Dans le domaine littéraire, le corps féminin ou masculin occupe une place conséquente. Érigé tantôt en thème, tantôt en objet d’un livre, le corps se retrouve métamorphosé.
La narration du corps se révèle variée et complexe. On peut exercer une lecture du corps anthropologique, philosophique et/ou psychologique. Les approches sociologiques et esthétiques contribuent particulièrement aux mythes et à l’identité du corps. L’image de ce dernier dans l’art d’écrire évolue au gré des époques et des mœurs; quitter un passé où le plaisir est du côté de l’interdit pour basculer dans la société hypersexualisée qu’est la nôtre.
Quant au domaine de l’imaginaire corporel, il touche à divers univers narratifs. On retrouve entre autres le « corps érotique », apparaissant comme charnel, intime et désirable. Ce dernier est volontiers placé dans le contexte d’un schéma amoureux (ou pas). « L’amant de Lady Chatterley » en est un parfait exemple : « Alors il leva vers elle ses yeux brillants, pleins de ce terrible appel. Elle ne put y résister. De sa poitrine coula vers lui un immense désir qui répondait au sien. Elle lui donnerait ce qu’il voudrait, tout ce qu’il voudrait. ».
D’autre part, il y a le « corps symbolique » qui, au moyen de métaphores et d’ellipses, s’oriente vers une vision fantasmée et lyrique du corps. « Elle avait dans la tranquillité de son corps, une petite boule de neige couleur d’œil. Elle avait sur les épaules une tache de silence, une tache de rose. Couvercle de son aurore. Ses mains et des arcs souples et chanteurs brisaient la lumière ». Cet extrait d’un poème de Paul Éluard transfigure le corps en objet poétique, idéalisé et adoré; presque métaphysique.
En revanche, le corps n’est pas toujours synonyme d’hédonisme et de légèreté, telles les « jeunes filles en fleur » de Proust. Un écrivain/poète est libre de le détruire en lui ôtant fantasmes et désirs. Il s’agit ici d’un corps blessé et rejeté, derrière lequel se cache la souffrance. De ce fait, les mots du récit peuvent s’avérer violents. Par le biais de son « Journal », Alice James relate les derniers mois de sa pénible maladie : « Oh l’instant merveilleux où je me suis sentie flotter pour la première fois sur la mer profonde qu’est la divine cessation de la douleur. Et où j’ai vu tous les chers vieux mystères et miracles s’évanouir en fumée. Cette première expérience ne s’est pas reproduite. Heureusement, car elle pourrait devenir une séduction morbide.Catherine n’y peut rien, elle est ainsi faite. L’incarnation pure et simple de la santé. »
Les extraits sonores suivants concernent une sélection d’œuvres littéraires (romans, poèmes, théâtre…) représentant l’interactivité entre l’écriture et le corps.
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