Le savoir du chaman pratiqué par l’extase donne naissance à l’esprit. « Ce qui demeure, ce qui culmine, c’est la certitude que rien n’est vain, que toute chose considérée tient un langage déchiffrable, susceptible d’être entendu à l’unisson de quelque émotion humaine. » (Robert Desnos).
« Il est bon d’écouter les paroles de ces hommes, de les goûter, de les aimer assez pour les faire grandir au secret de nous-mêmes » (Henri Gougaud).
Le chamanisme stricto sensu est par excellence un phénomène religieux sibérien et d’Asie centrale, présent aussi sur tous les continents, venant du fond des âges, sans doute avec les premiers hommes et leurs premières expressions artistiques*. Le vocable nous vient, à travers le russe, du toungouse šaman (sa = savoir). Le chaman medicine-man - il guérit par ses incantations et l’usage des plantes - voyant doté de dons magico-religieux, maître de la transe, de l’extase, communique avec les esprits, les apprivoise, les met à son service, les manipule. Il est tenu à des résultats immédiats, doit indiquer la meilleure route pour la transhumance, les endroits où le gibier abonde, retrouver ce qui est perdu, prévoir le temps… On peut devenir chaman par dispositions naturelles, succession familiale, à tout âge, avec cependant l’obligation de subir une initiation aux techniques de transe et à l’utilisation adéquate des accessoires. Au sein du groupe social, le chaman peut devenir puissant, riche, craint, sa consultation dans tous les moments vitaux de la tribu étant obligatoire avant la prise de décision. Certains psychiatres, psychanalystes, psychologues ont considéré la transe chamanique comme faisant partie des « états altérés » produits par un déséquilibre mental, psychique, un handicap physique.
*Lascaux (TC6154 - DVD; TC6112 - VHS)
Chant des chamans soyotes de Sibérie sur le tambour, véhicule d’extase et d’envol par excellence :
Ô mon tambour multicolore,
Toi qui te tiens à l’avant !
Ô mon joyeux tambour décoré,
Que ton épaule et ton cou soient forts !
En avant, ma biche, mon cheval !
En avant, en avant, toi mon ours, mon cheval !
Ô tambour décoré qui te tiens à l’avant !
Tambour sonore, mon coursier,
n’oublie pas le silence !
Tambour de peau,
exauce mes désirs !
Comme les nuages fugitifs emporte-moi,
à travers la terre des ténèbres,
sous le ciel de plomb
emporte-moi comme le vent
au-dessus des cimes !
(Henri GOUGAUD, Paroles de chamanS, p.30, Albin Michel, Paris, 1997)
Ces paroles en disent plus sur les pratiques et les spiritualités des chamans qu’un long discours !
DOC & CO, 1996.
Le document commence par le récit mythique d’un chaman sibérien. En des temps immémoriaux, les diables, descendus sur terre, décident de la dévorer. Ils commencent par la forêt, la taïga infinie de Sibérie. Ils la mordent, la mordent, la mordent encore, mais elle ne diminue jamais, elle se reconstitue, elle est infinie… Découragés, ils abandonnent leur noir dessein. La forêt sauve l’humanité de la disparition ! Maintenant, enfonçons-nous dans l’immensité blanche de la toundra de Yakoutie, sur un traîneau tiré par des rennes, en compagnie des Evenk (ou Toungouses) peuple de chasseurs et d’éleveurs, qui furent les premiers à nommer chamans ces hommes ayant vécu la mort et devenus capables de quitter leur corps pour visiter les territoires incertains des esprits. Ils chevauchent leur tambour tel un coursier de l’air, recherchant l’harmonie entre le monde des morts et le cosmos, la terre et le ciel; le geste de se fouetter les bottes avant d’entrer dans la tente a-t-il pour but de ne pas y introduire d’esprits malveillants ou plus prosaïquement d’en enlever la neige et la boue ? Ici, tout semble possible, les signes et les mots étant chargés de pouvoir. Autour du feu qui réchauffe les corps et les âmes, la communauté des jeunes écoute de doctes vieillards narrer les contes des origines où des animaux-esprits parcouraient la terre en affrontant les grands ancêtres. Pour les anciens, l’art de raconter met en jeu rien de moins que l’ordre du monde; par une culture commune révélée, qui est aussi un comportement de survie en milieu hostile, ils espèrent ressouder une société éclatée, aux racines trop longtemps coupées par le régime communiste. Beaucoup d’imaginaire s’insinue dans les récits qui ne prétendent pas décrire une situation réelle, mais sa mise en symboles. Le jeu des questions éveille la créativité pour les réponses. Le domaine habituel du chaman est la guérison des malades et la chasse. Le chasseur, choisi par les esprits et guidé par l’esprit de la chasse, ne prend que ce que les besoins en nourriture du groupe lui ordonnent. Il ne faut d’ailleurs pas dire « tuer un animal », c’est lui manquer de respect, cela tue aussi son âme, il disparaît et s’en est fini de sa chasse. Respect du gibier. On ne laisse rien sur le sol, là où il est mort, sauf le sang. Le chasseur prend tout. Les restes seront déposés sur une plate-forme funéraire; l’esprit de l’animal s’envolera libre et sans haine. La mort-sacrifice, pratiquée lors d’un décès, aide l’âme du défunt à gagner l’au-delà. La peau des rennes est tannée pour en faire des vêtements, des couvertures, des toiles de tentes; sur leurs omoplates passées au feu, se dessinent des craquelures (sorte d’écriture primitive ?) qui deviennent oracles interprétés par le chaman. Les écailles de glace éclatent emportées par les vents de neige… Dureté du climat, longueur des hivers, pénibilité d’une existence au plus près de la nature, dans le dénuement d’une simplicité obligée, sans argent. « L’administration est plus terrifiante que les loups ! ». Comme le gouvernement russe ne leur envoie pas leurs salaires, leurs pensions, les Evenk doivent pratiquer une économie de subsistance faite de troc, chasse, pêche, élevage qui leur rapporte quelque argent pour payer les études de leurs enfants. « Les chamans volent dans les cieux et ne gênent personne ! ». Le régime communiste disait qu’ils empêchaient les gens de penser. À l’heure actuelle, se dessine une demande de retour au primitivisme considéré comme un idéal de pureté originelle; une renaissance du chamanisme est constatée chez les peuples nomades et chasseurs de la taïga qui peuvent ainsi espérer reconstruire leur identité. Une grand-mère chamane un peu sourde, le regard lointain dit : « J’ai vu la taïga comme si j’étais un oiseau »… elle effleure les ailes d’un oiseau brodé sur un tapis de fourrure, elle touche les carrés de peau cousus comme s’il s’agissait d’arpents vus du ciel. Le retour de l’énergie cosmique perpétue la bonne santé de la nature. En attendant, l’exploitation minière sans frein a créé un grave déséquilibre naturel, polluant la viande du gibier et des troupeaux, menaçant la santé des gens, provoquant des comportements asociaux chez les jeunes sans repères. La qualité de medicine-men des chamans est reconnue. Une séance de guérison avec chant, tambour et danse s’accomplit. La malade est soumise à des attouchements dans un concert de toussotements, expectorations, cliquètement de gris-gris, battements irréguliers du tambour. De longues aiguilles apparaissent dans un rai de lumière… L’agitation frénétique s’apaise. Savili le chaman se penche alors face à la caméra et dit moqueur : « T’as rien vu ! Hein ? ».
Référence incorrecte (Attention aux espaces !)
… Le monde était rond et doux comme un oeil de cheval… Le cheval, animal funéraire, est utilisé par le chaman dans des contextes différents, comme de parvenir à l’extase qui rend possible le voyage mystique à travers la terre et vers le ciel. Le cheval est aussi une image mythique de la mort, puisqu’il porte les trépassés dans l’au-delà; il réalise la «rupture de niveau», le passage d’ici vers les autres mondes. Dans ce document, les premières images nous montrent un cheval couché supposé mort; il va accompagner, chez son fils en ville, un vieux nomade ayant vendu ses troupeaux. Mort à son ancienne existence, il renaît à une autre vie; le lieu de passage se situe à la porte d’Oulan-Bator.
Déracinement. Odeur de fin d’un monde. Entrée dans la yourte du fils, plantée sur un terrain vague, au milieu des tours d’habitations. Le cheval ayant accompli sa fonction de passeur, attaché à la palissade, est promis à un autre destin. Oulan-Bator capitale de la Mongolie ex-soviétique, là où l’argent est roi, la pauvreté terrible pour ses enfants orphelins. La rencontre père-fils est conflictuelle. Le fils, sans en toucher mot à son père, décide de sacrifier le cheval (dans certains rites, on lui brise la colonne vertébrale, pour éviter toute effusion de sang sur le lieu de l’immolation). Il lui servira de nourriture pendant les longs mois d’hiver. Dans la yourte, avec la famille recueillie, un musicien sur son luth joue le galop triomphal du cheval libre à travers la plaine. Sur un monticule de pierres (owoo), sur une colline face à la cité, domine la tête de l’animal. L’âme du cheval parle, elle s’envole au-dessus de la ville, par monts et par vaux, vers sa steppe natale où, apaisée, elle connaîtra le repos. Les esprits des pies, des coucous, des marmottes, des ours ont, d’après les anciens, déserté le ciel de la ville, devenu impur, et se sont réfugiés dans la nature vierge, loin de la modernité. Une chamane, ancien professeur d’université, va de maison en maison pour guérir les maladies citadines engendrées par la perte des valeurs, le spleen du déracinement, la déshumanisation, la pauvreté.
Après avoir préparé la cérémonie avec de l’encens mélangé à de la vodka, elle opère vêtue de peaux et de fourrures, aux bruits de ses talismans, aux battements d’un tambour. Chantant, dansant, elle entre en transe au milieu d’un cercle magique. Au sommet de l’extase, elle s’effondre immobile et muette. L’assistante s’approche, prend de ses mains le battoir et le tambour. L’ « officiante » ouvre les yeux, se lève puis salue les participants du rituel. En qualité de garante de l’équilibre entre le monde matériel et les esprits, elle s’adresse au ciel et aux enfers à l’aide d’un esprit tutélaire qui lui sert d’intercesseur. Ici il s’agit d’une biche, dessinée sur le tambour. Les souffles surnaturels s’apaisent. Le retour à la réalité est rude. La chamane prend sa voiture pour répondre à d’autres appels. Les lamas tibétains, massacrés dans le passé, viennent nombreux en Mongolie pour combattre les superstitions liées au chamanisme (paradoxalement, ce serait eux qui y auraient introduit les pratiques chamaniques !). Ils construisent des temples qui répondent à la symbolique des habitations autochtones, enseignent les textes sacrés du bouddhisme tantrique. Image moderne d’un monde qui change, un groupe de jeunes chanteuses pop, les Rouges à Lèvres, se présentent en un clip tout sourire et aux couleurs vives. Des cyclistes en tenues fluo s’entraînent en salle. Derrière eux, une fresque naïve représente les étapes et les fêtes de la vie nomade. Des enfants errants trient les ordures, vendent les os, se réchauffent comme ils peuvent contre un mur au soleil, contre un radiateur, au cinéma, puis, le soir, descendent dans les puits du chauffage urbain et s’endorment serrés les uns contre les autres. Des cyclistes sur des vélos de course passent la porte de la ville. Le cheval réincarné se lève dans la steppe couverte de givre.
Emission DITES-MOI du 2/03/00.
RTBF TELEVISION.
À Wéris, Belgique, Juan Camargo Huaman, Maître Inca, chaman et physicien, initié aux voix des esprits de la terre-mère (Pacha Mama), du ciel, du soleil et de la lune, ouvre l’interview par une invocation sur dolmen, en soufflant dans une conque afin de se concilier les esprits. Autour de lui, le souffle du vent, l’éclat du soleil. Tout endroit sacré possède une force tellurique cosmique, habitée par les esprits de la montagne, de l’eau, de la terre, qui se manifestent par la lumière, les nuages, le vent, le tonnerre… Un chaman est un initié qui, par la maîtrise de l’esprit et du corps, commande aux esprits et leur parle d’égal à égal. Juan Camargo considère que le chaman n’est pas « possédé » par un (des) esprits mais l(es)’utilise pour aider les autres. Chacun doit trouver son esprit tutélaire, sorte d’ange gardien, avec lequel il communique, duquel il peut obtenir des services si la demande vient du cœur, si on le flatte en lui offrant des libations. Il existe des forces positives et négatives; il faut connaître l’une et l’autre pour les équilibrer et aboutir au «connais-toi toi-même ». Les relations à la terre sont essentielles car elles procurent de quoi guérir. Il faut rire, chanter, danser, pleurer, tout ce que l’occident fait de moins en moins; il devient ainsi de plus en plus sourd aux vibrations telluriques et perd l’art de guérir. Pleurer est la pluie qui féconde la terre et fait fleurir la pensée cachée; le rire procure le nettoyage astral; la danse est le ciment qui unit les deux. Dire bonjour ouvre le cœur. Il faut être relax pour concentrer son énergie, comme le fait le chat, animal sacré des anciens Égyptiens. Souffler dans une conque appelle l’esprit utile pour les voyages initiatiques, pour entrer en fraternité avec la nature. Le chaman est un mystique, un éveillé, un philosophe, un prêtre, un magicien, un guérisseur, voire un sorcier. Il révèle la face cachée de la terre, son aspect invisible qui se manifeste, dit Juan Camargo, par un battement d’ailes, comparant les esprits tutélaires à des oiseaux. Le devoir du chaman est de faire prendre conscience de ce qu’est la Pacha Mama pour que l’humanité soit meilleure. La terre est une présence maternelle profonde, protectrice, nourricière qui, lors d’invocations, marquerait son alliance par un arc-en-ciel.* Le visage solaire de Juan Camargo nous confie une personnalité ouverte, passionnée, originale dans son approche colorée, exotique, de la réalité et de ses voies secrètes.
* De la mère, terre-mère, Jésus aurait dit (passage apocryphe de l’Évangile de Jean) : « Votre mère est en vous et vous êtes en elle. C’est elle qui vous a enfanté et qui vous a donné la vie. C’est à elle que vous êtes redevable de votre corps et c’est à elle que vous le rendrez un jour. Celui qui vit en harmonie avec elle ne connaîtra jamais la maladie, car le pouvoir de votre mère est infini; il règne sur votre corps comme sur celui de tous les êtres vivants et par lui Satan et son royaume sont anéantis. Le sang qui coule de nos veines vient du sang de notre mère terrestre qui tombe des nuages, s’écoule dans les rivières, sommeille au sein des lacs et mugit avec force dans les mers tempétueuses. L’air que nous respirons vient du souffle de notre mère terrestre. La dureté de nos os vient des os de notre mère terrestre, les roches et les pierres. La douceur de notre chair vient de la chair de notre mère terrestre qui nous donne la nourriture. Si nos yeux voient, si nos oreilles entendent, c’est grâce aux couleurs et aux sons de notre mère terrestre. Je vous le dis si vous nuisez à votre mère, vous deviendrez la proie aux maladies et souffrances. » sur : www.chamanepower.org
Référence incorrecte (Attention aux espaces !)
Josée Andréi, non-voyante, a tout quitté à soixante ans, pays et famille, pour s’installer à San Francisco et se consacrer à la méditation, l’écriture, la peinture et la musique. Elle y sera initiée par un chaman indien. Durant l’interview, elle montre un beau visage sublimé par l’attention, rendu expressif par ses yeux, très brillants, profonds, pétillants d’étoiles, généreux. Pour elle, la vie est une chaîne d’expériences plus inattendues les unes que les autres. Lorsqu’elle a trois mois sa grand-mère essaye de la noyer dans une bassine; elle est sauvée par une tante dont elle restera très proche. Mise au monde en Corse par une sorcière, guérie d’une grave maladie par un rituel de sorcière, amie d’une sorcière, elle développe très tôt de fortes dispositions psychiques et un vrai tempérament de médium. Son enfance dans le maquis, les montagnes corses en compagnie de son grand-père, de son père, la sensibilise à l’aura de la nature. Elle recherche du sens dans ses visions et étudie la littérature, la psychologie, voyage de Paris à Bruxelles, en passant par Liège pour enfin s’installer à San Francisco. Entre-temps, elle aura côtoyé les pensées bouddhistes, hindouistes et le soufisme avec lequel elle se sent en harmonie. Elle ne croit pas en un dieu révélé, une religion particulière, n’est pas adepte d’une seule philosophie, mais se fait une synthèse de convenance tirée de ces différents courants de pensées. Trois fois, elle rêve qu’elle rencontre le peintre Marc Chagall. Il lui pose cette question: «quelle différence y a-t-il entre la couleur lavande et la couleur lilas ? » Elle répond : « dans l’une, il y a plus de bleu, dans l’autre, plus de rouge ! ». Pour Josée Andréi, la sculpture est plus un jeu que la peinture qui vient de l’intérieur, offrant ainsi toute la palette de la création. L’art est un chemin de compréhension du monde, le beau permet de retrouver les racines de la conscience. Tout être humain est un mystique potentiel; il n’est rien de plus fascinant que l’être humain ! Malgré son handicap, sa vie physique reste intense : la moto, la marche en montagne, la méditation isolée dans la nature avec pour seules aides un tambour et une bouteille d’eau. La confiance en soi et dans les autres est très importante. Sur une photo, montée sur une échelle elle cueille des pommes ! Travailler, toujours travailler l’inconscient, pour cela la pratique du tarot est utile; faire de la musique, apporter joie et aide aux autres, leur ouvrir son cœur également. Le faucon, son totem, lui permet de voir l’esprit de l’espèce. Le décor de l’interview est un œil immense, grand ouvert, allusion au troisième œil, œil de la sagesse, organe de la vision intérieure, œil de l’éveil, œil mystique qu’a su développer notre initiée au long cours. Chez les Esquimaux, le chaman, le clairvoyant, est appelé « celui qui a des yeux ».
Référence incorrecte (Attention aux espaces !)
Marc de Smedt, éditeur, écrivain, maître du silence, de la méditation, initié au bouddhisme zen par le Japonais Taisen Deshimaru (« Votre posture de méditation influence le monde entier »), se raconte sous les feux de la rampe au journaliste Edmond Blattchen. Les noms de dieux et les noms de l’eau sont presque aussi nombreux, dits dans toutes les langues et nous poussent à décrypter leurs sens cachés. Pour Marc de Smedt, le secret est dans la respiration, respiration consciente et abdominale, comme la respiration des bébés. Elle fait naître un satori, point d’éveil qui conduit à la sagesse simple, naturelle, familière. L’émotion poétique peut être comparée à la respiration cosmique. Clément d’Alexandrie disait : « Admire ce qui est devant toi ». « Admire l’humain qui est en face de toi», ajoute Saint-Augustin. « Une journée, une vie » (adage tibétain). Il faut donner du sens, réintégrer du sens aux gens, à sa vie. L’impermanance bouddhiste enseigne : nous sommes des passants, apportons aux autres le sourire, la sérénité. La matière dite inerte est en fait pleine de vides et de pleins, donc d’existences qui échappent à nos sens accordés aux mouvements des choses. Les lieux ont du sens et délimitent un espace de silence. Il faut aller à la rencontre du vaisseau spatial terre, résumé de notre monde bâti sur le binaire. Se prendre en main, se transformer pour trouver l’autre qui est en soi. Une conscience primordiale baigne l’univers, le silence doit se faire en nous pour l’entendre. Les gestes à faire : contrôle de la respiration, méditation et réflexion.
Conclusion en forme d’ouverture
Le portrait du chamanisme exposé ci-dessus, est « in-fini » (nous ne traitons pas ici du rapport chamanisme et sexe qui est un vaste sujet d’études à lui seul !), tant le sujet est riche, ses limites matérielles et immatérielles difficiles à tracer ! La caractérisation du phénomène donne lieu à de nombreuses exégèses, ses mutations modernes très « tendances » sont sujettes à caution. Les manifestations produites par le phénomène sont-elles réelles, provoquées, s’agit-il de poudre aux yeux jetée en pâture aux gogos ou est-ce une part non négligeable de l’inconnu concomitant à la réalité et auquel nous sommes aveugles ? Faut-il réactiver des dons oubliés, demander aux esprits qu’ils nous inspirent pour que la lumière revienne en nous ? De la pratique des « arts premiers » découlent finalement la symbolique, les religions, les philosophies, la médecine, les sciences, la création artistique. Les expériences extrasensorielles, les états décalés, les visions que provoque l’absorption de drogues hallucinogènes (voir les expériences psychédéliques), les états d’épuisement dus aux privations de sommeil, de nourriture, à l’isolement en des lieux sauvages propices à l’écoute des voix, à la perception des vibrations telluriques, aux rêves éveillés, font-ils partie de notre nature profonde ? Lors d’un rêve éveillé, n’avez-vous jamais eu l’impression d’être un animal et de ressentir au plus profond de vous son activité propre; ou encore n’avez-vous jamais rêvé qu’un animal se tenait à proximité de vous, vous entourant, vous protégeant, vous parlant, vous menaçant ? Ne pourrait-il donc pas devenir votre totem, votre esprit tutélaire ? Êtes-vous chaman ? Un son, une musique, une vibration spécifique, une image vous font-ils quitter la réalité ? Ne peut-on user de ces états de «stase» pour communiquer avec d’autres dimensions? Rêve qui peut! Dieu ne s’est-il pas comporté en chaman en jeûnant quarante jours et quarante nuits dans le désert, après y avoir été amené par « l’esprit » ? Réduit à un état de faim hallucinatoire, il voit le «tentateur», le Diable, Satan. L’aventure se termine sur une montagne, lieu symbolique d’accès au Ciel et à la divinité, sur laquelle descendent les anges pour prendre soin de lui. Le Christ possède des pouvoirs miraculeux, est visionnaire, visite le monde des morts, guérit, exorcise par la parole et les attouchements… Les peuples sibériens assimilent Jésus aux chamans, sur base des miracles et surtout de l’autosacrifice: le chaman sibérien est censé payer de sa propre chair ce qu’il demande aux esprits. Bientôt un roman ésotérique à succès : « Jésus chaman » ? La tradition juive voit ses prophètes entrer en transe, recevoir des messages, dire l’avenir, voler vers le Ciel. Beaucoup de passages de la Bible, ou d’autres livres saints, pourraient sans doute s’interpréter à la lumière des pratiques chamaniques. Les vies de saints nous les montrent dans leur grotte, sur une colonne, une montagne, dans une cellule, emmurés volontaires, jeûnant, s’imposant des macérations de toutes sortes… Et pourtant le chamanisme n’est pas stricto sensu une religion, plutôt un véhicule, un pont entre deux rives, du nadir au zénith, comme les aurores boréales conduisent les esprits vers le paradis de la nuit ! Que de portes ouvertes sur la réflexion, la méditation, le retour au moi profond de l’individu, aux origines du monde, son ralliement aux vibrations de la terre, aux êtres ancestraux oubliés entre les soubresauts de la réalité. Pour laisser enfin les âmes purgées, pacifiées, guéries, libres.
P.S. : Après avoir sacrifié à certains rites de consommation, extasions-nous, exorcisons nos démons sur le dance floor des discothèques, aux vibrations du drum’n’bass, sous les flashs hypnotiques des lasers !
Informations tous azimuts sur les chamans, le chamanisme, sur les ouvrages qui en parlent, sur internet.
Consulter les nombreux livres de Marc de SMEDT chez Albin Michel et l’ouvrage qui fait autorité en la matière : Mircea ELIADE, Le chamanisme et les techniques archaïques de l’extase, Éditions Payot, Paris, 1983.
LIRE
- Bernard RAQUIN, Rendez-vous avec l’intuition. Initiation au chamanisme, Exergue, Paris, 2004. Kenneth MEADOWS, La Voie médecine. La Voie chamanique de la maîtrise de soi, Guy Trédaniel, 2000.
- Serge BRANLY, Terre Wakan. Univers sacré des Indiens d’Amérique du Nord, Laffont, 1974.
Voir les collections du nouveau Musée des arts premiers (www.quaibranly.fr).
Le n°5 de la revue Religions et Histoire, consacrée au Chamanisme à travers le monde, les religions et l’histoire, Éditions Faton, Dijon, France, 2005.
ÉCOUTER
BUDA RECORDS, 2003.
VISIONNER
VO FR. Durée : 90'.
FILM OFFICE, 1995, France.
VO IN st.FR. Durée :172'.
DVD, st. FR.
EDITIONS MONTPARNASSE, 2001, Canada.
PC
" Le Discobus 3 n'a pu circuler ce dimanche 12/2 et est en réparation ce lundi 13/2 : pas de stationnement à Ath, Antoing, Leuze et probablement Mouscron . .
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