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10. Nouveaux symphonismes

 

Depuis les années 80, les compositeurs de musiques de film sont retournés vers des scores plus orchestraux. Bon nombre d'entre eux ont eu une formation classique ou sont eux-mêmes compositeurs (comme Michael Nyman). Ils utilisent leurs connaissances et tout le passé des grandes compositions hollywoodiennes comme source d’inspiration (voire parfois de plagiat).
Cette partie aurait dû clôturer le parcours sur les cent ans de musiques de film mais nous vous préparons un petit bonus pour le mois prochain.

 

star warsStar wars, George Lucas (1977-2005)
(musique de John Williams)

John Williams fait partie de la mythologie Star Wars, il en est une des clefs de voûte. La rencontre entre Williams et George Lucas remonte à 1977; lors du tournage de Jaws, Spielberg présente un jeune réalisateur au compositeur, George Lucas. Ce jeune réalisateur est justement à la recherche d’un compositeur capable d’écrire une partition symphonique, une musique d’un style classique pour un film de science-fiction.
John Williams déconseillera à George Lucas d’utiliser des partitions classiques déjà existantes Mahler, Holst, Wagner). Il préfère puiser son inspiration dans des œuvres d’autres compositeurs, André Souris, Dvorak, Mendelssohn et Stravinsky. Les fans parleront de citations et d’hommages, les détracteurs crieront aux plagiat.
Il n’empêche que la double trilogie de Williams reste pour beaucoup LA musique de film par excellence.  Une musique tour à tour épique, lyrique et "fanfaronnante". John Williams a créé une œuvre cohérente durant ces 6 épisodes, développant les thèmes au lieu de s’auto pomper lui-même. Sa musique deviendra au fil de la saga plus dense et plus fouillée.
George Lucas dira lors d’une interview: "Composer la musique de l’Episode I était une tâche difficile. Tant de personnages et de situations, que sa musique évoque immanquablement, avaient disparu. Dans l’Episode I, il n’y a pas de Luke Skywalker, pas de Princesse Leia, pas de Han Solo, et même Dark Vador n’est encore qu’un enfant innocent. John devait faire appel aux précédents thèmes mélodiques tout en créant un univers musical à la fois nouveau et familier. Il devait en outre explorer les nouveaux territoires émotionnels de l’Episode I. Sa musique devait aider à raconter l’histoire d’une Reine pacifique confrontée au besoin de se battre pour la survie de son peuple, d’une mère devant abandonner son fils pour qu’il tire parti de ses véritables aptitudes et d’un noble Jedi faisant face à la montée d’un mal effroyable. Une fois de plus, John a dépassé mes attentes et créé une musique généreuse, riche, émouvante et saisissante."
Un coffret collector compilant les airs les plus populaires des 6 épisodes est sorti l’an passé. (TM)

 

draughtlanc contractThe Draughtsman's contract, Peter Greenaway (1982)
(musique de Michael Nyman)

À films atypiques, musiques atypiques. Ce n'est donc pas un hasard si les routes de Peter Greenaway et de Michael Nyman se sont croisées pour onze films hors de la norme. Cul et chemise de 1976 à 1991, le réalisateur et le compositeur ont travaillé main dans la main, prenant radicalement le contre-pied de Hollywood, l'un tournant et montant son film au gré des compositions de l'autre.
En fin théoricien, Michael Nyman s'est largement inspiré des œuvres de Henry Purcell pour The Draughtsman's contract - horriblement traduit en français par Meurtre dans un jardin anglais. Le compositeur y pose les bases de ce qui deviendra sa marque de fabrique: des thèmes répétitifs et frénétiques où les instruments se superposent jusqu'à l'obtention d'un savoureux mille-feuilles musical.
En 1993, Michael Nyman connaîtra son premier grand succès populaire grâce à La leçon de piano de Jane Campion, mais ça, c'est encore une autre histoire... (CT)

 

 

willowWillow, Ron Howard (1988)
(musique de James Horner)

La musique de Willow mérite tout à fait sa place dans un top 100 des musiques de film à bien des égards. Tout d’abord, c’est LA musique qui confirma le talent  immense de James Horner.
Willow est un savant mélange de musique épique (le thème principal ressemble à une version accélérée de la 3ème symphonie de Schumann), de chœurs et d'un large panel de  percussions et d’instruments traditionnels (flûte de pan, shakuhachi).
Il faudra attendre la musique du Seigneur des anneaux pour retrouver une musique de cette envergure pour un film de fantasy (voire même un film tout court). (TM)

 

 

 

robin hoodRobin Hood: prince of thieves, Kevin Reynolds (1991)
(musique de Michael Kamen)

L'histoire de Robin des Bois a été maintes fois racontée et filmée; la version de 1991 n'est pas la meilleure mais la musique est un des chefs-d'œuvre de Michael Kamen. Tout en poursuivant une carrière de compositeur pour ballets et d'arrangeur pour groupes pop-rock (l'album The Wall de Pink Floyd serait totalement différent sans lui), Michael Kamen a également écrit de nombreux scores pour des films.
Comme Korngold plus de 50 ans avant lui pour The Adventures of Robin Hood, le compositeur propose une musique épique, pleine d'aventure, soulignant l'action avec des cuivres mais en introduisant des moments plus calmes, aux sonorités médiévales, avec harpes et mandolines. Excellent orchestrateur, Michael Kamen utilise toutes les ressources des nombreux instruments pour créer une pièce aux harmonies et timbres changeants et aux ambiances et rythmes très variés.
Le thème de base est assez simple et est repris dans la chanson de Bryan Adams, Everything I do, I do it for you qui est devenu un hit planétaire. L'autre thème principal, celui de l'ouverture, est encore utilisée aujourd'hui comme thème pour Morgan Creek Productions. (ASDS)

 

stargateStargate, Roland Emmerich (1994)
(musique de David Arnold)

La musique du film de science-fiction Stargate a été le début de la reconnaissance internationale de David Arnold. Il a composé un score musclé qui est devenu instantanément un grand classique, dans la lignée de John Williams.
David Arnold a commencé sa carrière comme compositeur pour des séries tv et des documentaires anglais tout en faisant l'une ou l'autre audition pour des groupes comme The Clash (où il n'a pas été retenu). Il s'est fait connaître avec le score de The Young Americans et la chanson Play Dead de Björk, qu'il a co-écrite pour le film et c'est ainsi qu'il a attiré l'attention de Roland Emmerich qui réalisait Stargate. Il a par la suite encore travaillé avec lui pour Independence Day et Godzilla avant de prendre la relève de John Barry dans la franchise des James Bond.
Partant des scores de l'âge d'or de Hollywood, de Lawrence of Arabia de Maurice Jarre tout particulièrement – le film se passe en Egypte - , David Arnold a composé une musique pour grand orchestre, avec des thèmes reconnaissables mais épicés de fantaisie et utilisables autant dans les moments calmes que dans les scènes d'action débridées. Il utilise toutes les ressources de l'orchestre et du choeur, y introduisant également des sonorités de musique traditionnelle égyptienne, mais malheureusement la voix de Natacha Atlas est peu audible dans les deux morceaux où elle intervient. Bref une partition qui renoue avec la plus pure tradition des scores pour aventures épiques. (ASDS)

eterniteL'éternité et un jour, Theodoros Angelopoulos (1998)
(musique de Eleni Karaindrou)

Née dans un village du centre de la Grèce, Eleni Karaindrou grandit à Athènes où elle étudie le piano et la musicologie. En 1969, elle obtient une bourse pour étudier à Paris l'ethnomusicologie et l'orchestration avant de rentrer en Grèce deux ans plus tard. Elle co-fondera alors le troisième programme de la radio grecque parallèlement à ses premières musiques pour le théâtre, la télévision et le cinéma.
Au début des années 80, Eleni Karaindrou rencontre Theodoros Angelopoulos dont elle deviendra l'épouse et la compositrice attitrée. Leur collaboration atteindra son paroxysme en 1998 avec L'éternité et un jour, Palme d'Or à Cannes cette année-là. Forte d'une solide formation de pianiste, Eleni Karaindrou n'en est pas moins une compositrice instinctive qui puise dans toutes les musiques qu'elle aime, de la musique folklorique grecque la plus populaire au jazz le plus pointu. Pour ce film, elle signe des thèmes simples et forts à base de cordes, restant au plus proche de la thématique du film.
Pour cette bande originale, Eleni Karaindrou a signé des compositions amples et dépouillées à écouter d’une oreille attentive plutôt qu’à simplement entendre. Elle invite l’auditeur à apprécier les silences, instruments à part entière, permettant à la musique de se déployer dans toute sa splendeur. (CT)

 

plunkettPlunkett & MacLeane, Jake Scott (1999)
(musique de Craig Armstrong)

Arrangeur de cordes pour Massive Attack, c'est sur le label créé par ces derniers que Craig Armstrong sortira en 1998 son premier album solo, The Space between us.
Mais c'est surtout à travers ses musiques de film que le compositeur se fera connaître du grand public, malgré des débuts plus que discrets en 1979 où il signe à l'âge de 20 ans la musique d'un obscur moyen métrage irlandais.
Considérée par de nombreux titres de presse comme l’une des musiques de film les plus innovantes des années 90, Plunkett & MacLeane fait habilement cohabiter le classique et le moderne. Il faut dire que le mélange des genres est le pêché mignon du compositeur britannique qui n’a pas son pareil pour combiner envolées de cordes et boîtes à rythme.
Et si le film est dispensable, sa musique, elle, vaut largement le détour. (CT)

 

 

sixth senseThe sixth sense, M. Night Shyamalan (1999)
(musique de James Newton Howard)

Avant de composer des musiques de film, James Newton Howard, pianiste de formation, a eu une longue carrière comme arrangeur et musicien, notamment pour Elton John. Il commence à composer des partitions pour le cinéma dès la fin des années 80 et depuis, une soixantaine de musiques ont accompagné les films les plus divers comme Pretty Woman, The Fugitive, Wyatt Earp, et tout récemment Dark Knight (en collaboration avec Hans Zimmer). Le générique d'Urgences est également de sa plume.
Sa collaboration avec M. Night Shyamalan sur The Sixth Sense est la première d'une longue série (Unbreakable en 2000, Signs en 2002, The Village en 2004, Lady in the Water en 2006 et The Happening en 2008) et ils forment un duo quasi inséparable et prolifique. Il crée pour ce film un score assez mystérieux, triste, nostalgique, composé essentiellement de morceaux qui créent une atmosphère, parfois plus proches même du "sound effect" ou "sound design" (çàd tous les sons qu'on entend dans le film, hormis la musique; c'est d'ailleurs un métier à part entière). Il utilise pour cela violons (parfois dissonants) et électronique, ponctués de piano ou de clarinette. Une très belle musique inséparable des images qu'elle accompagne ! (ASDS)

 

 

breakingBreaking and Entering, Anthony Minghella (2006)
(musique de Gabriel Yared et Underworld)

Bande originale de toute beauté servie par des arrangements de cordes somptueux et des textures électroniques tantôt brutes, tantôt délicates Breaking and Entering offre à l'auditeur des ambiances sonores paradoxales et néanmoins complémentaires puisque la rencontre entre le symphonisme de Gabriel Yared et les sonorités électroniques de Underworld est bel et bien une rencontre du troisième type. Un choc auditif qui aurait pu tourner au vinaigre si chacun des musiciens n'était pas authentiquement sensible au travail de l'autre.
Réunis par le réalisateur Anthony Minghella, le compositeur d'origine libanaise et le duo anglais ont composé une musique à la fois complexe et accessible, car les trois hommes ont pris le temps d'explorer leurs univers respectifs. Les violons dingues du premier côtoient ainsi avec naturel les textures électroniques rêches et râpeuses des seconds, témoignant d'une belle ouverture d'esprit de part et d'autre et apportant la preuve qu'orchestre et machines peuvent faire excellent ménage. (CT)

 

 

majeste minorSa majesté Minor, Jean-Jacques Annaud (2007)
(musique de Javier Navarrete)

Pour son dernier film, Jean-Jacques Annaud a fait appel au compositeur Javier Navarrete. Tel un Philip Glass ou un Michael Nyman, l'Espagnol est un as de la narration musicale, donnant à cette comédie antique une couleur mi-folklore, mi-fanfare. Il fallait bien ça pour accompagner les aventures d'un homme-cochon, d'un satyre et de tout un petit peuple issu et inspiré des mythologies grecques.
C'est que, pour souligner subtilement et en musique des histoires fantastiques, Javier Navarrete est l'homme de la situation puisqu'il avait déjà travaillé main dans la main avec le cinéaste mexicain Guillermo del Toro sur les splendides et effrayants El Espinazo del diablo et El Laberinto del Fauno.
Ici, le compositeur est plus ludique, s'en donnant à cœur joie avec des instruments rarement présents au sein de l'orchestre, tels que lyre, flûte de pan, doudouk, cythare ou cymbalon. Enregistrées entre l'Espagne et la France, les sessions ont regroupé des musiciens d'horizons divers, mi-classique, mi-traditionnel, et l'ensemble fonctionne à merveille pour insister sur les ambiances oniriques, décadentes et hautes en couleur de cette comédie antique. (CT)