VO AN st.FR. Durée : 91'.
LUMIERE, 2004.
Tarnation est l'œuvre d'un seul homme, Jonathan Caouette. Et
pour cause, son film c'est sa vie ! Cette affirmation est à prendre
au premier degré. Car Tarnation n'est pas une fiction, mais
une autobiographie. Dès l'âge de onze ans, il va filmer son quotidien
chaotique. Armé de sa caméra super-8, il va accumuler plus de
cent soixante heures de matériel visuel et sonore qu'il montera plus
tard pour donner le résultat que voici. Ce long métrage se présente
sous la forme d'un patchwork chronologique de son existence peu enviable. Il
y assemble photos de famille, films amateurs et prises sonores diverses, jouant
sur les effets de montages pour traduire au mieux son malaise. Né sans
avoir connu son père, il sera élevé dans plusieurs familles
d'accueil, subissant divers sévices moraux et physiques. Très
tôt enlevé à sa mère, à l'état psychologique
plus que précaire, il grandira dans un monde de cris et de souffrances.
Tout au long de ces nonante minutes de paranoïa, Jonathan Caouette évoque
tour à tour son admiration pour la culture gay et underground, la relation
intense qu'il entretient avec sa mère et ses talents pour la comédie.
Influencé dès son plus jeune âge par le cinéma underground,
il y puisera l'inspiration pour ce film où les images défilent
comme autant de blessures indélébiles. La structure spasmodique
de l'ensemble révèle au public l'angoisse et la détresse
légitime de son auteur. Au fur et à mesure que les séquences
se succèdent, il se crée entre le réalisateur et le spectateur
un lien intime et perceptible. Tout aussi exhibitionniste que narcissique, Tarnation
captive par l'instantanéité de son regard et de la réalité
qu'il brave. À noter que cet autoportrait au budget ridicule - 218
dollars US - a été produit par Gus Van Sant.
(Michaël Avenia, Liège)
Collection REGARDS - DVD.
DVD, en FR.
EDITIONS MONTPARNASSE, 1975.
Dans Salvatore Allende : je me souviens du 11 septembre 1973
(jour sombre où l'Amérique formenta un coup d'état pour
abattre la révolution pacifique et démocratique qui se construisait
au Chili…), Patricio Guzmán revient dans son pays, après
un exil de plus de trente ans, pour un travail de mémoire. Pour lui,
« Un pays sans documentaire, c'est comme une famille sans photos.
Une mémoire vide ». Pour remplir la mémoire collective,
il part sur la trace du mythique président Salvatore Allende. Ces souvenirs,
il va les retrouver dans des images d'archives, dans des objets ayant appartenu
au Président, des photos enterrées par sa nourrice, des témoignages.
Guzmán va fouiller, gratter des murs où sont cachées des
fresques à la gloire d'Allende. Il nous brosse le portrait d'un homme
ordinaire qui a soif de démocratie pour son peuple, mais c'est un homme
qui dérange de par son appartenance au marxisme, il fait peur à
plusieurs gouvernements et surtout à l'Amérique toute puissante
qui mettra tout en œuvre pour le déstabiliser. À travers
ce portrait patchwork, le réalisateur arrive à humaniser une légende
et à nous montrer la communion entre un président et son peuple.
Pour encore mieux appréhender cet excellent documentaire, un petit retour
en arrière s'impose sur l'œuvre fondatrice de la carrière
cinématographique de Patricio Guzmán, La bataille du Chili
.
Ce triptyque de plus ou moins trois cents minutes est une œuvre majeure
dans l'histoire du documentaire, du cinéma direct et militant, mais aussi
dans l'Histoire, celle avec un grand H.
Ce document important et imposant retrace toute l'histoire trouble d'un pays,
son indicible glissement vers la dictature.
Patricio Guzmán filme, caméra à l'épaule, la campagne
politique des nouvelles élections du Chili dans les années 70,
et les conséquences qui vont en résulter neuf mois plus tard.
« Je voulais montrer les visages anonymes, les milliers
de sympathisants et militants engagés dans la tourmente politique »
explique-t-il. Il les filme en noir et blanc. Le blanc de l'espoir après
la victoire de Salvatore Allende, des utopies retrouvées, la liesse populaire,
et le noir, celui des grèves fomentées par l'opposition pour bloquer
le pays et faire tomber le gouvernement. Le noir du deuil, celui de son Président
mort dans son palais, un roi qu'on a fait tomber de son trône un 11 septembre.
Le deuil à venir d'une nation, celui des disparus sous le régime
de Pinochet. Plus de 3 000 morts et disparus et 35 000 personnes torturées
pendant plus de dix-sept ans.
Guzmán a fui son pays avec les bobines de son film sous le manteau. Il
a fui non pas par lâcheté, mais par courage, le courage de montrer
au monde entier ces images, le courage d'entreprendre un combat, de faire la
lumière sur les exactions du gouvernement. Ce sera son cheval de bataille
tout au long de sa carrière filmographique. En 2001, il réalisa
un excellent documentaire sur le procès de Pinochet ( Le cas Pinochet
), inclus dans ce coffret.
Son acharnement à faire la lumière sur les zones d'ombre de son
pays mérite qu'au moins une fois dans votre vie vous puissiez voir un
de ses films.
(Thierry Moutoy, Uccle)
VO ES st.FR. Durée :115'.
DVD, en ES, st. FR, NL, AN.
CINEART, 2004.
Durant ces vingt-cinq dernières années, de la dictature militaire
à aujourd'hui, l'Argentine a subi l'un des effondrements économique
et social les plus brutaux qu'un pays ait pu connaître en temps de paix.
Ce documentaire dénoue un à un les mécanismes qui ont conduit
une nation à la ruine et des milliers de personnes à la mort.
En dix chapitres, Fernando Solanas démontre avec rigueur comment son
pays, naguère le plus riche d'Amérique du Sud et considéré
comme « le grenier du monde », est devenu victime du jeu
des multinationales sous le regard complice du Fond monétaire international
et des grandes puissances mondiales. Partant du grand soulèvement populaire
du 20 décembre 2001, Solanas pose un regard implacable sur un quart de
siècle d'histoire et explique comment les Argentins vivent encore aujourd'hui
un véritable « génocide social » en subissant
de plein fouet l'ensemble des traumatismes dénoncés par les altermondialistes :
ultralibéralisme éhonté, spoliation des biens de l'État,
explosion de la dette extérieure, corruption politico-financière
massive…
À la fois didactique et dynamique, ce documentaire mêle images
d'archives, interviews et reportages, orchestrés comme un manifeste à
la fois politique et esthétique. Commenté par le cinéaste
lui-même, ce film engagé - qui rappelle ceux réalisés
par Michael Moore, le cynisme en moins - oppose des images métaphoriques
des fastes du président Carlos Menem, des luxueux palais, des prestigieux
immeubles des sociétés bancaires et multinationales à celles
de la population en détresse, rongée par la misère et la
famine, ou en proie à une colère citoyenne.
Sans racolage, misérabilisme ou règlement de comptes déplacé,
précis et informatif, et néanmoins émotionnellement fort,
Fernando Solanas réalise à la fois un essai inventif sur le plan
formel mais également une œuvre percutante dont la vocation est
le devoir de mémoire. Ce film d'auteur est aussi une leçon d'espoir
qui contribue au débat qui se déroule en Argentine et dans le
monde entier au sujet de la globalisation inhumaine, en développant la
thèse qu'un autre monde est possible.
(Catherine Mathy, Dép. Fiction Documentaire)
Note : Le document a reçu l'Ours d'Or d'Honneur au Festival de
Berlin 2004
En compléments DVD, un entretien avec le réalisateur (40') et
un « making of » (15') renforcent le propos du film.
" Le Discobus 3 n'a pu circuler ce dimanche 12/2 et est en réparation ce lundi 13/2 : pas de stationnement à Ath, Antoing, Leuze et probablement Mouscron . .
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