CD DU MOIS
DEAD RECKONING RECORDS, 2006. Enregistrement 2005.
C’est tout simplement trois musiciens qui se réunissent autour d’une poignée d’instruments avec lesquels ils vivent en symbiose depuis longtemps. Trois Américains qui ont déjà pas mal roulé leur bosse sur scène et en studio. Ils savent ce qu’une chanson acoustique représente sur la piste des musiques de chez eux. Ils connaissent les apports possibles de la tradition old time, folk song, blues et country dans leurs propres compositions. Guitares, accordéon, violon, banjo, oud, un zeste de percussion ou de mandole et c’est parti pour un répertoire qui nous plonge dans une ambiance chaleureuse comparable à ces veillées où s’échangent airs et chants venus des quatre coins de chez l’oncle Sam. Le tout est d’une justesse rare, les voix de Kieran Kane et Kevin Welch sentent les Appalaches et le Sud profond, les cordes sont souples et se laissent volontiers teinter des couleurs chatoyantes de l’accordéon ou du violon de Fats Kaplin. C’est une chevauchée tranquille dans les grands espaces; les horizons sont ouverts et le temps s’arrête l’instant de se rappeler ce que musique populaire veut dire.
ÉB
Référence incorrecte (Attention aux espaces !)
Cesaria Evora et Herminia nous avaient habitués à la morna du Cap-Vert, chansons tristes et mélancoliques aux voix profondes, matures et réconfortantes. Mayra Andrade, jeune chanteuse née en 1985, apporte un vent de fraîcheur, une caresse ensoleillée et revitalisante dans ce répertoire un peu trop entendu.
Capverdienne d’origine, Mayra Andrade est née à Cuba et a vécu au Sénégal, en Angola et en Allemagne avant de s’installer à Paris en 2003. Son premier disque confirme et sublime toutes les attentes de ses nombreux concerts. La production de Jacques Ehrhart, qui a relancé Henri Salvador, s’enrichit de la participation d’excellents musiciens comme le Camerounais Étienne Mbappé à la basse, le Malgache Régis Gizavo à l’accordéon, et plusieurs Brésiliens comme Hamilton de Holanda.
Mayra Andrade mêle jazz, musiques brésiliennes (ses premières berceuses) et africaines aux rythmes capverdiens comme la morna, la funana, la coladeira…
Regasu, qui clôture Navega, ressuscite la morna déjà si délicieusement chantée par Cesaria Evora. L’album égrène perle après perle. Écoutez Comme s’il en pleuvait, chantée en français en duo avec Tété; cette ritournelle afro-bossa vous fera vite oublier les aspirantes world de l’actuelle chanson française. Navega évoque l’attente des femmes de pêcheurs, priant pour leur retour, thème récurrent du fado portugais. L’interprétation n’en est pas aussi déchirante, juste empreinte de mélancolie et d’espoir.
En ce mois de décembre, ce disque vous apportera la douceur et la chaleur des rythmes d’une île des tropiques et pourquoi pas… l’envie d’y savourer un délicieux cocktail en compagnie de Mayra !
ASDS
CHRONIQUES
DAQUI, 2006.
Bitibak est le nom d’une décoction d’écorces, de feuilles et de plantes destinées à soigner la fièvre et le paludisme. C’est aussi le nom de la musique de ce musicien camerounais, un subtil mélange de voix accompagnées de guitares toutes en mélodies et de percussions. Cet album sort du lot par sa simplicité, mais est loin d’être simpliste. À partir des rythmiques typiques des Bantous jouées d’une façon propre aux Bafias, Simon Nwambeben a façonné son style, poétique et empreint d’humanité.
Un album pour lequel les maîtres-mots semblent être douceur et sensibilité.
ID
MARABI, 2006.
Menwar est un musicien créole à l’allure rasta vivant sur l’île Maurice. Âgé d’une cinquantaine d’années, il est plongé dans la musique depuis vingt-neuf ans. Cet album, le premier à franchir les océans, est donc mature, fruit d’une longue réflexion musicale, avec un style affiné, travaillé, personnel et, en même temps, très proche de la tradition.
Parce qu’il est né sur l’île Maurice, Menwar est tombé dans le séga quand il était petit, mais cela ne l’a pas empêché d’aller voir ailleurs. Il a notamment séjourné sur l’île de la Réunion où il s’est frotté avec la maloya. Les musiques africaines ont également capté son attention. Une musique proche des racines, appelée «sagaï» en a résulté, mais, curieusement, toute l’indolence propre aux musiques des îles tropicales a disparu pour une sorte de tension, de nervosité. Outre les percussions, dont le ravanne et le maravanne, instruments typiques du séga qu’il ne quitte jamais, la basse et la guitare tiennent une place non négligeable et donnent parfois un accent blues aux plages. Les paroles décrivent une île Maurice qui n’a rien à voir avec les habituels clichés de carte postale. Musicien avant tout, Menwar se préoccupe aussi des conditions de vie du peuple créole sur l’île. Celui-ci constitue en effet une minorité dans une société qui évolue selon la règle sociale du « communalisme ». Communa… quoi ? Explication : c’est un système dans lequel les différentes ethnies, dans ce cas-ci, les Indiens, les Créoles, les Chinois et les Blancs, sont géographiquement regroupées par quartiers et ne se fréquentent guère, sauf dans les lieux publics. En résulte de grandes difficultés pour de nombreux Créoles en ce qui concerne les domaines de l’entreprise, de la vie politique ou institutionnelle. Une situation décrite avec verve sur certaines plages. Mais toutes les chansons ne sont pas des pamphlets contre la société mauricienne car Menwar est, malgré tout, amoureux de son île et consacre quelques morceaux à en décrire les beautés naturelles. À conseiller bien sûr…
ID
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