EMI, 2004.
Accroché au bar d'un grand hôtel de Copacabana, je bois une caipirinha,
noyé dans la Bossa groove d'un chanteur brésilien. Le petit matin
blanc s'annonce. De la plage toute proche montent des parfums d'océan…
le bruit des vagues. La nuit cède le pas à la lumière.
Un verre de trop, vacillant... il est temps de se mettre hors champs. Je trace
la salle dans la pénombre électrique, passe devant l'orchestre
et lance à la cantonade : « play it again Sam » !
L'ascenseur, le couloir, la chambre, la porte... je l'ouvre... je m'accroche
la manche à la clenche et me cogne l'œil au chambranle; décidément,
il est temps d'aller dormir ! Jeté sur le lit, je sombre en des
rêves nostalgiques...
Marcos Valle est né à Rio de Janeiro en 1943. Dans son enfance
il apprend le piano et le solfège, puis devient compositeur, musicien,
multi-instrumentiste et chanteur. Considéré comme l'homme de la
renaissance de la musique populaire brésilienne, il développe
une Bossa Nova (« nouvelle vague ») pop, jazzy, funky,
aux accents parfois mélancoliques, associée à la nouvelle
technologie des studios. Il écrit des textes pour d'autres chanteurs,
de la musique de film et de soap-opéra. Son séjour aux États-unis
dans les années 60 le fait connaître d'un plus vaste public et
teinte ses compositions d'une touche jazzy. Il y travaille, entre autres, avec
Walter Wanderley, Milton Nascimento, Airto Moreira...Une de ses compositions,
Samba de Verão, est la chanson fétiche d'Omer Simpson !
Dans les années 70, il approche la musique pop et soul; dans les années
80, il fabrique des hits pour d'autres interprètes. Marcos Valle devient
populaire en Europe grâce à des arrangements qui swinguent, « groovent »,
sont repris en mode dance floor, drum'n'bass; il crée un nouveau style :
la drum'n'bossa.
Sa meilleure discographie se situe entre 1968 et 1974, avec des titres comme
Mustang Cor Sangue, Garra, Marcos Valle, Vento Do Sul, Previsão
do Tempo, Serie Coletanea , tous chez EMI.µ
Toujours actif, Marcos Valle pourrait être appelé « le
grand-papa magique de la Bossa Nova ».
Des artistes brésiliens peuvent lui être associés :
Erlon Chaves, Trio Mocoto, Sérgio Mendes, Deodato, João Gilberto,
Joyce, Elis Regina, Carlinhos Brown, Tom Zé (autre génie excentrique)...
et tant d'autres.
( Pierre Coppée, Charleroi )
Produit en 2004.
La mélodie chez Marc Perrone n'a rien de démagogique, rien de
racoleur. C'est une relation au monde, une manière de penser, de réfléchir
la vie, de se poser des questions, de raconter. Une respiration. Ses mélodies
sont éphémères, elles passent comme les pensées
qui évoluent. Elles suivent, souvent, des progressions en spirales rentrées,
comme une introspection dansée, ou avancent et reculent comme des idées
qui cherchent leurs chemins, en bafouillant, projettent des hypothèses,
cherchent une démonstration. Toute une philosophie de la vie dépouillée.
Dans la rue, proche de la bohème. Pudeur et naïveté pour
dire l'essentiel.
La grâce de l'éphémère va à merveille avec
l'accordéon de Marc Perrone. Dans une proximité sans fard avec
la mort, avec l'amour de la vie. Mélodies qui racontent, brassent, mettent
en abîme, toujours, toute une histoire liée à l'immigration,
qui grimpe dans l'arbre généalogique. D'où l'on vient,
pourquoi, ce qu'il en advient. Mélodies qui sondent un passé non
idyllique, mais où l'on touchait plus facilement l'homme. L'accordéon
est sur son terrain, les changements, les bouleversements du quotidien populaire.
La nostalgie n'est pas bête, elle participe chez Perrone d'une sensibilité
anar. Sans pathos appuyé, c'est léger, ça valse. Éphémère.
Le nouvel album de Marc Perrone est lumineux, irradiant. De quoi encore grandir
l'attachement pour ce musicien gravement touché par la sclérose
en plaques. La raideur qui gagne est d'ailleurs invitée à la fête,
avec pudeur, on fait avec, elle danse au bal. Un album truffé de musiques
de films. Il projette, avec ses airs d'accordéon, des histoires en images
sonores, histoires sentimentales, histoires documentaires. L'accordéon
comme lanterne magique. On y trouve également un texte d'Arthur H. Magnifiquement
simple.
( Pierre Hemptinne, Charleroi )
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