Il faut attendre les années 60 pour que la vieille Europe reprenne du poil de la bête face aux productions américaines.
Les studios multiplient alors les films à vocation populaire avec, en vrac, des polars britanniques, des westerns spaghetti, de la science-fiction allemande et de l’érotisme français (du meilleur au pire). Les musiques seront aussi variées que les films, permettant à certains compositeurs de se faire connaître d’un large public et si, dans la présente sélection, de nombreux films sont définitivement tombés dans l’oubli, leurs bandes originales valent réellement leur pesant de cacahuètes.
Petit tour d’horizon…
« Beat at Cinecittà » vol. 1, vol. 2, vol.3
Divers interprètes
Cette série de compilations en trois volumes rend hommage aux musiques de films érotiques et policiers tournés à la chaîne dans les fameux studios italiens pendant les années 60. Représentant un large panel de styles allant du jazz au rhythm & blues en passant par quelques perles pop kitschissimes, ces trois CD ont été compilés avec amour par le label allemand Crippled Dick Hot Wax, spécialisé dans la réédition de titres rares (cf. « Vampyros Lesbos »).
Aux côtés d’illustres inconnus, on retrouve des compositeurs confirmés, comme Armando Trovaioli, Bruno Nicolai ou Piero Piccioni, ainsi que l’un ou l’autre titre arrangé par LA référence italienne en musiques de film: Ennio Morricone.
Outre la sélection musicale impeccable, la série «Beat at Cinecittà» est accompagnée de nombreuses informations sur les compositeurs et films présentés. Cette trilogie constitue donc à n’en pas douter la discothèque idéale pour tout amateur de série B (voire Z) italienne et donnera peut-être envie aux autres de découvrir le côté obscur de la Cinecittà. (CT)
« Music from the Hammer films »
Divers compositeurs
Dans les années 60, l’Angleterre n’était pas en reste avec le monde du cinéma. Une société de distribution partie quasiment de rien était en plein âge d’or, elle avait imposé sa griffe et sa morsure sur les grands écrans et marqué au fer rouge l’imaginaire collectif: les studios de la Hammer. Leur créneau, le cinéma fantastique et d’horreur.
Dans les années 50, ils eurent la très bonne idée de racheter le catalogue fantastique d'Universal. Dracula, Frankenstein et consorts allaient ressusciter sur les grands écrans et en couleur de surcroît.
C’est un trio qui va rendre ses lettres de noblesses au Comte Dracula; et ce à maintes reprises : Terence Fisher à la réalisation, Christopher Lee dans le rôle du vampire et James Bernard à la musique. Cet ancien assistant de Benjamin Britten signa un pacte avec le personnage. Tout commença en 1958 avec « Le Cauchemar de Dracula », suivirent « Dracula, prince des ténèbres » en 1966, « Dracula et les femmes » en 1968 (réalisé par Freddie Francis) et « Une messe pour Dracula » en 1970 (réalisé par Peter Sasdy). La musique de James Bernard est tour à tour frénétique et romantique, il utilise souvent les percussions. Sa marque de fabrique était de doubler un motif instrumental en le répétant un ton au dessus, technique qu’il employa pour le fameux thème de Dracula qui est devenu aussi célèbre que celui des « Dents de la mer ». (TM)
« Il gattopardo », Luchino Visconti (1963)
Musique de Nino Rota
En dehors de Morricone et son équipe, un autre compositeur faisait parler de lui dans les années 60 en Italie : Nino Rota. Il fut précoce : il composa et dirigea dès l’âge de 11 ans. Sa carrière se partagea entre la musique classique et différents autres styles.
Il se tourna vers la musique de film dès les années 30. Il devint très vite le compositeur attitré de Federico Fellini. Mais il créa une de ses plus célèbres partitions pour un autre grand réalisateur italien, Luchino Visconti. Créer est un bien grand mot car pour « Le Guépard », Nino Rota avait déjà écrit une bonne partie de la musique avant que le premier coup de manivelle ne soit donné. Il réemploya une de ses musiques composée en 1947 pour le film « La Montagne de cristal ». Et pour la fameuse scène du bal, le compositeur exhuma une valse inédite de Giuseppe Verdi (« La Valse brillante »). Ce fut la seule et unique fois lors de sa longue carrière que le compositeur proposa à un réalisateur une musique bien avant que le tournage ne débute.
« Le Guépard » reste un bel exemple d’intégration de musique classique dans un film au même titre que 2001 de Kubrick (à part qu’ici il s’agit d’une « création » du compositeur et non pas du réalisateur). Même si Nino Rota ne composa quasi rien pour ce film, son génie et sa connaissance de la musique classique firent mouche.
En 2005, les éditions Harmonia Mundi ont édité un CD reprenant les musiques de « La Strada », du « Guépard » et une pièce classique de Nino Rota, dirigée par Joseph Pons avec Benedetto Lupo au piano (qui fut un élève de Nino Rota). (TM)
« Raumpatrouille Orion », Michael Braun et Theo Mezger (1966)
Musique de Peter Thomas
Très grand monsieur de la musique de film, Peter Thomas a signé plus de 500 partitions pour le cinéma et la télévision allemande. S’il reste méconnu, c’est probablement parce qu’il n’eut pas le loisir de travailler avec des Fassbinder ou des Wenders, mais pour de nombreuses productions comico-érotiques et autres films d’éducation sexuelle qui déferlèrent sur les écrans teutons dans les années 60 et 70.
Pourtant, il n’a pas fait que dans l’érotisme gentillet : Peter Thomas doit son plus grand succès à la série de science-fiction « Raumpatrouille – die Phantastischen Abenteur des Raumschiffes Orion » (ou « Raumpatrouille Orion », pour faire court), sorte de « Star Trek » allemand en sept épisodes qui accéda au statut de série-culte, sa bande originale devenant un classique de ce que l’on appelle aujourd’hui « easy listening » ou « musique d’ascenseur ». Une étiquette injuste et réductrice pour ce sympathique musicien qui sut mettre du sang neuf et, surtout, beaucoup d’humour dans la musique de film européenne. (CT)
« The Good, the Bad and the Ugly », Sergio Leone (1966)
Musique d'Ennio Morricone
« Oo-wee-oo-wee-oo wah-wah-wah » : qui ne connaît pas ce cri inspiré du coyote, le thème principal du « Bon, la brute et le truand » ? Cette mélodie de deux notes est utilisée pendant tout le film par les trois protagonistes principaux, chacun étant reconnaissable par l'utilisation d'un instrument différent, la flûte pour Blondie (Eastwood), l'ocarina ou arghilofono pour Sentenza (Van Cleef) et les voix humaines pour Tuco (Wallach).
La collaboration entre Sergio Leone et Ennio Morricone a été prolifique bien que pas évidente au début: les producteurs de « A Fistful of Dollars » avaient proposé Morricone à Leone mais ce dernier n'était pas très chaud. Morricone essaya de le convaincre en lui disant qu'ils avaient été à l'école ensemble. Le temps de retrouver une vieille photo de classe, ils avaient déjà commencé à travailler. Leone n'était pas impressionné par le travail de Morricone pour les westerns mais celui-ci lui déclara que cela ne représentait pas ce qu'il voulait faire. Il lui fit écouter un arrangement d'une vieille chanson de Woody Guthrie, avec des guitares électriques perçantes et des bruits divers. Ce fut la base du thème de « L'Homme sans nom ». Contrairement à beaucoup de films, Leone laissait Morricone composer les musiques pendant ou avant le tournage, adaptant même les mouvements de la caméra.
Le son de Morricone pour les westerns est très reconnaissable, il a créé un nouveau standard maintes fois copié et recyclé dans le genre. Il amplifie le déroulement de l'histoire avec ses arrangements et son usage des différents instruments, guitares vibrantes, parfois surf, guimbardes, harmonicas dissonants, percussions retentissantes, trompettes tonitruantes, ballades de gunfighter et vocaux éthérés et fantomatiques, souvent interprétés par Edda dell'Orso. Les moments de drame intense et d'une incroyable beauté sont admirablement bien traduits par ses compositions. (ASDS)
« Barbarella » , Roger Vadim (1968)
Musique de Bob Crewe & Charles Fox
Film de science-fiction teinté d’érotisme, « Barbarella » est inspiré de la bande dessinée du même nom créée par le Français Jean-Claude Forrest et réservée à un public adulte. Cela n’a pas empêché Roger Vadim d’en faire un film pour la Paramount, propulsant son épouse d’alors, la jeune et jolie Jane Fonda, au rang de sex-symbol absolu.
« Barbarella » est porté par la musique psychédélique du Rob Crewe Generation Orchestra et du groupe The Glitterhouse. Bien que l’imagerie haute en couleurs du film soit franchement ancrée dans les sixties, la musique n’est pas étrangère à son côté radicalement kitsch. Collection de thèmes et de chansons tout à fait dans l’air du temps, cette bande originale se suffit à elle même, avec ses cuivres, orgues et guitares électriques.
Bien que Rob Crewe et Charles Fox soient officiellement crédités à la composition, deux autres compositeurs, James Campbell et Michel Magne (à qui l’on doit la bande-son de la trilogie « Fantômas » et dont la musique composée pour « Barbarella » fut rééditée récemment), se sont également investis dans cette bande originale qui, 40 ans plus tard, n’a rien perdu de son charme.
Pour la petite histoire, Jane Fonda aurait refusé des rôles dans « Bonnie and Clyde » et « Rosemary’s Baby » pour se mettre dans la peau de la super-héroïne. Était-ce bien raisonnable ? (CT)
« Get Carter », Mike Hodges (1971)
Musique de Roy Budd
Qu’il est bon, parfois, de retrouver les fonds de tiroirs, comme cette formidable bande originale restée longtemps inédite. Grand classique du polar britannique, dont les studios américains firent un remake avec Sylvester Stallone en 2001, « Get Carter » (« La Loi du milieu », en français) met en scène Michael Caine affrontant la pègre de Newcastle sur fond de quartiers industriels, installations portuaires et autres décors sinistres à souhait.
Pour sa bande originale, Roy Budd a su mettre en évidence son éclectisme musical, alternant avec brio jazz, musique psychédélique et piano classique, offrant au film quelques-uns des airs les plus entêtants du cinéma anglais. Tablas et cymbalum y côtoient piano, guitares wah-wah et harmonies vocales très pop qui donnent presque une valeur documentaire à cet album, tant il reflète à lui seul toute une époque.
Réédité en 1998 par le bien nommé label « Cinéphile » après être restée longtemps introuvable, la bande originale de « Get Carter » est agrémentée d’extraits de dialogues (oreilles chastes s’abstenir !). En outre, il existe une édition spéciale comprenant la bande originale et un album de remixes. Pour ma part, je préfère l’original ! (CT)
« Vampyros Lesbos », Jesus Franco (1971)
Musique de Manfred Hübler & Sigfried Schwab
En 1969 (année érotique !), Manfred Hübler et Siegfried Schwab sortent les albums « Psychedelic Dance Party » et « Sexedelic ». Ils ne tomberont pas dans l’oreille d’un sourd puisque Jess Franco s’en empare un an plus tard pour accompagner trois de ses films alors en tournage : « Mrs. Hyde », « The Devil Came from Akasava » et « Vampyros Lesbos ». Scénariste et réalisateur prolifique (166 films à son actif, tous genres confondus), érotomane notoire au point d’être considéré par le Vatican comme l’un des réalisateurs les plus dangereux des années 70, l’Espagnol était loin de se douter que son film de vampire lesbienne deviendrait culte au même titre que sa musique.
Non contents de singer le « Satisfaction » des Rolling Stones, les deux compositeurs s’amusent avec des instruments exotiques tels que sitars, tablas et autres flûtes indiennes. Et si Jess Franco (Jesús Franco Manera de son vrai nom) fut le premier à découvrir la dimension cinématographique de cette musique initialement composée pour les pistes de danse, un autre réalisateur ne s’y est pas trompé puisque Quentin Tarantino fit apparaître un titre de cette bande originale dans son « Jackie Brown », offrant à la musique des deux allemands une seconde jeunesse et une chance de se faire connaître d’un large public. (CT)
« Emmanuelle », Just Jaeckin (1973)
Musique de Pierre Bachelet
Plus connu du grand public comme chanteur populaire, Pierre Bachelet n’en est pas moins l’auteur de quelques morceaux d’anthologie du petit et grand écran. Et pour cause: après une formation en audiovisuel et quelques petits boulots, il intègre l’émission « Dim Dam Dom » dont il réalise l’habillage sonore.
Jusqu’à ce jour de 1973 où un réalisateur inconnu lui demande de mettre en musique son premier long-métrage : « Emmanuelle » de Just Jaeckin sera le plus grand succès cinématographique de cette année-là.
Pierre Bachelet, qui n’avait trouvé personne d’autre pour en interpréter le générique, connaîtra lui aussi la gloire, avec 1,4 million d'albums et 4 millions de singles vendus. Mélodiste hors pair, il sut s’adapter aux images avec une musique bien de son temps, dont le charme semble aujourd’hui délicieusement désuet.
Par la suite, Pierre Bachelet reprendra du service auprès du réalisateur et composera pour lui les musiques de « Histoire d’O » en 1975, « Le dernier amant romantique » en 1978 et « Gwendoline » en 1984. En outre, personne n’a oublié la formidable rengaine qu’il écrivit en 1979 pour « Les Bronzés font du ski ».
Vous retrouverez plusieurs musiques composées par Pierre Bachelet pour le cinéma sur le CD n° 1 de l’Intégrale Bachelet. (CT)
« Melodies in love : the erotic world of Gerhard Heinz » (compilation)
Comme beaucoup de musiciens, l’Autrichien Gerhard Heinz (qui n’a rien à voir avec le ketchup) a eu plusieurs vies : compositeur d’œuvres très classiques pour orgue et orchestre, producteur de tubes et professeur de chant pour Milva, Freddy Quinn et Sacha Distel, il a aussi composé une centaine de bandes originales entre la fin des années 60 et le début des années 80.
Propriétaire de son propre studio d’enregistrement à Londres, Gerhard Heinz était connu pour limiter les frais au maximum et pouvait compter sur son carnet d’adresses pour trouver ses musiciens et chanteurs, notamment ceux du prestigieux Opéra de Vienne.
C’est ainsi qu’il se retrouva à écrire des partitions pour des films comme « Schamlos » (« Impudique », en 1969), « Die nackte Gräfin » (« La Comtesse nue », 1971) ou encore « Die Nichte der O. » (« La Nièce de O. », 1974), avec lesquels l’industrie cinématographique eut plus de flair que de goût puisque le public suivit en masse, au point que ces productions érotico-kitsch passent encore de temps en temps à la télévision allemande !
Gerhard Heinz vit aujourd’hui à Vienne, où il travaille toujours dans la production discographique. Et puisqu’il ne compose plus pour le cinéma érotique (qui, il faut bien le dire, n’est plus ce qu’il était !), le petit label Diggler a compilé sur cet album quelques unes de ses mélodies les plus marquantes. (CT)
La médiathèque de Charleroi sera fermée le mardi 16 en raison du mardi gras. Les emprunts effectués pour une semaine le mardi 9 seront prolongés jusqu'au 23.
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