du bout du monde, mais sur un registre devenu nostalgique. Le cinéaste sait que ce séjour sera le dernier car l'Indonésie l'empêchera de revenir.
Des films magnifiques d'humanité, à la fois drôles et cruels, qui séduisent par l'intelligence du propos, la modestie du regard et l'attention aux événements en apparence insignifiants.
À noter :
- Le DVD offre en complément une version des deux documentaires commentée de façon très intéressante par le réalisateur et la monteuse Catherine Rascon ;
- Ce document a reçu de la Société civile des auteurs multimédia (S.C.A.M.) le Prix du meilleur documentaire 2005.
(Catherine Mathy, Dép. Fiction Documentaire)

 

LA VIE COMME ELLE VA - DVD - TJ9371

Pochette TJ9371.

EDITIONS MONTPARNASSE, 2003.

Où emprunter, détails...

Loin du cynisme de la ville, le film révèle la réalité décalée d'un petit village de la campagne aveyronnaise habité par une poignée de personnages hauts en couleurs reliés par un même désir, celui de vivre proches de la nature, bien et librement.
À l'ombre du château médiéval de Najac, le chef de gare s'occupe comme il peut entre deux trains, un poète de la mécanique, amoureux de ses poupées, philosophe sur l'existence, « l'enfant terrible du pays » pourchasse des brebis coriaces, des agriculteurs fiers de leur métier produisent du bio, une centenaire acariâtre pousse la chansonnette, un paysan fait son pain, une fermière passe son coq à la casserole et le maire de 84 ans séduit ses électrices à coup de saxophone…
Le point commun de tous ces Najacois, c'est qu'ils se contentent de vivre au jour le jour sans se poser de questions. Disponibles, ils laissent les hasards de la vie les conduire et les événements les dépasser. Au bonheur de savoir se contenter de plaisirs simples, s'ajoute celui d'être détaché du regard du voisin ou de la caméra. De cette alchimie se dégagent des moments très drôles, touchants, aux allures surréalistes.
Cependant, il ne faudrait pas réduire ce documentaire - qui par ailleurs possède tous les attributs pour le qualifier ainsi - à un témoignage simpliste de sociologie du terroir. Loin de vouloir creuser le fossé entre la ville et la campagne, le réalisateur a voulu mettre en valeur ce qu'aujourd'hui plus personne ne s'attarde à regarder, la campagne, la nature mais aussi les personnes qui nous entourent. Tout en réussissant à se faire oublier, il filme avec un regard léger et bienveillant les choses comme elles viennent et les gens comme ils sont. Ainsi, petit à petit, on s'attache à eux et on découvre leurs faces cachées, leurs blessures, et au final, leurs raisons de vivre et d'apprécier leur monde. Bien que vivant en apparente autarcie ou isolement, ils ont chacun une philosophie de la vie et montrent une réelle ouverture et une solidarité vis-à-vis du monde qui les entoure.
Avec une photographie et un son très soignés, Jean-Henri Meunier signe avec ce film une très belle leçon de vie, un bouquet champêtre d'humanité. Revigorant !
(Catherine Mathy, Dép. Fiction Documentaire)