
DVD, en FR.
ARTE, 2001.
Anthropologue, philosophe, documentariste, Stéphane Breton nous rapporte
aux travers de ses deux films Eux et moi et Le ciel dans un jardin,
une singulière expérience humaine et cinématographique :
une plongée d'une rare beauté dans la vie quotidienne des Papous
de Nouvelle-Guinée.
Depuis plusieurs années, l'ethnologue séjourne régulièrement
dans un petit village Wodani caché dans une vallée à la
végétation luxuriante. Il parle la langue de ces gens qui vivent
nus en cultivant leurs potagers disputés à coups de machette à
la jungle…
Voulant échapper au cinéma ethnographique comme au reportage télévisuel,
Stéphane Breton a pris le parti d'une caméra subjective, à
mi-chemin du journal intime et de la chronique, et dévoile audacieusement
la face cachée de son métier, les rapports d'argent et de négociations
qu'il entretient avec la communauté pour faire accepter son intrusion
dans leur vie et effacer la gêne qui subsistait entre eux.
Ainsi, au travers d'une narration à la première personne, il nous
fait part de ses doutes et de ses pensées intimes, comme la honte qu'il
ressent en distribuant des billets à ses hôtes. Cette mise en crise
du statut de l'ethnologue met à son tour en crise le film Eux et
moi, qui devient le lieu d'un partage vivant entre le sujet filmant et
l'acteur filmé. Renouvelant le regard télévisuel sur les
sociétés primitives, où l'échange marchand structure
toute relation sociale, Stéphane Breton nous montre que l'échange
humain ne peut avoir lieu qu'à partir du renoncement mutuel à
ce que l'on est pour se découvrir autre ensemble. Ainsi, il n'idéalise
pas ces Papous et nous les révèle pas plus sauvages que nos voisins
de palier. On découvre ainsi une mère qui engueule ses enfants,
une famille qui le matin tarde à partir travailler aux jardins, un petit
garçon qui bricole avec des bâtons, un vieux monsieur qui se plaint
du climat, des adolescents coquets qui tournent en rond, des petites arnaques
entre « amis »...
Le ciel dans un jardin est la poursuite de cette conversation ironique
et tendre avec ces voisins du bout du monde, mais sur un registre devenu nostalgique.
Le cinéaste sait que ce séjour sera le dernier car l'Indonésie
l'empêchera de revenir.
Des films magnifiques d'humanité, à la fois drôles et cruels,
qui séduisent par l'intelligence du propos, la modestie du regard et
l'attention aux événements en apparence insignifiants.
À noter :
- Le DVD offre en complément une version des deux documentaires commentée
de façon très intéressante par le réalisateur et
la monteuse Catherine Rascon ;
- Ce document a reçu de la Société civile des auteurs multimédia
(S.C.A.M.) le Prix du meilleur documentaire 2005.
(Catherine Mathy, Dép. Fiction Documentaire)
EDITIONS MONTPARNASSE, 2003.
Loin du cynisme de la ville, le film révèle la réalité
décalée d'un petit village de la campagne aveyronnaise habité
par une poignée de personnages hauts en couleurs reliés par un
même désir, celui de vivre proches de la nature, bien et librement.
À l'ombre du château médiéval de Najac, le chef de
gare s'occupe comme il peut entre deux trains, un poète de la mécanique,
amoureux de ses poupées, philosophe sur l'existence, « l'enfant
terrible du pays » pourchasse des brebis coriaces, des agriculteurs
fiers de leur métier produisent du bio, une centenaire acariâtre
pousse la chansonnette, un paysan fait son pain, une fermière passe son
coq à la casserole et le maire de 84 ans séduit ses électrices
à coup de saxophone…
Le point commun de tous ces Najacois, c'est qu'ils se contentent de vivre au
jour le jour sans se poser de questions. Disponibles, ils laissent les hasards
de la vie les conduire et les événements les dépasser.
Au bonheur de savoir se contenter de plaisirs simples, s'ajoute celui d'être
détaché du regard du voisin ou de la caméra. De cette alchimie
se dégagent des moments très drôles, touchants, aux allures
surréalistes.
Cependant, il ne faudrait pas réduire ce documentaire - qui par
ailleurs possède tous les attributs pour le qualifier ainsi - à
un témoignage simpliste de sociologie du terroir. Loin de vouloir creuser
le fossé entre la ville et la campagne, le réalisateur a voulu
mettre en valeur ce qu'aujourd'hui plus personne ne s'attarde à regarder,
la campagne, la nature mais aussi les personnes qui nous entourent. Tout en
réussissant à se faire oublier, il filme avec un regard léger
et bienveillant les choses comme elles viennent et les gens comme ils sont.
Ainsi, petit à petit, on s'attache à eux et on découvre
leurs faces cachées, leurs blessures, et au final, leurs raisons de vivre
et d'apprécier leur monde. Bien que vivant en apparente autarcie ou isolement,
ils ont chacun une philosophie de la vie et montrent une réelle ouverture
et une solidarité vis-à-vis du monde qui les entoure.
Avec une photographie et un son très soignés, Jean-Henri Meunier
signe avec ce film une très belle leçon de vie, un bouquet champêtre
d'humanité. Revigorant !
(Catherine Mathy, Dép. Fiction Documentaire)
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