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SÉLECTION DU MOIS DE JANVIER 2007


DVD DU MOIS

Collection Bruno Mersch

LA FEMME SEULE - DVD - TJ4051

Pochette TJ4051.

Durée : 23'.
DVD ZONE ,, en FR, st. AN, PO, AL, FR.
COME AND SEE, 2005.

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Akosse Legba, une Togolaise de trente-deux ans, victime d’un véritable esclavage moderne, témoigne du calvaire qu’elle a vécu dès son arrivée en France en tant que domestique et jusqu’à sa libération…
Pour respecter son anonymat, Brahim Fritah réalise ce court métrage avec un parti pris formel très affirmé, en faisant un détour par des images qui réunissent trois territoires de la jeune femme en un espace fluide : le Togo, la maison de campagne de son enfance et le luxueux appartement parisien qui est le théâtre des réminiscences de son passé. À la manière d’un puzzle, il rassemble avec une distance pudique les fragments d’un portrait d’un être qui tente de se reconstruire en libérant sa parole. Ainsi, dans les pièces vides résonne sa voix qui raconte son enfance, les conditions de sa venue en France, ses souffrances et comment un fragile processus d’affranchissement s’est lentement mis en place. En filmant les objets qui constituaient son environnement quotidien, on découvre la relation qui s’est nouée entre elle et son univers domestique pendant les deux ans de son emprisonnement. Sa vie d’esclave est saisie à travers une succession d’éléments isolés dans l’immensité de l’appartement. De clichés figés et minimalistes en images animées, le réalisateur utilise délicatement le flou protecteur et la métaphore. On comprend comment ces objets peuvent devenir vivants et oppressants. Une porte fermée, une serrure suffisent à exprimer l’enfermement de l’esclave moderne. Le tourbillon du tambour d'une machine à laver, l'asservissement. La voix de la jeune femme, empreinte d'émotion, vibre et nous emporte. Elle est le récit, cerne le ressenti. Ainsi l'image, mais aussi les sons très étudiés, sont un écho de la voix et non une illustration.
Brahim Fritah trouve admirablement le juste milieu entre esthétisme et parole, de sorte que l’esthétisme de ces prises de vues ne l’emporte pas sur la parole. Loin d'une figuration sentimentale, il rend à cette femme sa dignité et en appelle ainsi à la dignité de tous.
Un essai documentaire poignant !
Catherine Mathy

Note : Ce court métrage a obtenu de très nombreux prix dont le Prix spécial du jury au Festival international de Clermont-Ferrand 2005.
Par ailleurs, le DVD contient un court métrage Le Train (18’) et des interviews de Akosse Legba (14’) et du réalisateur (14’).


CHRONIQUES


ROUTE ONE/USA - DVD (+ CD AUDIO) - TJ7880

Pochette TJ7880.

Collection LE GESTE CINÉMATOGRAPHIQUE - DVD.
VO AN st.FR. Durée :255'.
DVD, en AN, st. FR.
EDITIONS MONTPARNASSE, 1989.

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Ne se trament, derrière ce film-épopée, que quelques lignes d’un scénario à peine écrit: un homme, une route, un chemin à parcourir oscillant entre fiction et documentaire. Il s’agit de traverser la plus
ancienne route des États-Unis et d’y déposer son regard pour recueillir les sédiments de l’Histoire américaine. Par une habile mise en abyme, Kramer se met en scène via Doc, qui comme lui, mais pour d’autres raisons, revient sur sa terre natale après un exil volontaire de dix ans.
Nous assistons à une pérégrination poétique, contemplative, dans laquelle se mêlent réflexions autobiographiques et constats d’une société nécrosée, payant le tribut de guerres inconscientes, d’un gouvernement aux manœuvres ultralibéralistes. Nous sommes fin des années 80.
Parole est donnée à des personnes rencontrées en chemin, constituant chacune un élément distinct d’une immense mosaïque touchante par sa véracité, son humanisme: le cri est silencieux qui, comme un écho, assemble par le montage la crainte d’une mère de famille quant à l’avenir de ses enfants dans un ghetto au témoignage d’une exilée politique salvadorienne.
Le chemin est aussi celui de la mémoire. Kramer s’attarde ainsi à Walden où Thoreau séjourna et écrivit son livre éponyme ou devant la maison de Walt Withman pour voir, semble-t-il, ce qui a disparu.
Toucher le sensible, construire par-dessus cette vision de l’Amérique en déroute un nouveau rêve bâti non plus sur un individualisme effréné, mais sur un ensemble de réseaux unis dans la déroute et la foi.
Michel Coton


HENRI-FRANÇOIS IMBERT - DVD - TW3251

Collection LE GESTE CINÉMATOGRAPHIQUE - DVD.
VO FR.
DVD, en FR.
EDITIONS MONTPARNASSE, 1996-2003.

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SUR LA PLAGE DE BELFAST - DVD - TW3251

VO FR. Durée : 39'.
DVD, en FR.
EDITIONS MONTPARNASSE, 1996.

DOULAYE, UNE SAISON DES PLUIES - DVD - TW3251

VO FR. Durée : 80'.
DVD, en FR.
EDITIONS MONTPARNASSE, 1999.

NO PASARÁN, ALBUM SOUVENIR - DVD - TW3251

VO FR. Durée : 70'.
DVD, en FR.
EDITIONS MONTPARNASSE, 2003.

Henri-François Imbert est un cinéaste singulier qui lutte contre l’oubli. Le moindre objet retrouvé, l’infime souvenir qui persiste dans sa mémoire, attisera sa curiosité et sa soif de savoir qu’il étanchera en
partant à la recherche des clefs qui ouvriront le coffre magique des mystères insondables des méandres de la mémoire.

Ce DVD regroupe ses trois films réalisés entre 1996 et 2003. Ce triptyque se situe entre récits de voyages et carnets de bord.
Dans son premier film Sur la plage de Belfast, il part à la recherche des protagonistes d’un film oublié dans une caméra achetée en seconde main. Ce film montre une famille s’amusant sur une plage. D’eux, il ne sait absolument rien. Tel un Sherlock Holmes, il cherchera des indices dans les images du film. Il remuera ciel et terre pour pouvoir rendre ces moments intimes à leurs propriétaires d’origine.
Dans le deuxième film Doulaye, une saison des pluies, il part au Mali à la recherche de Doulaye, un ami de son père dont il garde un souvenir d’enfance. De cet étrange personnage, il dira au début du film «Je n’avais qu’un seul souvenir de Doulaye Danioko. Je devais avoir aux alentours de cinq ans, c’était probablement en 1971 ou 1972, à Châteauroux, où nous vivions avec mes parents…
Mon père m’avait raconté qu’un jour Doulaye avait tué un lion à la chasse. J’avais toujours imaginé que c’était une chasse à la lance et cette image de Doulaye, tuant un lion à coup de lance, m’avait beaucoup impressionné. J’étais fier de le connaître, d’être son ami. Et je rêvais que peut-être un jour Doulaye m’emmènerait à la chasse avec lui.
L’été dernier, je me suis rendu compte que cela faisait déjà vingt ans que Doulaye était parti et que depuis des années, j’attendais qu’il réapparaisse… ».

Dans la dernière partie de son triptyque No pasarán, album souvenir, tout démarre par une série de cartes postales numérotées (dont aucune n’a été postée), couleur sépia, retrouvées dans la maison de son arrière-grand-père qui habite près de la frontière espagnole.
Cette série montre des photos des premiers réfugiés espagnols qui fuient le franquisme et demandent asile à la France en 1939.
Il va essayer de retrouver les cartes manquantes, comme un jeu des sept familles, tout en essayant de comprendre l’histoire de ces cartes.
No pasarán (ils ne passeront pas), cri de résistance des républicains, est à prendre en double sens, ils ne passeront pas s’adresse aux réfugiés kurdes arrivés en France et qui veulent traverser la Manche pour atterrir en Angleterre, terre promise.
Une fois toutes les pièces de ce puzzle assemblées, elles nous montrent une partie méconnue des prémices de la Seconde Guerre mondiale.

Ce n’est pas un hasard si ce jeune réalisateur bien singulier se retrouve en DVD dans la collection Le geste cinématographique (dirigée par Patrick Leboutte), au même titre que Jean Rouch, tellement son approche de l’image est singulière et précieuse.
Mêlant diverses techniques de prises d’images (super 8, 35 mm, 16 mn et DV) sur lesquelles se juxtapose sa voix qui nous parle à la première personne comme si nous écoutions à travers la porte de son esprit; ces films nous interpellent tout en étant personnels. On se sent impliqué dans sa recherche dont on attend le dénouement comme on attendrait le nom du meurtrier dans un bon polar.
Générosité et modestie sont deux qualités dont sont empreints les films d’Henri-François Imbert. Il nous touche, nous intrigue, titille notre esprit. Sa quête ultime est celle de tout homme à la recherche de son passé. c’est une reconstruction partagée. Il rend sa recherche universelle et touchante. Du cinéma poétique où chaque image à son importance et sa petite histoire.
Thierry Moutoy