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Sélection du mois de mars 2006


NO DIRECTION HOME - DVD - TB6171

Pochette TB6171.

VO AN st.FR. Durée :210'.
DVD, en AN, st. FR, AL, AN, NL, BU, CR, DA, ES, FI, GR, HE, AR, HO, IS, IT, NO, PL, PO, RO, SE, SL, SU, TC, TU.
PARAMOUNT DVD, 2005.

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Scorsese a totalement réussi son coup en s'attaquant à ce chanteur mythique. D'abord parce qu'il est arrivé à faire sortir ce bougre de Dylan de sa réserve. Et le chanteur se prête volontiers au jeu en commentant les scènes, les moments, les personnages-clés de ces années qui ont bousculé le paysage musical. Ensuite, parce que le cinéaste a opéré un choix judicieux dans les archives et autres films de l'époque, à savoir les années 60. On ne perd pas son temps à se demander ce que devient le personnage; par contre on dispose ici de tous les éléments nécessaires pour comprendre ce qu'il fut au moment le plus incroyable de sa carrière : une sorte de poète visionnaire, écrivant comme un fou, se noyant dans un symbolisme lyrique et refusant d'endosser le rôle que beaucoup souhaitaient lui faire porter. Dylan n'a été ni le porte-parole d'une génération, ni le chanteur engagé dont rêvait la gauche américaine. Il était pourtant ce rebelle que d'aucuns voulaient comme chef de file mais il était totalement incontrôlable. Et, comme le dit le chanteur lui-même, il n'a rien inventé; il a, comme beaucoup d'autres qui s'expriment en ce film, puisé dans la tradition une façon de faire de la chanson qu'il a adaptée à ses besoins et à son écriture. Et tous les « acteurs » de ce film, interrogés maintenant ou s'exprimant à l'époque, sont là pour témoigner de cette longue filiation à l'histoire d'une chanson profondément populaire, accrochée à la terre et aux petites gens. Tous parlent, chantent, jouent et sont aussi passionnants à écouter que le sieur Dylan lui-même. Comme quoi c'est de toute une époque dont nous parle ce remarquable document. De plus, tous ces chanteurs et musiciens (de Joan Baez à Pete Seeger en passant par Mike Bloomfield, John Cohen et les New Lost City Ramblers, Liam Clancy, Tommy Makem, Al Kooper, Maria Muldaur, Bobby Neuwirth, Mark Spoelstra, Dave Van Ronk, Peter, Paul & Mary…) ont leur discographie présente dans les collections de la Médiathèque. Aucun magasin ne pourra, hélas, vous en dire autant.

ÉB

DIG ! - DVD - TB2451

VO AN st.FR. Durée :107'.
DVD, en AN, st. FR.
TF1, 2004.

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Ce ‘rockumentaire' creuse le sillon de la production musicale, en suivant en parallèle la carrière de deux groupes américains copains comme cochons qui se vouent les uns aux autres une admiration sans borne, les Dandy Warhols et les Brian Jonestown Massacre.
Mais cette amitié va vite tourner en une relation amour-haine; surtout quand les Dandy Warhols vont décrocher les étoiles, tandis que les BJM, eux, vont rester scotchés au macadam ad vitam aeternam.
Et pourtant les Dandy Warhols et Brian Jonestown Massacre avaient tout pour réussir, un talent certain et une productivité à toute épreuve. Le grand hic étant dans les pétages de plombs maniaco-dépressifs récurrents d'Anton, le leader du groupe. Chaque concert est une séance de règlements de comptes entre membres du groupe, et parfois même le public est pris à partie dans cette sarabande endiablée où les bagarres sont souvent le clou de ce spectacle pathétique.
Ce document est intéressant à plus d'un titre. Tout d'abord, il nous montre le cheminement d'un groupe, de sa genèse à la révélation. Les choix auxquels ils sont confrontés (signer un contrat chez un major).
Mais c'est aussi une analyse du marché du disque (avec ces hommes d'affaires en cravate qui vous parlent de musique sans savoir même jouer d'un instrument).
Il met en exergue le peu d'intérêt des Américains pour le rock en général (les Dandy Warhols ont vendu plus de CD en trois semaines en Angleterre qu'en trois ans aux États-Unis), Les oreilles européennes sont moins formatées et plus attentives que les américaines.
Tout le talent de la réalisatrice Ondi Timoner est d'avoir su sentir le potentiel des deux groupes et de les avoir suivis pendant sept ans. Un flair et une pugnacité qui payent.
Ce film a reçu le Grand prix du documentaire au festival de Sundance en 2004.

TM

FESTIVAL! - DVD - TB3271

VO AN. Durée : 97'.
DVD ZONE 0,, en AN.
EAGLE ROCK ENTERTAINMENT DVD V, 1963-1967.

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Même sans avoir une acuité d'analyse et une attente aussi acérées et irréductibles que le cinéaste et théoricien politique du jazz Jean-Louis Comolli  [1] , il faut quand même souligner que quand on aime passionnément la musique – les musiques – et le cinéma, on est presque toujours cruellement déçu par ce qu'on nous propose en termes de « musiques filmées ». Dès lors, quand dans ce morne désert, un film réchauffe et re-sensibilise tant nos nerfs optiques, qu'auditifs, cette apparition prend des allures de petit miracle qui nous redonne la foi.
Tel est le cas de Festival ! , documentaire consacré par le cinéaste américain Murray Lerner à quatre éditions mythiques (1963-1966) du Festival folk de Newport, probablement réédité aujourd'hui en DVD grâce à l'utilisation par Martin Scorsese de larges extraits du film dans son imposant No Direction Home consacré à Bob Dylan (TB6171 – cf. ci-avant). Dès le générique de début et ses quatre minutes de plan fixe sur l'arrivée des spectateurs ( une foule, des individus), le ton est donné : le cinéma aussi sera au rendez-vous ! Le cinéaste a eu la chance d'être présent à un moment d'articulation particulièrement important et touchant de l'histoire de la musique populaire américaine (et, par rebond, de toute l'histoire sociale et politique des États-Unis, celle du mouvement pour les droits civiques ou contre la guerre au Vietnam ). Mais Lerner et sa petite équipe auraient pu être là sans rien saisir de ce qui était en train de se jouer lors de ces moments de rencontre où la nouvelle génération folk des Bob Dylan, Joan Baez ou Buffy Sainte-Marie pouvait encore croiser les sexagénaires ou septuagénaires en qui elle reconnaissait ses pères ou grands-pères spirituels, tels les vieux bluesmen noirs Mississippi John Hurt, Son House ou Howlin' Wolf par exemple. Cinématographiquement, même si toute proposition de synthèse de foisonnantes centaines d'heures de concerts en cent minutes de film oblige à quelques coups de ciseaux douloureux, les partis pris sont sobres et presque toujours respectueux de la musique, de sa temporalité, de son écoulement (ea. le Mary Hamilton de Joan Baez : trois minutes, six plans, trois points de vue) ou de ses nœuds de tension. Musicalement, ce qui frappe, c'est l'extraordinaire variété et vivacité de cette « people's music » aux instruments toujours modestes, souvent corporels : les voix, le balancement des bras et la chorégraphie des mains des vieux Sacred Harp Singers, la polyrythmie saccadée des tapements de pieds et claquements de mains des Georgia Sea Island Singers, la chanson a cappella du vieux joueur de banjo Hobart Smith, le Fife and Drums (fifre et percussions) de Ed Young et de son Drum Corps ou la fringante Cousin Emmy transformant ses propres joues et sa cai sse de résonance buccale en fascinant instrument de percussion… Enfin, qualité supplémentaire du film, et non la moindre, Lerner accorde une attention énorme à ceux sans qui ces concerts ne vibreraient pas : les spectateurs. Il donne la parole au public, enregistre et donne à entendre ses réflexions. Il filme les gestes de l'écoute (l'attention, le regard, le sourire, le froncement des sourcils, ‘l'écarquillement' de la bouche, le chaloupé des hanches) sur un pied d'égalité avec les gestes du jeu musical. Et laissant entendre qu'il devait y avoir presque autant de guitares acoustiques que de spectateurs à Newport, il souligne comment, en ce moment et en ce lieu, les frontières arbitraires entre musiciens professionnels, musiciens amateurs et public pouvaient s'estomper. Murray Lerner filme une communauté éclectique qui va changer l'Amérique et cela nous touche. Ce n'est pas rien, son film est précieux ! Et, au générique de fin, trois pulsions nous taraudent : le revoir, le faire découvrir à un maximum de gens et rêver d'une nouvelle réédition du film, complétée cette fois par toutes les images non reprises dans le montage de 1967 du documentaire.

PhD

SIGNÉ CHANEL - DVD - TL7971

Pochette TL7971.

Durée :130'.
DVD, en FR, st. AN.
ARTE, 2005.

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Des premiers croquis de Karl Lagerfeld, à la vente aux clientes, ce documentaire fascinant nous plonge dans les arcanes de la haute couture en suivant la conception de la collection hiver 2004/2005 de la maison Chanel.
Muni de sa caméra, Loïc Prigent dresse un portrait tendrement ironique de cette maison de réputation mondiale et de son créateur, tout en faisant la part belle à toutes les petites mains, les premières d'ateliers et les différents artisans. Il fait de la conception de cette collection un feuilleton en cinq épisodes, à la fois très vivant et plein de suspense.
Ainsi, le film commence par L'attente des croquis de Karl Lagerfeld dans les ateliers. Une fois ceux-ci présentés aux trois « premières », l'effervescence commence. Il va falloir réaliser tous les modèles en très peu de temps, pour le défilé. La maison vit au rythme de neuf collections par an. Les premières toiles réalisées, vient Le doute , les hésitations. Les essayages approuvés par le génial concepteur, c'est ensuite le casse-tête pour choisir les tissus. Débute alors la valse des artisans : brodeurs, plumassiers, bottiers, chapeliers. On quitte Paris pour rencontrer une femme étonnante, experte en galons et éleveuse de chevaux. De retour dans le huis clos des ateliers, on découvre Les rites à travers les confidences et les anecdotes amusantes des couturières. Sept jours avant le défilé, la maison fonctionne à plein régime. Les veillées se succèdent, la tension monte. Le jour du défilé, à cinq heures du matin, tout est enfin prêt pour la présentation de La collection
Le film nous offre une immersion rare et intimiste dans cet univers de la mode où des virtuoses de l'aiguille fabriquent du rêve, visiblement ravies de passer de l'ombre à la lumière. À leurs gestes minutieux et patients répond l'agitation de cette « ruche », magistralement orchestrée par Karl Lagerfeld. Tout en évitant le tourbillon d'images, le réalisateur parvient à nous montrer, d'une part, les savoir-faire et les métiers anciens et, d'autre part, la comédie humaine d'une société artisanale, autarcique, au service d'une marque devenue globale.
Un feuilleton documentaire captivant, que l'on soit passionné par la mode ou pas !

CM


À noter : les compléments DVD (52') sont riches et instructifs. Ils sont découpés en trois parties : Les métiers , Les scènes coupées et Les coulisses , avec une interview de Karl Lagerfeld.

 

[1] Dans le très beau texte « L'œil contrôle, le corps écoute : filmer le free » (éditions du festival de Locarno, 2000), Jean-Louis Comolli évoque les difficultés (la quasi-impossibilité) du cinéma àfilmer les musiques qu'il aime et la déception / frustration qui en découle.