CD DU MOIS
CELLULOID, 2005.
Quand les musiciens d’Afrique Occidentale jouent ensemble, par-dessus les frontières et au-delà des styles et des préjugés, ils nous emmènent au carrefour des musiques. Les trois musiciens du Kora Jazz Trio ont opéré la rencontre entre piano, kora et percussions pour développer le voyage tranquille qui mène à ce carrefour improbable et pourtant évident entre répertoire de griots, jazz afro-américain et relents de chanson française. L’histoire façonne les hommes et les musiciens transpirent l’histoire. Les trois protagonistes nous invitent surtout chez eux, dans la cour intérieure des expressions africaines et de ce qu’elles ont donné au monde des musiques. Mais le jazz est là…, tapis dans l’ombre; il suinte, il dégouline, en rythmes comme en phrasés musicaux. Le piano et la kora rebondissent ensemble sur les percussions. C’est évident, ça coule de source. D’ailleurs c’est la source! Ici et là apparaît le souffle d’un grand jazzman, celui de Thelonious Monk sur ce deuxième disque et celui de Charlie Parker sur le précédent (ML2735). Puis soudain, clin d’œil à la colonisation et regard sympathique vers la France, c’est Trenet lui-même qui entre en jeu et la mer est subtilement balancée, chavirée de la kora au piano dans un élan naturel.
Si le disque est un régal, soyons sûrs que le concert nous en donnera plus encore. Kora Jazz Trio jouera au Festival d’Art de Huy le 19 août 2006.
EB
Produit en 2005. Enregistrement 1956-1959.
EMI DVD, 2005.
Immanquablement, le calypso est une musique de l’été. Au premier rayon de soleil qui permet de dire adieu aux gants, écharpes, bonnets, doudounes et autres, je ne manque pas d’ouvrir la porte du salon - elle donne dans la cour - et de mettre un petit album de mento ou de calypso. La vie se décline alors nonchalamment et rien, mais vraiment rien, ne m’obligera à me dépêcher.
Quand arrivent en même temps ce fameux premier rayon de soleil et, superbe coïncidence, l’album du très, très bon label Smithsonian Folkways consacré à Mighty Sparrow, LE roi du calypso, une chronique s’impose.
Ce prestigieux label a décidé de rassembler dix-huit chansons représentatives des premières années de Mighty Sparrow. Elles couvrent donc les années 1956 à 1959 et nous invitent à explorer les différentes thématiques des textes de Francisco Slinger (le véritable nom de Mighty Sparrow).
Les chanteurs de calypso sont souvent considérés comme les griotsde Trinidad : ils décrivent et critiquent la vie quotidienne, ils dénoncent et n’hésitent pas à donner leur avis concernant la politique, ce qui les fait parfois flirter avec la censure. Il faut dire que, pour les Calypsoniens, les mots sont des armes et, dès lors, ils se considèrent comme de véritables guerriers. D’où des noms comme Bomber, The Mighty Terror… même si leur rôle est aussi de divertir et de faire rire. C’est probablement lors des fameux matches « Ex-Tempo », pendant lesquels les chanteurs rivalisent sur scène, que leur verve est la plus manifeste. Oui, oui, ce sont des joutes verbales qui ne sont pas sans rappeler le rap, le forró des Brésiliens et les Fabulous Trobadors.
Et la concurrence est rude. Chaque année, les chanteurs rivalisent pour gagner des prix dont le Calypso Monarch et la Road March sont les plus prestigieux. Mighty Sparrow a remporté huit fois chacun de ces titres, puis a décidé de se retirer de la compétition.
Voilà qui permet de se faire une idée de l’autorité du personnage.
Et pour les jours où le soleil ne se presse pas au portillon, le DVD Calypso @ Dirty Jim’s devrait vous en fournir votre dose quotidienne indispensable. Entre carnaval et concours «Ex-Tempo», on y rencontre à la fois les vieux de la vieille qui n’ont pas perdu un centime de leur verve et la nouvelle génération qui, fidèle à la tradition, ne manque pas pour autant de la moderniser. Les textes des chansons sont sous-titrés, ce qui permet d’en saisir tout le piquant.
Le Dirty Jim était un club mythique de l’après-guerre à Port of Spain – la capitale de l’île de Trinidad. Fréquenté à la fois par les Noirs et les Blancs – une première – on y écoutait la crème des Calypsoniens, on y admirait les danseuses de limbo et l’effeuillage des strip-teaseuses, le tout généreusement arrosé de rhum.
Le Dirty Jim n’existe plus – tiens, tout cela nous fait penser à un certain Buena Vista Social Club – et le documentaire revient sur ces années fastes du calypso, reconstitution du club et témoignages à l’appui. Il ne se cantonne pourtant pas dans ce rôle d’évocation du passé car le carnaval est également filmé, avec les rues de Trinidad vibrant au son de la soca. C’est ultradansant et l’ambiance est chaude et sensuelle.
Un documentaire qui déborde d’énergie et de sensibilité tout en racontant l’évolution des musiques, des traditions, l’histoire d’un pays. Idéal pour les journées estivales pluvieuses.
ID
PLAYLIST CALYPSO : 10 CLASSIQUES
ROUNDER RECORDS, 1990. Enregistrement 1927-1941.
WORLD MUSIC NETWORK, 1999.
ROUNDER RECORDS, 1999. Enregistrement 1946.
ROUNDER RECORDS, 1999. Enregistrement 1946.
SMITHSONIAN/FOLKWAYS RECORDS C, 2000. Enregistrement 1956-1962.
ROUNDER RECORDS, 2001. Enregistrement 1934-1940.
PUTUMAYO WORLD MUSIC, 2002.
ROUNDER RECORDS, 1999. Enregistrement 1933-1939.
ROUNDER RECORDS, 1999. Enregistrement 1935-1941.
Produit en 2000. Enregistrement 1946-1961.
A-SD
Magazines > A découvert> Musiques du monde> Archives > Juillet - Août 2006