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Sélection du mois de décembre 2005

 

TARNATION - DVD - TW1041

Pochette TW1041.

VO AN st.FR. Durée : 91'.
LUMIERE, 2004.

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Tarnation est l'œuvre d'un seul homme, Jonathan Caouette. Et pour cause, son film c'est sa vie ! Cette affirmation est à prendre au premier degré. Car Tarnation n'est pas une fiction, mais une autobiographie. Dès l'âge de onze ans, il va filmer son quotidien chaotique. Armé de sa caméra super-8, il va accumuler plus de cent soixante heures de matériel visuel et sonore qu'il montera plus tard pour donner le résultat que voici. Ce long métrage se présente sous la forme d'un patchwork chronologique de son existence peu enviable. Il y assemble photos de famille, films amateurs et prises sonores diverses, jouant sur les effets de montages pour traduire au mieux son malaise. Né sans avoir connu son père, il sera élevé dans plusieurs familles d'accueil, subissant divers sévices moraux et physiques. Très tôt enlevé à sa mère, à l'état psychologique plus que précaire, il grandira dans un monde de cris et de souffrances. Tout au long de ces nonante minutes de paranoïa, Jonathan Caouette évoque tour à tour son admiration pour la culture gay et underground, la relation intense qu'il entretient avec sa mère et ses talents pour la comédie.
Influencé dès son plus jeune âge par le cinéma underground, il y puisera l'inspiration pour ce film où les images défilent comme autant de blessures indélébiles. La structure spasmodique de l'ensemble révèle au public l'angoisse et la détresse légitime de son auteur. Au fur et à mesure que les séquences se succèdent, il se crée entre le réalisateur et le spectateur un lien intime et perceptible. Tout aussi exhibitionniste que narcissique, Tarnation captive par l'instantanéité de son regard et de la réalité qu'il brave. À noter que cet autoportrait au budget ridicule - 218 dollars US - a été produit par Gus Van Sant.
(Michaël Avenia, Liège)

LA BATAILLE DU CHILI - DVD ­ LE CAS PINOCHET - DVD - TH0981

Pochette TH0981.

Collection REGARDS - DVD.
DVD, en FR.
EDITIONS MONTPARNASSE, 1975.

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Dans Salvatore Allende : je me souviens du 11 septembre 1973 (jour sombre où l'Amérique formenta un coup d'état pour abattre la révolution pacifique et démocratique qui se construisait au Chili…), Patricio Guzmán revient dans son pays, après un exil de plus de trente ans, pour un travail de mémoire. Pour lui, «  Un pays sans documentaire, c'est comme une famille sans photos. Une mémoire vide  ». Pour remplir la mémoire collective, il part sur la trace du mythique président Salvatore Allende. Ces souvenirs, il va les retrouver dans des images d'archives, dans des objets ayant appartenu au Président, des photos enterrées par sa nourrice, des témoignages. Guzmán va fouiller, gratter des murs où sont cachées des fresques à la gloire d'Allende. Il nous brosse le portrait d'un homme ordinaire qui a soif de démocratie pour son peuple, mais c'est un homme qui dérange de par son appartenance au marxisme, il fait peur à plusieurs gouvernements et surtout à l'Amérique toute puissante qui mettra tout en œuvre pour le déstabiliser. À travers ce portrait patchwork, le réalisateur arrive à humaniser une légende et à nous montrer la communion entre un président et son peuple.
Pour encore mieux appréhender cet excellent documentaire, un petit retour en arrière s'impose sur l'œuvre fondatrice de la carrière cinématographique de Patricio Guzmán, La bataille du Chili .
Ce triptyque de plus ou moins trois cents minutes est une œuvre majeure dans l'histoire du documentaire, du cinéma direct et militant, mais aussi dans l'Histoire, celle avec un grand H.
Ce document important et imposant retrace toute l'histoire trouble d'un pays, son indicible glissement vers la dictature.
Patricio Guzmán filme, caméra à l'épaule, la campagne politique des nouvelles élections du Chili dans les années 70, et les conséquences qui vont en résulter neuf mois plus tard. «  Je voulais montrer les visages anonymes, les milliers de sympathisants et militants engagés dans la tourmente politique » explique-t-il. Il les filme en noir et blanc. Le blanc de l'espoir après la victoire de Salvatore Allende, des utopies retrouvées, la liesse populaire, et le noir, celui des grèves fomentées par l'opposition pour bloquer le pays et faire tomber le gouvernement. Le noir du deuil, celui de son Président mort dans son palais, un roi qu'on a fait tomber de son trône un 11 septembre. Le deuil à venir d'une nation, celui des disparus sous le régime de Pinochet. Plus de 3 000 morts et disparus et 35 000 personnes torturées pendant plus de dix-sept ans.
Guzmán a fui son pays avec les bobines de son film sous le manteau. Il a fui non pas par lâcheté, mais par courage, le courage de montrer au monde entier ces images, le courage d'entreprendre un combat, de faire la lumière sur les exactions du gouvernement. Ce sera son cheval de bataille tout au long de sa carrière filmographique. En 2001, il réalisa un excellent documentaire sur le procès de Pinochet ( Le cas Pinochet ), inclus dans ce coffret.
Son acharnement à faire la lumière sur les zones d'ombre de son pays mérite qu'au moins une fois dans votre vie vous puissiez voir un de ses films.
(Thierry Moutoy, Uccle)

MÉMOIRE D'UN SACCAGE - DVD ­ EL MEMORIA DEL SAQUEO - DVD - TH5741

Pochette TH5741.

VO ES st.FR. Durée :115'.
DVD, en ES, st. FR, NL, AN.
CINEART, 2004.

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Durant ces vingt-cinq dernières années, de la dictature militaire à aujourd'hui, l'Argentine a subi l'un des effondrements économique et social les plus brutaux qu'un pays ait pu connaître en temps de paix. Ce documentaire dénoue un à un les mécanismes qui ont conduit une nation à la ruine et des milliers de personnes à la mort.
En dix chapitres, Fernando Solanas démontre avec rigueur comment son pays, naguère le plus riche d'Amérique du Sud et considéré comme « le grenier du monde », est devenu victime du jeu des multinationales sous le regard complice du Fond monétaire international et des grandes puissances mondiales. Partant du grand soulèvement populaire du 20 décembre 2001, Solanas pose un regard implacable sur un quart de siècle d'histoire et explique comment les Argentins vivent encore aujourd'hui un véritable « génocide social » en subissant de plein fouet l'ensemble des traumatismes dénoncés par les altermondialistes : ultralibéralisme éhonté, spoliation des biens de l'État, explosion de la dette extérieure, corruption politico-financière massive…
À la fois didactique et dynamique, ce documentaire mêle images d'archives, interviews et reportages, orchestrés comme un manifeste à la fois politique et esthétique. Commenté par le cinéaste lui-même, ce film engagé - qui rappelle ceux réalisés par Michael Moore, le cynisme en moins - oppose des images métaphoriques des fastes du président Carlos Menem, des luxueux palais, des prestigieux immeubles des sociétés bancaires et multinationales à celles de la population en détresse, rongée par la misère et la famine, ou en proie à une colère citoyenne.
Sans racolage, misérabilisme ou règlement de comptes déplacé, précis et informatif, et néanmoins émotionnellement fort, Fernando Solanas réalise à la fois un essai inventif sur le plan formel mais également une œuvre percutante dont la vocation est le devoir de mémoire. Ce film d'auteur est aussi une leçon d'espoir qui contribue au débat qui se déroule en Argentine et dans le monde entier au sujet de la globalisation inhumaine, en développant la thèse qu'un autre monde est possible.
(Catherine Mathy, Dép. Fiction Documentaire)

Note : Le document a reçu l'Ours d'Or d'Honneur au Festival de Berlin 2004
En compléments DVD, un entretien avec le réalisateur (40') et un « making of » (15') renforcent le propos du film.