Cinq références/foot de la Médiathèque ici suggérées : d'une part pour rappeler que notre catalogue "Education par le sport" édité l'an dernier rassemble en 500 pages de multiples documents ayant trait au phénomène sportif; d'autre part parce qu'un Mondial de foot peut aussi être l'occasion, entre deux directs télévisés (ou pour y échapper !…), d'envisager avec quelque recul les choses du ballon rond.
Collection GRAIN DE PHILO.
FRANCE 3 EDITIONS, 1998.
Débat en studio dans le cadre d'une émission de vulgarisation philosophique. En compagnie du présentateur, deux philosophes (A. Etchegoyen, A. Pessel) et un sociologue du sport (C. Bromberger) répondent à la question « Le football est-il la continuation de la guerre par d'autres moyens ? ».
Dans un premier temps les intervenants dissertent sur les liens entre le football et la guerre (masculinité, similitude des lexiques, violence...), puis sur les spécificités de l'activité sportive (existence de règles, équilibre de départ, victoire en tant que finalité...). Ensuite est débattue la question d'identification supporters/équipe, et celle du sport dans sa fonction cathartique, comme mécanisme de régulation de la violence : ceci débouchant sur les rapports entre violence et société. Les questions du public portent enfin sur le nationalisme en sport, le rapport entre l'implantation périphérique des stades et les déviances potentielles, l'économico-politique accusé de « dénaturer » le sport.
Le débat est remarquable, il permet de dépasser les préjugés traditionnels sur les liens entre le football et la violence. L'intérêt est dans l'opposition, toute fair-play qu'elle soit, entre la vision du sociologue et celle du philosophe : le premier explique pourquoi l'élément guerrier est selon lui déterminant dans le football; le second, en posant davantage les questions qu'en affirmant des réponses, nuance sans cesse les convictions du premier, infléchit chaque fois la pertinence de ses rapprochements foot/guerre. Un petit regret en ce sens que les argumentations des uns comme des autres passent parfois allègrement du football en particulier au sport en général : alors que le « cas » football n'est pas « tout » le sport.
VO TI st.FR. Durée : 93'.
DVD, en TI, FR, st. FR.
EDITIONS MONTPARNASSE, 1999, Bhoutan, Australie.
C’est le premier film d’un réalisateur bouddhiste du Bhoutan et les acteurs sont les moines d’un monastère au pied de l’Himalaya ! Pendant le Mondial de foot en France, de jeunes moines font le mur pour aller suivre au village les retransmissions télévisée… découvrez la suite ! C’est une comédie douce et zen sur l’universalité du football. Et c’est surtout pour nous, occidentaux gavés-blasés de foot télévisé, une belle leçon d’enthousiasme humble.
I.N.S.E.P., 2002.
Référence incorrecte (Attention aux espaces !)
Quatre courts documents à vocation pédagogique et sociologique se trouvent ici regroupés :
La violence : le philosophe Robert Redeker s'oppose à la thèse, selon lui angéliste, de la violence sportive comme reflet de la violence de notre société. Le sport n´est pas un monde de pureté, se débattant comme il peut face aux agressions d´une société naturellement polluante ! La mise en scène des événements sportifs, le chauvinisme hyper-nationaliste, les discours guerriers des journalistes et entraîneurs... tout cela crée une ambiance de violence tout à fait spécifique parce que sans contenu. En effet, aucune revendication sociale ou politique ici, mais une pathologie du vide. Une violence que Redecker qualifie de lycanthropique : l'homme n´y est qu'un loup pour l'homme !
Ainsi le sport d'aujourd´hui n'a-t-il pas dérivé, mais est-il plus que jamais adéquat à son essence, c'est-à-dire à son articulation sur capitalisme et libéralisme, ce qui l'amène à fabriquer un certain type d'homme. Redecker parle ainsi d'anthropofacture : d'un côté des spectateurs fanatiques et béats, de l'autre des sportifs d'élite tous formatés sur le même modèle.
Chevalier d´une équation somme toute traditionnelle (Sport = Opium du peuple), Redecker a le mérite de déranger par un regard sans concession sur sport-spectacle, lequel induirait, de par son essence même, tant la violence des masses que l'usinage des corps. Le débat est ouvert, et l'intransigeance du philosophe n'est peut-être pas telle qu'il l'a dit ici : lorsqu'il évoque le rugby qu'il pratiquait hier, le « jeu des corps d´une humanité quotidienne » ouvre une brèche dans le discours.
Le corps sportif : quel corps le sport met-il en action ? Le corps de l´« homo musculus », même s'il est dénudé, n'est pas le corps complet en ce sens qu'il n'est pas le corps sexué. Ainsi, en sport, le masquage de la pilosité est hautement symbolique. Le sportif s'organise autour de sa puissance musculaire et de sa volonté pour se dépasser, pour tenter de se libérer de toutes les contingences, matérielles, sociales, sexuelles. Il s'agit de rejeter l'instinct, de rejeter ce que la religion nomma « les puissances du bas ». Le sport conduirait ainsi à une forme de sublimation du corps sexuel et mortel : rétention, détournement, réalisation de soi-même sans satisfaction du besoin d´origine... Freud est là ! Et la civilisation moderne, qui a raté le « corps éthique », donne peu d'espoir qu'un jour la fonction sexuelle soit réintégrée dans le sport.
Le thème est intéressant mais aride, la vulgarisation n'y est guère de mise ! D'autant que l'exposé manque de structure et de clarté : l'écrivain Arvin-Bérod parle de l'entrée des femmes en sport comme d'un bouleversement, mais ne l'explique guère. Difficile à suivre, mais intéressant à débattre.
L'être bionique : pour Thierry Gaudin, polytechnicien et « prospectiviste, l'appareillage électronique que nécessite un test d'évaluation énergétique est certes spectaculaire, mais plus positif qu'inquiétant. C'est un instrument de mesure, qui ne peut qu'amener à une meilleure compréhension du corps dans lequel nous vivons. Par contre, lorsque la course à la performance entraînera les manipulations génétiques, il y aura réellement machinisme de l'individu, robotique, et naissance potentielle d'un autre être humain : l'être bionique, le sportif de demain qui ne serait plus tout à fait homme ! Le danger en sera que le sportif amateur pourra de moins en moins s'identifier à ce nouveau professionnel alors que ce processus d'identification est nécessaire à la fonction sociale pacificatrice du sport. À terme, ces manipulations rendraient obsolète le principe même de compétition. Poussée au-delà du quantitatif, l'utopie génétique viserait à la diversification du corps humain. Mais Gaudin envisage aussi que le sport du futur prenne d'autres voies; que progrès scientifique, économie et mondialisation génèrent une activité et un spectacle sportifs plus ludiques encore qu'aujourd´hui.
Une réflexion qui flirte avec la science-fiction : les athlètes du troisième millénaire seront-ils génétiquement manipulés pour gagner ? Une réflexion intéressante, tant pour les chercheurs du sport que pour ses médecins ou ses journalistes. Gaudin prévient que le sport de haut niveau peut conduire à une déshumanisation du sport. Les valeurs prônées par l'idéal olympique sont fragilisées face aux impératifs de la performance que par ailleurs cet idéal exalte.
Le tir au but : le sens de « l'acte du tireur » de penalty vu au travers de la pensée du philosophe François L'Yvonnet. C'est d'abord un ensemble de contrastes, le plus frappant étant celui de la solitude du tireur face à la foule d´un stade. Mais surtout, le tireur doit mettre un terme à l'arrogance de son petit « moi » qui peut le distraire, le rendre sensible aux cris de cette foule. Son « moi » sensible doit être tout entier dans l'action, dans la visée. La réussite du tir passe par l'attention, la « capacité d'habiter le présent », c'est-à-dire le temps de l'intention, le temps où se formule le bonheur... Chez les stoïciens : « vouloir ce qui est » c'est vouloir le « maintenant »; pour le tireur, vouloir le moment de grâce où la pensée devient acte.
Le « penalty » footballistique n'est ici que le cas particulier à partir duquel peut se développer la réflexion philosophique sur le geste sportif et les dessous de la concentration qu´il implique. Et cette réflexion nous démontre combien le plus souvent notre esprit critique ne va pas au-delà de l´émotion suscitée par l'exploit sportif. Ce sens critique, le voici ici nourri du regard et de la pensée d´un philosophe. Une démarche inattendue et certes intéressante mais difficilement accessible à nombre d'amateurs de sport compte tenu, notamment, de la difficulté d'assimiler le discours de la pensée.
Série L' HISTOIRE DU FOOTBALL n° 1.
DVD, en FR, st. FR.
FREMANTLE MEDIA, 2002.
À
Série L' HISTOIRE DU FOOTBALL n° 6.
FREMANTLE MEDIA, 2002.
Une somme incontournable. Treize épisodes de 52´sur base de thématiques géographiques ou autres. Trois caractéristiques : d'abord, une richesse d'archives époustouflante; ensuite, une foule d'interviewés connus ou méconnus, pêchés aux quatre coins du monde ou ressurgis du passé; enfin, un descriptif minutieux davantage que critique ou polémique des relations avec l'histoire, les régimes politiques, les intérêts économiques. Au total, un irréfutable constat d´une joie produite en tonnes depuis l'origine; constat d´engouement populaire, séculaire et universel, fût-il dérisoire ou manipulateur. Il ne faut cependant pas d'abord s'attendre à des phases de jeu ou des buts : ceux-ci ne figurent qu'en support de la narration historique (et aussi dans les nombreux bonus). Lieux communs et redites ne manquent pas, mais l'éclairage est réel sur l'histoire d'une passion.
VFR. Durée :107'.
BOOMERANG PICTURES, 1997, Etats-Unis, Grande-Bretagne.
Dans cette fiction policière à incidence documentaire, quatre jeunes policiers sont chargés d’infiltrer une bande de hooligans sévissant à Shadwell, club de deuxième division de la banlieue de Londres, pour en identifier les meneurs. Ils se prennent au jeu au point de devenir de réels supporters de l’équipe, mais l’un des quatre va progressivement dépasser toutes les limites. En effet, en compagnie de Trevor, John (Reece Dinsdale) est parvenu à entrer au « Rock », le pub servant de base à la bande. Une lente métamorphose va plonger John dans l’ultraviolence, lui faire renier famille et profession, le muer lui-même en leader hooligan.
L’itinéraire de l’anti-héros est caricatural, les mécanismes de sa « bascule » psychologique restent sommaires et l’on demeure sceptique face à la soudaineté de cette fascination double, pour le foot et pour la bagarre. Reste que le film de Davis, entre M. Leigh et K. Loach, est littéralement « coup de poing » et criant de réalisme descriptif, mais aussi positivement dérangeant par son ambiguïté même : la limite y fluctue sans cesse entre ordre et désordre, l’incessant va-et-vient entre points de vue de flics et de voyous brouille les rôles. Il y a davantage description d’un phénomène se développant parallèlement au football, qu’une quelconque incrimination du football lui-même en tant que vecteur de violence. Bien construit, le scénario amène à cet amer constat : le monstre, c’est juste quelqu’un comme nous, mais qui ne sait pas s’arrêter.
(Bernard JeuneJean)
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