NETWORK MEDIEN, 2003.
Sexteto Mayor : une institution ! Cet orchestre argentin a connu un succès
international avec Tango Argentino. Débutant à Paris en 1983,
ce spectacle fit le
tour du monde, créant dans son sillage un nouvel engouement pour le tango
– autant écouté que dansé – faisant naître
un peu partout de nouvelles écoles de danse.
Ce double album, édité à l’occasion de leur trentième
anniversaire, est « plein de vie, de romantisme et de passion »
comme le dit Luis Stazo, un des deux bandonéonistes fondateurs de cet
orchestre mythique. Le livret, bien fourni, retrace leur histoire et replace
les morceaux choisis dans leur contexte. Conçu comme un orquesta típica
(deux bandonéons, deux violons, piano et contrebasse) des années
20, en plein âge d’or du tango, le Sexteto Mayor, par ses arrangements,
sonne parfois comme un grand orchestre. Et, de fait, sur l’une ou l’autre
plage, les violons sont un peu trop présents et langoureux. Mais ce style
– appelé aussi tango de concert – est particulier au Sexteto
Mayor. Cela se découvre surtout dans le premier disque De Gardel a Piazzolla
y mucho más. Le deuxième disque Tangos para bailar, plutôt
destiné à la danse, est un peu plus dépouillé. Mais
rassurons les « milongueros », ils pourront toujours danser sur
la plupart des morceaux du premier disque...
Les enregistrements s’étalent de 1973 à 2003. La plupart
des plages sont des tangos du répertoire traditionnel; quelques-unes
des compositions du Sexteto y sont ajoutées, comme par exemple París
otoñal (1995). Enfin, Adriana Varela, à la voix grave et sensuelle,
apporte son écot de passion dans les deux tangos chantés de l’album
! Un vrai plaisir... à écouter et à danser !
(Roland Vin, Collection commune)
DREYFUS, 2003.
Bien plus que de la musique métissée, Dézoriental défie
les styles établis, voyage en Terra incognita avec aisance et voluptés.
Leur Saint-Étienne de cour est loin d'être leur nombril du monde.
Un premier album éponyme annonçait déjà cette nécessité
d'investir des territoires colorés d'influences multiples, d'intégrer
le musette de l'hexagone à la lancinante musique berbère, d'entrelacer
le rock de la ZUP à la liberté du jazz. Ici, ils apportent, comme
à l'auberge espagnole, leurs ressentis, leurs origines, leurs engagements
à réinventer un paysage « espéranto ». L'accordéon
(joué par Jean-Luc Frappa), l'oud (d'Alaoua Idir), le tuba (de Frédéric
Delluc), les guitares et l'harmonium s'épousent et ouvrent le bal à
la noce de l'Orient et l'Occident. Une pop arabique chatoyante, enrubannée
de rythmes gnawas, de youyous, de gouaille électro (pour la reprise de
Vesoul de Brel) ou un rappel hypnotique au chant de Nusrat Fateh Ali Khan, se
met allègrement au service de textes renouant avec un certain humour
contestataire. (Sur le méridien de New York / On règle nos idées...
La musique est un bordel / Une multinationale... / Nous sommes tous Américains...
Pas moi !). Cette voix... (Abdel Waeb Sefsaf) nasillarde, au souffle dense,
à l'énergie pure, coule, se fait chantre de la cause des femmes.
Qu'elles soient d'ici, d'ailleurs, connues ou pas, de Kaboul, d'Afrique, de
l'Est ou d'Inde. De celles qui persistent à garder la tête haute
face à la barbarie. Terra incognita : ode à la Femme, ode à
la poésie, odes héroïques déchirant les voiles pour
qu'enfin ils ne soient plus que fines batistes tramées en lin solide
battant au vent d'une espérance d'humanité escomptée. Moments
suspendus, tendus vers une vision ouverte en terres inconnues. Explorant la
féminité du monde, caressant son ventre, gouttant à la
chaleur de ses entrailles, ensemençant cette matrice afin que germe le
« meilleur ». Se désorienter, s'autoriser l'errance sous
contrôle, non celui qui enclôt mais bien celui qui investit le goûteux
de l'espace vierge. Et... Songe à la douceur d'aller vivre là-bas
/ Vivre ensemble ! Aimer à loisir / Aimer et mourir au pays qui te ressemble
!
(Brigitte Lebleu, Charleroi)
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