CINQ PLANETES, 2004.
Diable d'harmonium.
L'harmonium, une histoire de mixité culturelle… Breveté
à Paris en 1842, modeste substitut de l'orgue. Diabolisé en Inde
avant de s'imposer, au détriment du sarangi, dans l'accompagnement des
chanteurs. Et enfin une folle consécration soliste, éditée
par le label Cinq Planètes…
De l'harmonium coule à merveille le fleuve idéal, effacé,
chargé de conduire le chant, de sa source à la mer, à travers
ses méandres, soupirs et rapides, en le soulevant, le pliant et le dépliant,
l'amplifiant et le projetant sans limites. Quand un instrument traditionnellement
dévolu au second rôle sort de l'ombre, s'affranchit complètement
et devient l'instrument premier, le soliste, la vedette, il éclaire un
nouveau cheminement du langage musical. On passait à côté
de lui sans vraiment l'entendre. Ce langage second, qui s'effaçait pour
mettre en valeur la première personne, le chant principal, raconte maintenant
pleinement son destin, sa manière de voir les choses, au premier plan.
Pour ce faire, il faut que cet instrument fasse un bond qualitatif énorme,
sinon il ne pourra tenir le devant de la scène, il sera renvoyé
à l'anecdotique. Cette « promotion » s'effectue
quand un musicien, fasciné par l'instrument, y investit un travail énorme
pour en développer les ressources expressives. Quand l'instrument devient
miroir et que le pratiquant en explore les ressources cachées, en perfectionne
les techniques selon des affinités profondes qu'ils se découvrent
l'un l'autre, il va en libérer le potentiel dans une sorte de pacte magique.
Avec, à la base, une poussée de l'idiosyncrasie du musicien qui
vient « altérer » la tradition, la personnalisant
dans un acte solo inédit. Ce qui relie cette aventure à une conception
moderne de l'art basée sur l'individualité, la personnalité
unique de l'artiste. Même si l'harmonium varie superbement sur des airs
traditionnels et des ragas, l'audace de s'affranchir, de s'approprier le rôle
du soliste est moderne. Quelque chose se libère, un éblouissement,
le jaillissement d'une nouvelle manière de saisir et transmettre une
musique déjà connue. Un nouveau point d'écoute transi.
Une révélation.
(Pierre Hemptinne)
MTD, 2005. Enregistrement 2004.
Accordéon diatonique solo. Norbert Pignol ne fait pas du folk, il entretient
avec la tradition des liens flottants. Il en a développé une mémoire
forte. Il s'y promène comme un pêcheur à la mouche dans
une rivière. Il sonde la surface, parfois il attrape quelque chose. Qui
vient du fond, qui se débat. Ce qui correspond à sa musique, coulées
de velours, mélodies lignes claires, avec soudain une attaque, des coups
de griffes. Tout passe par la technique propre à l'accordéon qu'il
reçoit en héritage, avec ses répertoires, son histoire.
Il explore les ramifications, évidentes ou saugrenues, qui le relient
à ces territoires de la tradition. Ce sont des chemins de mélodies
qu'il tortille habilement. Des souvenirs, des vestiges qu'il fait chanter. La
tradition pour Pignol n'est pas une chose acquise, tangible, affirmée.
C'est un dédale (voir son groupe du même nom). À chacun
de trouver son dédale. Ce qui l'intéresse, c'est un terrain d'expérimentations
douces, zone de transition, de prospection entre passé et modernité,
exploration sur la place de l'individu dans cette histoire mouvante. Et il expérimente.
Un thème nostalgique, une chanson. Un climat abstrait. Un conte bruitiste.
Des mimiques. Du visuel sonore. Il s'attache aux ombres qui passent dans les
sons et en modifient le sens, subtilement. Alors traquer ces ombres : un
air à danser vire en pièce conceptuelle. Une prière libère
du charnel. Du limpide à l'abscons. Du simplisme enchanteur aux prouesses
fulgurantes. Des ombres félines qui vont et viennent, répandent
un fluide musical sans frontières, ni spatiales, ni temporelles, ni culturelles.
Quelque chose à inventer. Un air claquant matinal jamais entendu. Une
trouée de lumière. Une fermeture éclair raffinée
sur l'encre nocturne. Hyper-familier et complètement étranger.
(Pierre Hemptinne)
Voir aussi le parcours de Pignol notamment avec Dédale (6 CD) et Obsession
Quintet (3 CD).
Et aussi dans nos présentoirs, trois autres nouveautés accordéon
importantes :
Denis Pépin -
MA4796
Philippe Bruneau -
MA4286
Carmen Guérard -
MA4475
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