Le saxophoniste Lester Young (1909-1959) dans le milieu du jazz est celui qu’on surnomme le « prez » (pour « president »). C’est Billie Holliday qui lui fait l’honneur de ce qualificatif en reconnaissance de son talent. En effet derrière l’adjonction « president » il faut entendre « du saxophone ». De par les caractéristiques de son jeu, en rupture avec le style dominant issu des années 30, à savoir improvisations fournies et puissantes dans le tempo (sous l’influence entre autres de Coleman Hawkins), Lester Young oppose un style éthéré fait de mélodies aériennes et d’improvisations raffinées, associant énergie et volatilité. Après être passé dans différents orchestres (dont celui de Fletcher Henderson) il est engagé de1936 à fin 1940 dans l’orchestre de Count Basie qui va alors catalyser l’essor de son style et poser les bases de ce qu’on nommera, une décennie plus tard, le cool. « C’est une révolution et l’apport de Lester Young est capital, c’est le père du jazz des années 50 » souligne le dictionnaire du jazz Robert Laffont.
Musicien atypique et extravagant, sa silhouette au chapeau « Pork Pie Hat » a marqué durablement de son empreinte le cours du jazz. Historique, essentiel et délectable !!!
Quelques titres en écoute-découverte :
New York, 3 Juin 1938
De 1936 à 1940 (+ un an en 1944) Lester Young est dans l’orchestre de Count Basie. Le swing porté par une section rythmique souple, Walter Page (contrebasse) et Jo Jones (batterie), catalyse son style « aérien ». Avec un autre grand soliste le trompettiste Buck Clayton. Formation sextet avec encore Freddie Green (guitare) et bien entendu Count Basie (piano).
Chicago, 13 février 1939
Sur ce morceau, le premier de la série qui inaugure la nouvelle mouture Count Basie’s Bad Boys, Lester Young intervient à partir de 1 min 50 sec de manière plutôt discrète mais ô combien savoureuse...
New York , 11 Mai 1937
Fin des années 30, Lester Young se lie d’amitié avec Billie Holiday, ainsi que le pianiste Teddy Wilson. De ces amitiés naitrons des sessions mémorables. Ici en ninetet avec Buck Clayton (trompette), Buster Bailey (clarinette), Johnny Hodges (saxophone alto), Teddy Wilson (piano), Allan Reuss (guitare), Artie Bernstein (contrebasse), Cozy Cole (batterie) et Billie Holiday (voix).
4. « Indiana »
Los Angeles, 15 Juillet 1942
La complète de Lester Young sur le label Aladdin (Hollywood) incluant de rares sessions en trio avec Nat King Cole (piano) et Red Callender (contrebasse). Cette prise fut produite à l’époque par Norman Granz.
Los Angeles, décembre 1945
Sur l’excellent label d’archivage/mémoire Fremeaux&associés, une bonne compilation pour s’introduire au style cool en jazz. Ici focalisé entre les années 1947 à 1949 c'est-à-dire l’émergence de ce style.
New York, 4 février 1927
Lester Young durant sa jeunesse était fan du saxophoniste Frankie Trumbauer. Il le connaissait par le biais d’enregistrements qu’il collectionnait. Frankie Trumbauer, qui jouait entre autres du « C Melody Saxophone » (entre l’alto et le ténor), formait avec Bix Beiderbecke au cornet, un tandem célèbre des années 20/30 qui marquera durablement l’esprit de Lester Young et inspirera son jeu.
New York (30th street studio), 12 Mai 1959
Composition de Charles Mingus en hommage à Lester Young, enregistrée ici 7 semaines après le décès du saxophoniste. Morceau issue d’une session produite par Teo Macero. En quintet, dans lequel pour l’occasion, le saxophone ténor est doublé. Bel hommage qui deviendra même un standard. Le « pork pie hat » est la forme de chapeau que Lester Young portait et qui lui donnait cette silhouette bien reconnaissable.
Avec John Andy (d’habitude au saxophone alto mais ici au saxophone tenor), Booker Ervin (saxophone tenor), Horace Parlan (piano), Charles Mingus (contrebasse) et Dannie Richmond (batterie).
(BB)
Magazines > A découvert> Jazz, Post-Jazz> Avril 2012 > Lester Young