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James Carter, «Presenttense »

 

 

James Carter (janvier 1969, Detroit, Michigan), c’est le saxomaniaque intense du jazz au présent. Une immanence évidente et jouissive du jazz. Une musique qu’il vit à 100%, comme pratique d’élévation de soi, comme mémoire active et manière de jouer la vie à travers sa virtuosité racée et élégante, comme immersion dans une communauté, un groupe, une histoire, par exemple avant tout dans les jam, sur scène où le jazz forge son identité en se faisant. Discret, lisse, il n’imprime pas immédiatement l’image d’une grande originalité. Sa musique passe. On a du mal, d’abord à en saisir une particularité précise, sinon une silhouette parfaite, mais on aura bien l’impression mouvementée d’un cortège de fantômes prestigieux et comme ressuscités. Un souffle d’esprits particulièrement bien mis en valeur par une production sans ombre. Un cortège de citations, d’évocations, de subtiles «à la manière de». Il se passe alors quelque chose d’intrigant. Tout doucement, cette musique transporte une puissante mémoire, fidèle, précise, respectueuse. Ce musicien qui ne cherche pas le bouleversement immédiat est habité par une formidable encyclopédie du jazz à qui il donne la vie et mouvement. Et pas seulement en théorie. En pratique. Il connaît sur le bout des doigts l’ouvrage des grands noms, aussi bien Webster, Hawkins que Coltrane et Ayler et cultive une connaissance intime de tous les petits maîtres. Il est un représentant brillant d’une savantisation décomplexée du jazz, radicalement débarrassé de la tyrannie de la nouveauté, de l’exigence d’inventer de l’inédit. Il s’en fout. D’où l’agréable fluidité, précise, de sa technique époustouflante, désinvolte. Capable d’incarner des éléments de styles, des procédés expressifs à des inventeurs différents de la culture jazz, vertigineux zapping. Postmoderne véloce. C’est comme le plaisir de voir passer de vieilles mécaniques, une esthétique d’un autre âge, et qui fonctionnent à merveille, de plain-pied dans la modernité, avec un moteur puissant au ronron design qui déclenche l’enthousiasme. Et on a envie d’applaudir la conduite sans faute, impressionnante de technicité presque invisible, pleine de fièvre, persuadée de pouvoir «transcender tous les académismes». Bouillonnant, il sort un nouvel album qui sonne comme un classique. Le programme est diversifié, depuis une composition hommage à Dolphy, un thème de Django (qu’il affectionne particulièrement), une bossa, une reprise de Gigi Gryce, des ballades, des orchestrations à la Mingus. Tout ça en passant de la flûte et clarinette basse aux saxophones soprano, alto ténor et baryton et en étant très bien entouré: Dwight Adams (trompette), D.D. Jackson (piano), Victor Lewis (drums)…

Pierre Hemptinne

 

Liste non exhaustive de saxophonistes ténor de la « nouvelle génération » cultivant la veine « mainstream ».

 

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