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Sélection du mois d'octobre 2006

 

Collection Bruno Mersch

BRÛLER, DISAIENT-ILS... ou LES RAISONS DE LA COLÈRE - DVD - TJ1335

Durée : 58'.
MAMA TANGO PRODUCTION, 2004.

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Collection Bruno Mersch

LA RAISON DU PLUS FORT - DVD - TJ7575

VO FR. Durée : 86'.
CENTRE VIDEO DE BRUXELLES, 2003.

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Au Maroc, 70% des jeunes n’ont qu’un rêve, celui de prendre un hypothétique billet aller, destination l’Europe, avec espoir de non-retour. Ils n’ont qu’une envie: flamber leur vie, changer
d’horizon, quitter leur pays où il n’y a pas d’avenir (37% des jeunes sont sans emploi et 20% de la population vit avec moins d’un dollar par jour).
Soit ils embarquent dans des « pateras » et payent leur trajet 1500 euros (le salaire de toute une vie), soit ils essayent de se cacher dans des paquebots en partance pour la belle Europe, celle qui les fait rêver et où, pensent-ils, l’argent et le travail les attendront à bras ouverts. Hélas, ce n’est pas un bras qui les accueille mais plutôt une gifle et de cela, le documentaire Brûler, disaient-ils… ou Les raisons de la colère de Jawad Rhalib n’en parle guère. Il s’attache surtout à ceux qui restent, aux mères qui ont à la fois envie de les voir partir pour qu’ils puissent leur envoyer de l’argent mais qui ont peur qu’ils soient écrasés contre un remorqueur ou bien noyés en pleine mer. Et lorsqu’ils échouent, il y a la honte, le difficile retour à la case départ avec un séjour en prison.
Pourquoi partir ? Pourquoi ce périple ? Pour pouvoir avoir ce que nous avons et eux pas, une vie décente et un peu d’avenir, avoir ce à quoi chacun devrait avoir droit: une vie normale, avec plus d’un dollar par jour. Une fois sortis de prison, certains jurent par tous les dieux qu’ils ne recommenceront jamais plus, trop dégoûtés d’avoir été floués. D’autres essayeront encore et encore, gardant toujours un mince espoir.

Et tout cela pour arriver ici, dans nos « vertes » contrées. Mais une fois atteint le rivage tant convoité, ce sera la grosse désillusion. Car ici aussi l’injustice et la précarité sont monnaie courante avec, en sus, les préjugés. C’est le sujet du documentaire La raison du plus fortde Patric Jean. L’envie de tourner ce documentaire lui est venue suite au rapport sur la corrélation entre les immigrés et la délinquance, commandé par le ministre belge de la justice, Marc Verwilgen. Évidemment, ce rapport a maintes fois été cité et montré en exemple par les partis d’extrême droite (le Vlaamse Blok en premier).
Son constat amer ne se limite pas à la Belgique. Il ira aussi en France et dira « J'ai beau traverser l'Europe, passer de ville en ville, rien ne se ressemble et pourtant tout est pareil: les beaux quartiers, les cités ouvrières, les rues des immigrés jetés au loin près des usines et que l'on désigne comme des repères de bandits, de voleurs, de voyous. Et qui font le bonheur des journaux télévisés. »
Il n’y a pas de place dans nos belles cités pour les immigrés, ils seront relégués en seconde zone, loin de la vue des touristes. C’est le début de l’exclusion, mais celle-ci ne se résume pas au logement, elle s’étend aussi au monde des études, comme le résume bien Kamel d’Amiens : « À partir du moment où on accumule un certain nombre de personnes ensemble ayant des problèmes, on concentre tous les problèmes, on les met tous ensemble. C’est vrai que la misère liée à la précarité, à l’emploi, à la formation, la frustration de ne pas pouvoir consommer dans un pays où la consommation est en abondance etc., ça commence par la frustration, frustration qui conduit à l’angoisse, angoisse qui conduit à la dépression. La dépression peut conduire après, ou à se foutre une balle dans sa tête, ou extérioriser ça avec la violence, avec tout ce que tu peux. C’est toutes ces choses qui s’entremêlent et qui font que tout ça est concentré à un endroit précis, décentralisé. »
Mohamed lui, il cherche du travail et son constat sera lui aussi plein d’amertume : « Pour rechercher du travail, on dit souvent : il faut taper à dix portes, il y en a une qui va s’ouvrir. Nous qui sommes d’origine étrangère, il faut qu’on tape à vingt portes pour espérer qu’il y en ait une qui s’ouvre. Donc, j’ai souvent eu affaire à des patrons qui me disaient : Moi, je suis pas raciste mais j’ai peur que mes clients, quelques-uns de mes clients, eux, le soient et on risque de louper quelques contrats à cause de ça. Donc, excuse-moi, je peux pas t’embaucher. Pour aller chercher un emploi derrière ça, c’est pas évident, quoi. On a peur que ça se reproduise. Parce qu’on se dit, j’ai rien fait, merde, j’ai rien fait, c’est une injustice, quoi, pourquoi moi, quoi ? ».
Il sera beaucoup question de préjugés dans ce film. Le constat, lui, est affligeant. On ne donne pas sa chance à tout le monde, on ferme une usine et on ouvre une prison 500 mètres plus loin. Il nous parle de l’enfermement aussi bien social qu’urbain et carcéral. Des préjugés qui vont bon train, des cases dans lesquelles on met les gens, sans leur donner la possibilité d’en changer.
Ces deux documents sont d’une pertinence rare dans une société où le repli sur sa propre vie et le chacun pour soi dominent. Ils nous montrent sans fard la réalité des réfugiés, une réalité qui est parfois loin de notre regard.

TM

PARADISE LOST - THE CHILD MURDERS AT ROBIN HOOD HILLS - DVD ­ PARADISE LOST 2 - REVELATIONS - DVD - TI5301

VO AN st.FR. Durée :280'.
WARP, 1996-2000.

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1996. Dans une petite bourgade paisible de l’Arkansas, un triple meurtre a été commis, les corps sans vie de trois jeunes garçons de huit ans ont été retrouvés mutilés, battus à mort. Tout de suite, la police pense à un rite satanique (alors qu’aucune preuve tangible ne le prouve). Trois adolescents aux mœurs peu ordinaires sont accusés. En effet tout est contre eux, et surtout contre Damien. Ce dernier est toujours vêtu de noir, écoute le groupe de hard-rock Metallica et, cerise sur le gâteau, il s’intéresse à l’occultisme. Il a tous les attributs pour tenir le rôle du méchant de service.
Après un interrogatoire de plus de trois heures (dont seulement trois quarts d’heure seront enregistrés par la police), un des trois jeunes suspects (avec un Q.I de 72) avoue avoir donné un coup de main et accuse ses deux amis d’avoir commis ce crime sordide.
Sont-ils réellement coupables ou bien sont-ils victimes de circonstances dans cette chasse aux sorcières ? La police ne va-t-elle pas vite en besogne pour trouver des prétendus coupables dans le seul but de faire taire les rumeurs d’incompétence qui pèsent sur eux suite à la disparition de plusieurs preuves importantes ?
Les deux réalisateurs de ce documentaire, Joe Berlinger et Bruce Sinofsky, vont suivre l’affaire de près à travers l’interview des parents des victimes, des accusés et de leur famille.
Ils sont aussi autorisés à filmer les audiences du procès jusqu’au verdict final. C’est là que se termine la première partie du documentaire.
Suite à la diffusion de ce documentaire sur la chaîne de télévision américaine HBO, un groupe de soutien vient au secours des trois suspects de West Memphis. Là commence la deuxième partie du documentaire tournée quatre ans après le premier volet. Mais cette fois-ci, l’équipe du tournage est persona non grata au sein du tribunal (certainement à cause de l’impact qu’a eu le premier film sur l’opinion publique).
Mais les faits majeurs ne vont pas se passer dans le tribunal mais en dehors où l’on assiste à un revirement de situation. En effet, le beau-père d’une des jeunes victimes est soupçonné à son tour d’avoir commis l’acte barbare, vu son comportement et ses mœurs plus que suspectes (schizophrène, kleptomane, mythomane et peut-être l’auteur de l’assassinat de sa femme). Quant à l ’avocat (bénévole) de la défense, il fait appel à un spécialiste du profilage de meurtrier qui lui va trouver des preuves qui pourraient innocenter les présumés coupables (ce dont la police locale fut incapable).

Ce document percutant ne laisse pas de marbre.
Il nous montre le fonctionnement et surtout le disfonctionnement de la justice et la violation flagrante de l’article 11 des droits de l’homme (« Toute personne accusée d'un acte délictueux est présumée innocente jusqu'à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d'un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été assurées. »).
Il nous démontre que les a priori et les jugements à l’emporte-pièce vont bon train dans une population vindicative qui aura vite fait de trouver son mouton noir et de le mettre sur le ban des accusés sans autre forme de procès que la suspicion.
Après ce film, Joe Berlinger tournera le documentaire Metallica, Some Kind of Monster (TB5221) (toujours en collaboration avec Bruce Sinofsky) puis le film Blair Witch-2 : le livre des ombres (VB4701).

TM

THE STAIRCASE : ÉPISODES 1 À 4 - DVD ­ SOUPÇONS - DVD - TI8301

VO AN st.FR. Durée :180'.
DVD, en FR, AN, st. FR.
EDITIONS MONTPARNASSE, 2004.

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THE STAIRCASE : ÉPISODES 5 À 8 + COMPLÉMENTS - DVD ­ SOUPÇONS - DVD - TI8302

Pochette TI8302.

VO AN st.FR. Durée :180'.
DVD, en FR, AN, st. FR.
EDITIONS MONTPARNASSE, 2004.

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À Durham, en Caroline du Nord, Kathleen Peterson est découverte morte ensanglantée au pied de l’escalier du luxueux manoir qu’elle occupait avec Michael son mari, romancier à succès. Ensemble, ils formaient un couple uni, au sein d’une grande famille recomposée et sans histoires. Cependant, pour le procureur et l’inspecteur de police, il ne s’agit pas d’une chute accidentelle mais d’un meurtre. Très rapidement, Michael Peterson est mis en examen pour assassinat. Il engage pour sa défense David Rudolf, l’un des avocats les plus reconnus des États-Unis…
Pendant dix-huit mois, Jean-Xavier de Lestrade a pu suivre l’enquête, l’ensemble des protagonistes ainsi que le procès jusqu’au verdict. Avec d’un côté, la défense de l’accusé avec ses enfants, les détectives privés, les témoins et les experts. De l’autre, l’accusation avec la famille de la victime, la police, le procureur et sa substitut. En huit épisodes d’une quarantaine de minutes, il nous livre cette histoire magistralement montée, mise en récit et en musique comme s’il s’agissait d’une fiction policière. Dès le début, le trouble s’installe. S’agit-il d’un crime ou d’un accident ? Les deux camps s’affrontent dans une tension inouïe. D’une fiction ou de la réalité ? ce véritable « polar du réel », porté par ses propres protagonistes, est singulièrement confondant. De rebondissements en retournements de situation, l’intrigue est haletante. Argent, pouvoir, mensonge, sexe… se mêlent dans cette affaire. Entre un avocat un peu roublard, un procureur acharné, un juge intransigeant, des experts hésitants, on se surprend à s’attacher à la famille Peterson et, en particulier, à l’écrivain présumé coupable, acteur hors pair de sa propre existence. Personnage public, mystérieux et atypique, il n’est en tout cas pas au goût du procureur et cadre mal avec la bienséance ambiante de cette ville conservatrice du Sud. Rapidement, la quête de justice s’efface au détriment d’une lutte entre la défense et l’accusation où il apparaît plus important de juger un homme sur son passé et l’image qu’il véhicule que sur des faits concrets et avérés.
Auteur de Un coupable idéal (Oscar 2002 du meilleur documentaire), Jean-Xavier de Lestrade poursuit au travers de cette fameuse affaire sa réflexion sur les rouages de l’institution judiciaire et sur la notion même de justice. Cette série documentaire captivante illustre avec intelligence l’hostilité d’une société sclérosée face à toute forme de différence et offre également un regard inquiétant sur le rôle des médias et surtout sur les rouages et les dysfonctionnements du système judiciaire américain.
The Staircase est la démonstration, une fois de plus, que la réalité peut dépasser la fiction.

CM

Note :

- Cette série documentaire a obtenu plusieurs prix : IDA Best Documentary Award 2005 (Los Angeles), Peabody Award 2005 (New York) et Columbia DuPont Award 2006 (équivalent audiovisuel du Pulitzer Prize).

- Les compléments DVD sont intéressants avec un entretien avec le réalisateur Jean-Xavier de Lestrade, sa filmographie, une interview de Michael Peterson après le verdict et six scènes coupées.

- Par ailleurs, le documentaire Un coupable idéal est disponible en nos collections sur support DVD (TI8612) ou vidéo (TI8611).