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12. La petite boutique des horreurs

 

À l'occasion du BIFFF, nous nous sommes penchés une dernière fois sur les musiques de films pour vous proposer ce mois-ci des bandes originales issues du cinéma «fantastique» (qui regroupe lui-même différents sous-genres, de la science-fiction la plus gentille à l'horreur la plus gore).
Bien plus que d'autres genres, le cinéma fantastique ne saurait se passer de musique, celle-ci étant à même d'amplifier les intentions d'un réalisateur. Quoi de plus efficace que des envolées de cordes tendues pour marquer le suspense? Quoi de plus dramatique qu'un grand coup de percussions au moment (souvent jouissif) de sursauter?

Comme il est bon de se faire peur de temps en temps, voici notre dernière sélection pour marquer la fin de cette année consacrée aux 100 ans des musiques de film. Un travail de Titans largement compensé par votre enthousiasme, notamment quand il a été question de nous faire part de vos bandes originales préférées regroupées au sein d'une playlist qui complète et clôture en beauté notre propre sélection…

 

1 The 7th voyage of Sinbad, Nathan Juran (1958)
(musique de Bernard Herrmann) YS2167
Le septième voyage de Sinbad est la première des quatre collaborations entre Bernard Herrmann et le maître incontesté des effets spéciaux Ray Harryhausen. Cette partition marquera le genre fantastique au même titre que celle de King Kong de Max Steiner et The bride of Frankenstein de Franz Waxman.
Bernard Herrmann n’utilise pas d’instrument atypique pour sa composition, il utilise «juste» un orchestre et des percussions qui donnent un son riche et profond. Il joue plus la carte de l’évocation (thème arabisant, percussions brutales pour le duel entre le dragon et le cyclope), que celui du leitmotiv. Le générique du début est un des plus beaux composés par Bernard Herrmann.
Cette musique a influencé sa carrière à jamais ainsi que bien d’autres compositeurs et artistes. Le groupe Cinematic Orchestra par exemple s’est inspiré du morceau « Bagdad » pour son Man with a movie camera.
Deux enregistrements sont disponibles à La Médiathèque. L’un compile les quatre collaborations entre Herrmann et Ray Harryausen, sous la conduite de Herrmann lui-même, l’autre est le score complet orchestré par John Debney. (TM)

 

The Women The Omen, Richard Donner (1976)
(musique de Jerry Goldsmith)

Nous avions déjà évoqué Jerry Goldsmith pour sa partition de Secret of Nimh. Voici quelques notes sur la seule musique qui lui a valu un Oscar: The Omen, ou Damien, la malédiction. Cette composition est devenue un classique qui a ouvert la voie pour d'autres scores de films d'horreur.
C'est après avoir entendu un concert de musiques de films de Jerry Goldsmith que Richard Donner a décidé de l'engager pour son film. N'ayant qu'un tout petit budget, il a dû aller à la recherche d'argent pour payer le déjà célèbre compositeur.
Le morceau le plus connu est probablement celui du générique («Ave Satani»), une messe noire, extrêmement noire, chantée en latin, un hymne terrifiant à Satan. Pour les morceaux suivants, le compositeur varie les styles, oscillant entre passages quasi joyeux interprétés aux cordes, vents et harpe - le calme avant la tempête - et titres très sombres, pesants et tragiques, plutôt dissonants, atonaux, pleins d'ostinatos. Tout le long du film, les passages avec chœurs lourds et oppressants se succèdent, accentuent l'horreur du film. Le score se termine néanmoins par une touche plus légère, une chanson interprétée par la femme de Jerry Goldsmith, Carol. (ASDS)

 

Superman Superman [FSM Blue Box] (1977-1988)
(divers compositeurs)
Film Score Monthly nous a toujours séduit par son travail soigné de rééditions. Une fois de plus, leur réputation est avérée avec la sortie de ce fameux Blue Box qui reprend l’intégrale de la musique pour les films de Superman. Cette boîte magique totalise huit CD. Deux CD remasterisés par opus, un CD avec les différents alternate tracks et les chansons et le dernier avec la musique de Ron Jones pour la série animée. Le tout est accompagné d’un livret de 160 pages.
Parler de la musique du premier opus de John Williams (encore lui) est un peu superflu. Tout le monde a ce thème fanfaron en tête. Néanmoins, voici une petite vidéo pour combler les lacunes des plus néophytes.
Concentrons-nous plutôt sur les autres compositeurs qui ont officié dans cette saga: Ken Thorne, Alexander Courage et Ron Jones.
Ken Thorne, compositeur anglais, est un fidèle collaborateur du réalisateur Richard Lester qui fut appelé à la rescousse pour finir le film après l’éjection de Richard Donner. Il est surtout connu pour être le compositeur du fameux thème de la série Amicalement vôtre. Son travail sur Superman II et III ne s’éloigne pas de la partition de Williams, c'est une variation sur le même thème.
Pour le quatrième volet, ce sera au tour d’Alexander Courage de s’y coller. Ce compositeur a un point commun avec Ken Thorne: on lui doit aussi un fameux thème de série télé, celui de Star Trek. Courage est un des plus fameux orchestrateurs d’Hollywood, il est également un fidèle collaborateur de John Williams. Pour sa partition, il réutilise différents thèmes du premier Superman, avec la bénédiction de John Williams. Celui-ci écrira même trois nouvelles mélodies pour son fidèle ami. Une interview vidéo retraçant sa carrière est disponible ici.
En 1988, notre héros volant reprendra du service dans une mini-série animée produite par la chaîne CBS. Et c’est Ron Jones qui mettra en musique ce dessin animé. Également grand admirateur de Williams, il puisera dans la discographie de son mentor.
Espérons que F.S.M continuera à nous fournir de si beaux objets pour nos yeux et nos oreilles. (TM)

 

Zombi Zombi, George A. Romero (1979)
(musique de Goblin)

Après le succès de Profondo Rosso en 1975 et de Suspiria deux ans plus tard, Goblin participe au cultissime Dawn of the Dead deGeorge A. Romero avec le soutien de Dario Argento qui fera un nouveau montage du film (plus explicite) pour l'Europe. Intitulée Zombi, sa version sera accompagnée d'une musique à l'opposé de la bande-son originale, composée, elle, de bribes sonores extraites de la De Wolfe Music Library, «sonothèque» dans laquelle Romero puisa au petit bonheur la chance.
Dans la version d'Argento, les ambiances musicales sont très différentes puisqu'il s'agit d'une véritable bande originale. Comme à leur habitude, les quatre Goblin (crédités à tort comme «The Goblins») se sont inspirés des images pour composer ce qui devra être leur dernière bande-son sous ce nom. Suite à plusieurs conflits internes et changements de personnel, le groupe se séparera après cette parenthèse américaine. Dario Argento convaincra néanmoins trois de ses membres fondateurs, Claudio Simonetti, Massimo Morante et Fabio Pignatelli, de signer la bande originale de Tenebre en 1982, film qui marquera la fin d'une époque pour le groupe italien… (CT)

 

The Amityville Horor The Amityville Horror, Stuart Rosenberg (1979)
(musique de Lalo Schifrin)
S'inspirant des événements de la tristement célèbre demeure située au 112 Ocean Avenue à Amityville, où d'étranges phénomènes furent constatés après une tuerie sauvage, The Amityville Horror reste un film bigrement efficace 30 ans après sa sortie et sa bande originale n'y est pas pour rien: composée par l'immense Lalo Schifrin au départ de «chutes» destinées à L'exorciste de William Friedkin (1973), mais rejetées à l'époque par le réalisateur, l'Argentin signe une partition terrifiante et parfaitement en accord avec cette histoire de phénomènes paranormaux.
Les berceuses malsaines, envolées frénétiques et montées en puissance de Lalo Schifrin font partie intégrante du film, contribuant largement à la tension. Une tension qui donne la chair de poule, avec ou sans les images… Car cette bande originale continue de faire frémir ses auditeurs et aura inspiré de nombreux compositeurs au fil des ans de par son intemporalité exemplaire. (CT)

 

Evil dead Evil dead, Sam Raimi (1981)
(musique de Joseph LoDuca)
Compositeur classique de formation et guitariste jazz, Joseph LoDuca est surtout connu pour ses musiques de séries télévisées comme Xena ou Hercules, mais aussi pour sa collaboration avec Sam Raimi dans la série des Evil Dead. La musique pour ce film est sa première composition pour le cinéma. Apparemment, il n'a jamais lu le script du film! Pendant plusieurs mois, le compositeur et le réalisateur ont regardé ensemble des films d'horreur tout en discutant de la musique, écoutant au passage du Bernard Herrmann. LoDuca a travaillé avec les moyens du bord, son budget étant tout aussi réduit que celui du film. Certaines pièces sont composées à l'ancienne avec piano et cordes, un peu nostalgiques et romantiques. D'autres sont plus chaotiques, expérimentales, avant-gardistes, mêlant les synthés à des instruments divers, accentuant la dissonance et, par là, l'atmosphère dérangeante, surréelle, induisant la terreur et un sentiment d'inconfort. Bref, les ingrédients de base pour une musique de film d'horreur. (ASDS)

 

Prince of Darkness Prince of Darkness, John Carpenter (1987)
(musique de Alan Howarth et John Carpenter)

Pour la réédition de ce grand classique, John Carpenter et Alan Howarth n’y sont pas allés de main morte: deux CD reprennent les 24 titres composés pour ce classique du cinéma d’horreur. On y retrouve les synthétiseurs chers au cinéaste-musicien, de même que toute une panoplie d’effets plus ou moins spéciaux. Une musique qui a certes un peu vieilli, mais reste, comme le film, flippante à souhait plus de vingt ans après!
Composée au départ d'un seul clavier MIDI, cette bande originale enfonce le clou des ambiances menaçantes et sinistres du dixième long-métrage de John Carpenter.
Seul grand absent: le «Prince of Darkness» qu’Alice Cooper composa pour l’occasion, mais que vous retrouverez sur son album de 1987, Raise your fist and yell. (CT)

 

Batman Batman: Mask of the Phantasm, Eric Radomski & Bruce W. Timm (1993)
(musique de Shirley Walker)
Compositeur de musique de film n’est pas un métier uniquement réservé aux hommes. Une poignée de femmes dirige la baguette de main de maître. Et parmi elles, Shirley Walker n’est pas la plus manchote: elle a été chef d’orchestre et orchestratrice pour Danny Elfman (Batman, Edward Scissorhands, Dick Tracy) et Hans Zimmer (Backdraft).
On en veut pour preuve sa musique pour le dessin animé Batman: Mask of the Phantasm. Elle arrive à composer à elle seule une musique de haute voltige: chœur, cuivres et percussions à tout berzingue pour une musique aux envolées somptueuses dans laquelle on retrouve au synthétiseur un certain Monsieur Hans Zimmer. Une petite preuve vidéo à l’appui. (TM)

 

La neuvième porte La neuvième porte, Roman Polanski (1999)
(musique de Wojciech Kilar)
Pour sa deuxième collaboration avec Roman Polanski après La jeune fille et la mort en 1994, le compositeur polonais a composé des thèmes inquiétants et néanmoins sensuels, pétris de sexe et de violence contenus, entre valses lentes et vocalises envoûtantes. Sept ans après le Dracula de Francis Ford Coppola, Wojciech Kilar déploie des ambiances sombres, mystiques et somptueuses pour accompagner cette obscure histoire de livre satanique, avec l'aide de l'Orchestre Philharmonique de Prague, son chœur et la soprano Sumi Jo.
Restant fidèle à la notion de thèmes, les différents motifs musicaux servent l'intrigue (certes pas toujours très claire…) et offrent à cette bande originale une fluidité d'écoute rare. (CT)

 

Donnie Darko Donnie Darko, Richard Kelly (2001)
(musique de Michael Andrews)
Après s'être fait la main sur la série Freaks and Geeks, Michael Andrews compose une bande originale envoûtante et inquiétante pour Donnie Darko. Succès surprise de l'année 2001, ce film fantastique à petit budget qui révéla le jeune Jake Gyllenhaal met en scène un adolescent étrange dont l'aura de mystère finira d'être enveloppée par la musique de Michael Andrews.
Sa partition, aussi sombre et troublante que le personnage-titre, est agrémentée par une reprise très réussie du «Mad World» de Tears for Fears par Gary Jules.
Et pour ceux qui souhaitent, en plus, retrouver l'univers musical très eighties du film, une version intégrale de la bande-son existe en 2 CD, comprenant, outre le score de Michael Andrews, des artistes comme INXS, Duran Duran ou Echo and the Bunnymen. (CT)

 

Children of manChildren of men, Alfonso Cuarón (2006)
(musique de John Tavener)
Pour son film d'anticipation Children of Men, le réalisateur Alfonso Cuaron a fait appel au compositeur John Tavener. Comme il avait écouté «Song of the Angel» en boucle avec son scénariste Tim Sexton lors de l’élaboration du script, l’idée de commander au compositeur britannique une musique originale pour son film s’est imposée d’elle-même.
Descendant direct de son (presque) homonyme de la Renaissance, John Tavener a su s’imposer doucement et discrètement, s’inspirant des cultures russe et grecque et explorant largement les écrits du poète William Blake.
Avant d’accepter la proposition, John Tavener a demandé à lire le script. Pour sa première bande originale, il ne s’est pas contenté d’écrire une partition servant simplement de soutien musical aux images, mais de réelles pièces néoclassiques auxquelles s’ajoutent des extraits d’œuvres de Händel, Mahler et Penderecki.
Spécialement composée pour le film, la pièce « Fragments of a Prayer » est une réaction musicale et spirituelle au film par le compositeur: les ambiances se déploient avec lenteur et mélancolie, à la manière d’un Arvo Pärt, se faisant l’écho d’une société futuriste où l’humain n’a plus vraiment sa place… (CT)