INSTITUT DU MONDE ARABE COMPAC, 2004. Enregistrement 2002.
Kudsi Erguner est un musicien turc dont la renommée s'étend au-delà des frontières de son pays. Une de ses passions est de donner à découvrir la musique savante ottomane en essayant de rester au plus près de son authenticité. La tâche n'est pas facile car cette musique a connu bien des déboires : jouée par les stanbuliotes lettrés sous l'empire ottoman, elle a, du jour au lendemain, été disqualifiée lors du changement de régime. Les tentatives d'harmonisation à la « sauce européenne » n'ont pas aidé non plus à préserver l'âme et la sensibilité originales de cette musique. Majestueuse et riche en ornements, la musique savante ottomane n'est pas sans rappeler le faste qui subsiste dans certains lieux stanbuliotes, derniers témoins de la splendeur de l'empire ottoman. Cet album est un formidable témoignage de la richesse et du raffinement de cette musique. Le ney, superbe instrument à vent dont Kudsi Erguner est virtuose, tient ici une place primordiale et ses sonorités douces et profondes ne manquent pas d'éveiller de multiples émotions. Présenté par l'Institut du Monde arabe, cet album fait partie d'une collection extrêmement bien documentée, aux enregistrements remarquables, qui est consacrée aux musiques des pays arabes. Vous trouverez cette collection dans les rayons de la Médiathèque.
(Isabelle Delaby, Woluwe-Saint-Pierre)
FINE MUSIC, 2004.
Les musiciens de Quadro Nuevo ont intitulé leur dernier album Mocca Flor parce que leur musique, disent-ils, stimule les sens, réchauffe l'âme et s'épanouit tel l'arôme du café. L'album est un subtil mélange d'Orient et d'Occident où se succèdent des compositions aux senteurs de tango, de musique klezmer, d'airs napolitains, de swings des Balkans et de mélodies orientales. Le tout est servi avec une grand maîtrise et beaucoup de personnalité. Ce quatuor a évidemment ses instruments de prédilection : le saxophone et les clarinettes pour Mulo Francel, la guitare pour Robert Wolf, l'accordéon, le bandonéon et le vibrandonéon pour Andreas Hinterscher, la contrebasse et les percussions pour D.D. Lowka. Mais ce ne sont pas moins de vingt-quatre instruments qui apparaissent sur cet album parmi lesquels le ukulélé, le bouzouki, la mandoline napolitaine et un jouet pour enfant. On en est presque à dire que, comme le café, on en a besoin tous les matins pour se réveiller et être de bonne humeur !
(Isabelle Delaby, Woluwe-Saint-Pierre)
SUAVE, 2004.
Abdelaziz Bekhi, c'est Baâziz et Café de l'indépendance
, son dernier album. Petit clin d'œil aux cafés apparus un
peu partout en Algérie après la guerre d'indépendance où
il était bon de débattre politique. On l'aura compris, Baâziz,
est un chanteur engagé, contestataire.
Au-delà de ses merveilleuses mélodies, des rythmes entraînants,
ce sont ses mots qui nous touchent le plus, ils atteignent leur cible en plein
cœur. De sa belle voix grave, il nous chante une Algérie bafouée,
épuisée, qui se relève péniblement des corruptions
de son régime.
Baâziz poursuit une tradition qui consiste à détourner un
chant du répertoire classique et à en faire une version corrosive.
Il dénonce de cette manière, les injustices sociales et politiques.
Le titre Dès que le vent soufflera de Renaud devient Nous
nous en allerons aux vers… pas piqués des vers. Fan du chanteur
français, ce n'est pas la première fois qu'il reprend et adapte
un des ses morceaux, L'Hexagone devient Je m'en fous, que
l'on peut entendre en version française ou algérienne sur son
précédent album Dorénavant... ça va être
comme avant ! (mais aussi en plage
cachée sur Café de l'Indépendance ).
Ce fut Ksentini Rachid (1887-1944), comédien talentueux et populaire,
aussi prénommé « le charlot algérien »,
qui usa de ce style appelé « maâkous ».
Avec ses jeux de mots, ses chansons accusatrices, Baâziz nage en eaux
troubles. La censure, telle une épée de Damoclès suspendue
au-dessus de la tête, ne l'arrête pas. Il ira jusqu'à interpréter
en direct, à l'insu des programmateurs, Waïli Waïli,
un morceau censuré ! Courage ne rime pas avec liberté, il
finit par s'exiler en France où il vit depuis 1998. Il rêve de
retourner à Cherchell, petite ville près d'Alger, où il
est né il y a une quarantaine d'années. Cependant, où qu'il
soit, il continue à prendre position et à revendiquer toujours
plus haut, toujours plus fort !
(Magda Ettalibi, Charleroi)
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