Véritable phénomène de mode dans les années 80, les outils électroniques étaient pourtant déjà utilisés dans la musique auparavant. Du couple Barron qui composa pour Forbidden Planet la toute première bande originale entièrement électronique dans les années 50 au récent Solaris, il y a un tout un monde que nous nous sommes efforcés d'explorer pour vous.
Et pour vous remercier de votre intérêt et de votre fidélité (selon les statistiques, notre sélection pour le centenaire des musiques de films est l'une des pages les plus consultées sur le site de La Médiathèque), nous vous offrons dix titres supplémentaires, en plus du « Top 10 » habituel et de la playlist de notre invitée du mois, Diamanda Galás.
Forbidden Planet, Fred M. Wilcox (1956)
(musique de Bebe et Louis Barron)
En 1947, le couple Baron reçoit un magnétophone à l'occasion de son mariage. L'histoire de dit pas qui fut le donateur inspiré, mais l'on retiendra que ce cadeau sera le point de départ d'une grande et belle épopée puisque le couple ouvrira peu de temps après l'un des premiers studios d'enregistrement privés des Etats Unis.
S'inspirant des ouvrages sur la cybernétique du mathématicien Norbert Wiener, Louis se met à construire des circuits électroniques. Débutent alors toutes sortes d'expérimentations de musique concrète à l'aide de bandes magnétiques, générateurs de fréquences et autres oscillateurs. Ces expériences ne tombent pas dans l'oreille d'un sourd puisque John Cage s'invitera chez les Baron pour réaliser avec eux sa première œuvre pour bande magnétique en 1953, après quoi le couple composera différentes pièces pour des courts-métrages expérimentaux.
Mais l'avant-garde ne nourrit pas son homme, et bientôt, Bebe et Louis Baron tentent leur chance à Hollywood.
Pour cette toute première bande originale entièrement électronique, les époux obtiennent de la production d'avoirForbidden Planet à leur disposition pendant plusieurs mois, collant leurs sons au plus près des images, et malgré un succès critique et populaire indéniable – c'était du jamais entendu en 1953! –, ils ne seront jamais crédités à la musique originale, mais aux «tonalités électroniques». Ça ne les empêchera pas d'être nommés aux Oscars, faisant la nique à la Fédération Américaine des Musiciens qui avait pourtant cherché à leur mettre des bâtons dans les roues.
Resté actif et uni dans la production musicale même après son divorce, et ce jusqu'à la mort de Louis Baron en 1989, le couple ne composa pas d'autre musique de film. (CT)
A Clockwork Orange, Stanley Kubrick (1971)
(musique de Wendy Carlos)
Aussi scandaleuse que le film, cette musique ne fut pas particulièrement appréciée par certains puristes de l'époque – il faut dire que Wendy Carlos et sa fidèle productrice Rachel Elkind n'y étaient pas allées de main morte: pour expérimenter leurs premiers vocoders (qui permettent de traduire la voix humaine en signaux électroniques), elles ont choisi la Neuvième Symphonie de Beethoven, faisant deL'hymne à la joie une pièce drôlissime et sautillante à souhait. Devenu totalement indissociable du film, ce titre, violemment décrié à l'époque par une certaine élite, dépoussiéra l’œuvre en profondeur, offrant une toute nouvelle façon d'aborder la musique classique, comme ce fut déjà le cas avec lesSwitched-on Bach que Wendy Carlos et Rachel Elkind sortirent en 1968.
Apprenant que Stanley Kubrick adaptait le roman de Anthony Burgess, le duo lui envoya quelques échantillons de leurs expérimentations sonores. Bingo! Le réalisateur tomba sous le charme et utilisa certains titres pour son film, refaisant appel à Wendy Carlos pourThe Shining en 1980.
Ingénieur du son hors pair, Wendy Carlos contribua au développement de nombreuses techniques audio (notamment le fameux son Dolby) et profita de ces avancées techniques pour ressortir ses compositions dans leur intégralité. En 1998, c’est donc une version intégrale deA Clockwork Orange qui ressortit avec un livret sur la genèse de cet album, dans lequel Wendy Carlos ajoute: «Je suis souvent étonnée de la musique que nous avons étés capables de tirer d’outils aussi pauvres et récalcitrants. J’espère ne plus jamais avoir à faire face à de telles limitations.» (CT)
La Scoumoune, José Giovanni (1972)
(musique de François De Roubaix)
Quand on parle de musique de films électronique, un nom s’impose d'office, celui d’un pionnier disparu beaucoup trop tôt: François De Roubaix, compositeur toujours à l’affût de sonorités qui brisent le carcan de la sacro-sainte musique de film symphonique. Il sera à la musique de film ce que fut (et est toujours) Pierre Henry à la musique classique, un chercheur, un expérimentateur, mélangeur et bidouilleur de génie travaillant chez lui avec un magnétophone huit pistes, un orgue et deux synthétiseurs.
Mais François De Roubaix ne composa pas que pour le cinéma, il œuvra aussi pour la télévision, composant des musiques pour les documentaires du commandant Cousteau (François De Roubaix est un passionné de la mer), mais la mélodie la plus connue est le générique de l’émission pour enfants Chapi-Chapo.
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n 1972, le réalisateur José Giovanni fit appel à lui pour son film La scoumoune (qui n’est toujours pas réédité en dvd). Cette musique n’est pas une bande originale uniquement électronique. François De Roubaix y intègre différents «instruments»: des limes, des crécelles, des ressorts, des tubas de plongée, l’orgue de barbarie. Pour la partie plus synthétique, il utilisera l’orgue « FARFISA Professional » et « l’EMS VSC3 » qui est aussi le synthétiseur fétiche de Jean-Michel Jarre. Au final, la musique de La scoumoune est un joyeux fourre-tout.
Avant de mourir en 1975 dans un accident de plongée, cet homme orchestre composa la musique du Vieux fusil qui lui valut un César posthume.
Pour de plus amples informations sur sa carrière, voici le lien vers son site internet:
http://www.francoisderoubaix.com/. (TM)
Assault on Precinct 13, John Carpenter (1976)
(musique de John Carpenter)
Six ans après l'Oscar du meilleur court-métrage pour The Resurrection of Bronco Billy, son film de fin d'études, et deux ans après la comédie de science-fiction Dark Star, John Carpenter réaliseAssault on Precinct 13 en un mois avec un budget de 100000 dollars. N'ayant le «studio d'enregistrement» (un entrepôt de Los Angeles, en fait) à sa disposition que pendant trois jours, il s'enferme avec des synthétiseurs pour improviser ce qui deviendra l'une de ses meilleures musiques de film.
Vingt-cinq minutes (comme quoi, les plus courtes sont parfois les meilleures!) et une succession de thèmes entêtants suffiront à asseoir la réputation de compositeur de ce jeune homme de 28 ans.
Fruit d'un cruel manque de temps et de moyens, le minimalisme extrême fait de boucles et de sonorités électroniques brutes (son ancien camarade de classe Dan Wyman programma les synthétiseurs avant de s'éclipser discrètement) confère à cette bande originale un aspect aussi troublant que spontané.
Sorti dans l'indifférence la plus totale aux États Unis, Assault on Precinct 13 sera présenté avec succès au London Film Festival en 1977, permettant à John Carpenter d'entamer sa carrière internationale et de trouver des financements plus conséquents pour ses futurs projets, dont le désormais classique Halloween. (CT)
Sorcerer, William Friedkin (1977)
(musique de Tangerine Dream)
Sorcerer est la première composition pour le cinéma du groupe électronique allemand Tangerine Dream, connu pour leur musique répétitive et planante. Le réalisateur William Friedkin était un grand fan de leurs disques et les aurait bien engagé pour L'exorciste s'il les avait connu à ce moment là. Il leur proposa donc d'écrire une partition pour son projet suivant, Sorcerer. Le tour de force du groupe a été de créer des musiques sans qu'une minute de pellicule n'ait été tournée, juste à partir du script du film que leur avait fourni le réalisateur. Ceci lui permit, pendant qu'il filmait dans la jungle, de faire écouter la cassette aux acteurs pour les mettre dans la juste ambiance. Comme c'était le premier score qu'écrivaient les membres du groupe, ils ont repris certains extraits de leurs anciennes compositions pour les recycler, en faire de nouvelles pièces. Les morceaux sont courts, peut-être trop pour se laisser emporter vraiment, mais les musiciens ont réussi à conserver et à contracter l'essence de leur son. Dominé par les synthés et les mellotrons, le score est sombre et menaçant, l'atmosphère est mystérieuse, chaotique mais incorpore aussi de belles mélodies et harmonies.
Le film a été un désastre commercial: comment en effet entrer en compétition avec Star Wars sorti en même temps ? Mais le score a eu un certain succès public, figurant dans les hit-parades de divers pays. (ASDS)
Merry Christmas, Mr. Lawrence, Nagisa Oshima (1982)
(musique de Ryuichi Sakamoto)
Porté par un duo qui fit craquer des hordes d’adolescentes occidentales et orientales dans les années 80,Merry Christmas, Mr. Lawrence (Furyo en français) met en scène deux stars de l'époque: David Bowie et Ryuichi Sakamoto. Ce dernier en composa la bande originale, invitant un autre David (Sylvian) à se joindre à lui pour le désormais célébrissime Forbidden Colours qui fait aujourd’hui encore la joie des professeurs de Tai Chi.
Outre cette petite merveille de pop synthétique, l'album regorge de musiques envoûtantes dont le Japonais a le secret: les dix-neuf titres développent des ambiances fortes où cordes côtoient rythmiques et mélodies japonisantes. L’ombre duCasanova de Nino Rota n’est pas très loin, l’histoire troublante étant renforcée par la musique hypnotique de Ryuichi Sakamoto.
Cette première composition pour le cinéma (il en signera beaucoup d’autres par la suite et obtiendra l’Oscar 1988 de la meilleure musique de film pourThe Last Emperor, bande originale composée en collaboration avec David Byrne et Cong Su) marquera le début de sa carrière internationale «grand public» (les aficionados apprécièrent déjà son travail au sein du Yellow Magic Orchestra, pendant nippon de Kraftwerk). (CT)
Blade Runner, Ridley Scott (1982)
(musique de Vangelis)
Juste après avoir gagné un Oscar pour sa musique pour Les chariots de feu, Vangelis a été engagé par Ridley Scott pour travailler sur Blade Runner, film techno noir, aux ambiances rétro-futuristes. Au moyen de synthétiseurs, il a composé un score proche de l'atmosphère du film. C'est une musique en suspension, plutôt en retrait, sombre, lente et mystérieuse. Elle suit les ambiances, les images, devenant de plus en plus pesante au cours de la narration, soutenant le climat de tension et de suspense pour se terminer dans l'apaisement, le lyrisme. Le thème final, le plus connu, évoque tout l'univers sombre du film et est basé sur une rythmique en ostinato. Le côté grandiose de Los Angeles en 2019 en sort accentué. Outre ces nappes électroniques, Vangelis mélange les genres et intègre des moments qui coupent le côté ambient des compostions, notamment avec la chanson rétro années 40 One more kiss, dear ou le solo au saxophone de Dick Morrissey, Love Theme. Le chant de Tales of the future intègre des textures moyen-orientales que l'on retrouve d'ailleurs tout au long de la partition.
L'édition du soundtrack est lui-même toute une aventure: malgré le bon accueil du film et de sa musique, le disque n'a été édité tout de suite. En 1982, seuls certains morceaux ont été rejoués par le New American Orchestra dans un sens plutôt jazz, muzak même. En 1989, une compilation de musique de Vangelis, Themes comprend trois pièces du score de Blade Runner. Celui-ci est finalement édité en 1994 mais ne contient pas tous les morceaux de la partition. Cette version est reprise dans le coffret édité en 2007 à l'occasion du 25e anniversaire du film. Il contient également des inédits et des compositions récentes. Mais il manque toujours certains titres qui circulent sous forme de bootlegs, dont l'un appelé "Esper Edition" est assez complet. (ASDS)
Driving Miss Daisy, Bruce Beresford (1989)
(musique de Hans Zimmer)
Hans Zimmer, le synthé, ça le connaît ! Avant d’être un compositeur de musique de film, il fut le claviériste du groupe Buggles qui connut un tube planétaire avec son Video killed the radio star. Il fut aussi membre du groupe Ultravox pendant une courte période.
En 1982, Zimmer se lance dans la musique de film, il signera des partitions pour Stephen Frears et Nicolas Roeg en Angleterre.
C’est le réalisateur Barry Levinson qui lancera sa carrière hollywoodienne en lui proposant de composer pour son film Rain man qui lui valut une nomination aux Oscars. Et Zimmer confirmera son talent avec la très belle musique de Driving Miss Daisy, une musique légère qui mêle clavier et hautbois. Après cela plus rien n’arrêtera le musicien vers la route du succès. Il créera son propre studio, Media Venture, qui révolutionnera en grande partie la composition de la musique de film. Zimmer met à la disposition de jeunes compositeurs un matériel d’enregistrement high-tech. Une noble cause mais qui a fait couler beaucoup d’encre, car Hans Zimmer en profite pour se créditer compositeur alors qu’il a juste créé le thème principal. Pour sa défense, il dira qu’il est plus facile de vendre un cd avec son nom que de voir celui d’un inconnu sur la pochette de l’album. (TM)
Requiem for a Dream, Darren Aronofsky (2000)
(musique de Clint Mansell)
Tout commence en 1998 quand le réalisateur Darren Aronofsky donne à Clint Mansell l’occasion d’écrire sa première musique de film. Ses instrumentaux electro se retrouveront aux côtés d’artistes comme Autechre, Aphex Twin ou Massive Attack sur la bande originale dePi.
Deux ans plus tard, c’est la consécration avecRequiem for a Dream, deuxième long métrage d’Aronofsky et première collaboration entre Clint Mansell et le Kronos Quartet, que le compositeur retrouvera, de même qu’Aronosfky, surFountain en 2007.
Faisant l’effet d’une bombe,Requiem for a Dream sera accueilli avec enthousiasme par certains, avec dégoût par d’autres – qu’on aime ou qu’on n’aime pas, le film ne laissa personne indifférent. Et sa musique non plus: le thème principal, d’une simplicité exemplaire, est une merveille d’efficacité et sera reprise en de nombreuses occasions (dans une version orchestrale) pour accompagner diverses bandes annonces d’autres films (!). Sur cette bande originale subdivisée en trois parties («Summer», «Fall», «Winter»), Clint Mansell crée des atmosphères lourdes, mélancoliques et néanmoins humaines, le quatuor se mêlant aux programmations électroniques avec un naturel déconcertant.
Classique contemporain de la musique de film,Requiem for a Dream n’a pas fini de charmer un public de plus en plus nombreux, avec ou sans le film. (CT)
Solaris, Steven Soderbergh (2002)
(musique de Cliff Martinez)
Après avoir été brièvement aperçu à la batterie des Red Hot Chili Peppers et de Captain Beefheart, le discret Cliff Martinez choisit de devenir un homme de l’ombre et s’efface derrière ses compositions pour le cinéma dès le milieu des années 80. Il rencontre Steven Soderbergh dont il devient le compositeur fétiche dèsSex, lies and videotape en 1989.
Quatorze ans plus tard,Solaris marque un sommet dans leur collaboration artistique: le remake du film d’Andrei Tarkovsky, d’après l’œuvre de Stanislaw Lem, n’aurait probablement pas dégagé cette impression de sombre intimité sans la musique hypnotique et sensuelle de Cliff Martinez. Une musique qui fait corps avec les images. Une musique qui suggère autant qu’elle sublime la folie ordinaire. (CT)
La médiathèque de Charleroi sera fermée le mardi 16 en raison du mardi gras. Les emprunts effectués pour une semaine le mardi 9 seront prolongés jusqu'au 23.
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