« Gnawa » désigne tout d’abord une minorité ethnique d’Afrique du Nord dont les membres se réclament de descendants d’esclaves et de guerriers venus d’Afrique de l’Ouest. Les communautés gnawa au Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie) plongent leurs racines au Soudan, c’est-à-dire dans la région subsaharienne. Dans leurs chansons, les Gnawa font référence à leurs origines qui les apparentent aux ethnies Bambara, Foulani et Haussa, ainsi qu’à l’histoire qui a vu le déracinement d’un grand nombre de leurs ancêtres qui vivaient au bord du fleuve Niger au Mali. Ces événements remontent au moins à la chute de l’empire Songay, en 1591, face au sultan Ahmed el-Mansour. À cette époque, plusieurs milliers d’hommes et de femmes d’Afrique Noire furent réduits en esclavage et amenés en Afrique du Nord. Le principal instrument à cordes des Gnawa, le sentir ou guembri, par sa ressemblance avec le ngoni de grand modèle utilisé par les Bambaras, témoigne de leurs origines.
On emploie également le terme « gnawa » pour désigner les adeptes de la musique, des rituels et des traditions liés à la cérémonie al-layla (lila : nuit en arabe), également appelée derdeba.
Le rite de la possession (lila, derdeba)
Lors du rite de possession, les musiciens, après avoir exécuté leur répertoire de divertissement, vont jouer le répertoire sacré où les adeptes et les danseurs vont être sujets à des phénomènes de transe. Le maître musicien va enchaîner, de minuit à sept heures du matin, une série de devises chantées, accompagnées par son guimbri et par les joueurs de qraqeb (castagnettes).
Chaque devise chantée fera référence à un djinn ou à un mlouk (génie, esprit) bien déterminé.
Les entités invoquées peuvent être des entités purement surnaturelles ou des saints ayant réellement existé. Il y a sept cohortes de mlouks et chacune d’entre elles possède à sa tête un ou plusieurs esprits dominants. Les mlouks ont chacun une devise chantée, un encens particulier (que l’on brûle quand l’esprit prend possession d’un adepte), une couleur.
On distingue les mlouks de la mer (moussaouiyin) auxquels on attribue le bleu clair, les célestiels (samaouiyin) avec le bleu foncé pour couleur, les mlouks de la forêt, (rijal al ghaba) originaires d’Afrique, ont le noir, tout comme les mlouks appartenant à la cohorte de Sidi Mimoun et enfin les mlouks rouges (al houmar), liés au sang et qui hantent les abattoirs. Le blanc et le vert sont réservés aux saints invoqués, notamment Moulay Abdelkader Jilali et les chorfas. La couleur jaune est attribuée à l’esprit féminin Lala Mira.
Les danseurs-possédés entretiennent tous une relation plus ou moins proche avec un esprit cité précédemment. Pendant le rite de possession (lila), lorsque le maâlem (maître musicien) commence à jouer le thème et la devise d’un génie, le possédé qui se rattache à cet esprit entrera en transe et s’identifiera à lui.
Quand le danseur entre en transe, on le couvre d’un voile de la couleur attribuée à l’esprit qui le possède. On brûlera également un encens adapté à cet esprit.
Les musiciens et leurs instruments
Les musiciens gnawa se divisent en deux catégories: Les maîtres musiciens et la troupe qui est sous leur direction. L’instrument de musique principal chez les Gnawa se nomme le guembri. Cet instrument est joué par le maître musicien (le maâlem).
Le maâlem est également le chanteur principal de la troupe. Les autres musiciens jouent les qraqebs, sortes de castagnettes en métal, et exécutent les danses. Ils sont généralement les disciples du maâlem et aspirent à devenir maîtres à leur tour.
Le guembri est un luth tambour à trois cordes et à registre bas. Il est constitué d’une caisse de résonance et d’un manche en bois. Le bois utilisé peut être du noyer ou de l’acajou, mais les anciens maîtres préfèrent le bois de peuplier qui donne une meilleure résonance. La caisse de résonance du guembri mesure soixante centimètres de long, vingt centimètres de large et quinze centimètres de profondeur. Elle est traversée par un manche d’environ un mètre et est recouverte par une peau de dromadaire séchée et tannée. C’est cette peau qui, frappée par la main droite du musicien en même temps que les cordes, donnera au guembri un son de percussion. Le guembri possède trois cordes. Deux cordes remontent jusqu’en haut du manche, celle du milieu s’arrête à la moitié du manche, elle est jouée à vide. Les cordes sont faites avec les intestins d’un bouc. Les intestins servant à fabriquer les cordes viennent toujours d’un animal sacrifié rituellement selon les usages des Gnaoua. Un sistre métallique vient s’encastrer à l’extrémité du manche et est mis en résonance par les mouvements de l’instrument et les vibrations des cordes.
Les qraqebs, appelés aussi crotales ou qraquechs, sont utilisés par la troupe qui est au service du maâlem. Ce sont deux cupules en fer, identiques, de treize centimètres de diamètre, reliées par une tige métallique de neuf centimètres sur trois de large. Le musicien tient dans chaque main deux de ces claquettes et les entrechoque. Lors de l’introduction de la partie sacrée du rite de possession, les Gnawa utilisent deux tambours appelés « tbel ». Le tbel est maintenu sur le côté gauche du musicien par une bandoulière et est frappé par deux baguettes dont l’une est courbée et l’autre droite. Le tbel est utilisé par paire et accompagné de quatre paires de qraqebs.
HN
D’après www.casafree.com
NETWORK MEDIEN, 2006.
Originaire de la petite île Ngor au large de Dakar au Sénégal, Magou intègre à sa musique toutes les influences traditionnelles de la musique de l’Afrique de l’ouest et les registres musicaux du Sénégal actuel. Entre folk, musique mandingue traditionnelle, accents mbalax et salsa, il promène sa voix rauque sur les accords de sa guitare et chante les préoccupations sociales d’une bonne partie de ses concitoyens. Chantre actuel d’une certaine Afrique, en wolof mais aussi en français, dans la pure lignée des griots, il soulève les questionnements par un premier titre révélateur. Africa Yewul (Réveille-toi) n’est autre que l’appel lancé à la conscience devant l’urgence. Textes engagés, sur mélodies attrayantes, voilà sa force. Les airs s’enchaînent avec allégresse entre folk bluesy et salsa mandingue mâtinée de kora. Parfois sa voix se fait plus puissante, forçant l’écoute et il nous emmène alors, l’air de rien, un peu plus loin que dans de brèves rêveries poétiques dakaroises.
BL
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