LOCUST MUSIC, 2005. Enregistrement 2003-2004.
1 Saw mill man
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2 Long time now /
3 Wino /
4 Faded rose /
5 Numb /
6 Peggy /
7 Cheap motel /
8 Low low blues /
9 Wrong time to be right /
10 Memphis, TN. /
11 Under the snow /
12 Outlaw
C’est l’Amérique d’en bas, celle du fond des villes les plus minables, celle du cul des bouteilles vides, celle des mégots éteints et de ces petits matins puants où le lit est défait alors que personne n’y a dormi.
Cast King, c’est une voix nourrie à l’alcool et au tabac, une voix qu’aucun producteur ne cautionnerait. Une voix qu’on ne trouve que sur les meilleurs disques, ceux qui se vendent presque à la sauvette, ceux dont on parle par-dessus les frontières, entre amateurs de chansons fortes. C’est une guitare aux accords hachés soutenus de quelques notes sur une gratte électrique; c’est une musique sale, mal rasée, à l’haleine foutue. Une chanson où l’on trébuche sur des scories de blues, où l’on respire des poussières de rock’n’roll et se cogne sur des carcasses de folksongs. C’est l’Amérique de Steinbeck à Kérouac, de Woody Guthrie à Johnny Cash, portée par une chanson qui gratte et qui démange, un rêve brisé, le nez qui s’écrase sur le pare-brise d’un vieux pick-up fatigué des coups de freins intempestifs pour laisser passer les fantômes de l’adversité. L’amour se déglingue, les femmes ont lâché le chanteur, le whisky bon marché l’a rongé, la clope l’a miné. Et il nous chante ça, le bougre, avec sa voix d’outre-tombe et ses six cordes esquintées. Et on entre dans un univers, dans l’envers du décor, le revers de la médaille de l’oncle Sam. On entend une histoire, on devine une dérive, on inspire l’odeur forte du bourbon, on reste accroché à ces petites chansons cabossées parce qu’elles nous en disent plus que ce qu’on entend à longueur de journée et que d’aucuns appellent musique. Cast King chante sans se soucier que ce soit beau ou laid, il chante parce qu’il n’a pas d’autre solution. [retour]
Étienne Bours
LE CHANT DU MONDE, 1997. Enregistrement 1993-1995.
Le doohi est une forme vocale des Peuls, pasteurs d'Afrique occidentale. Chant social, collectif, lié à la vie pastorale, il a ce côté obsédant, répétitif, bourdonnant, guttural qu'ont aussi certains chants Inuit. Il s'organise en deux groupes formant deux voix qui émettent des sons sans significations (caldî). Les voix produisent les mêmes sons selon la technique de tuilage, de superposition, alternant registres haut et bas, de telle sorte que l'on entend nettement ces différents registres se détacher en bourdons continus ou discontinus qui paraissent autonomes, alors qu'en fait chaque voix assume alternativement les deux registres. Illusion auditive voulue, collective, renforcée par le fait que les chanteurs se placent en chaîne humaine, en alternant les chanteurs des deux groupes (les uns expirant pendant que les autres inspirent). Il s'agit d'une musique de divertissement à laquelle prend part, dès la mue vocale, tout adolescent qui le désire. Étant une technique d'endurance et de puissance, le doohi apparaît dès lors comme une épreuve de virilité liée au cycle de la vie des pasteurs. Ces sons répétés viennent sans doute d'imitations des animaux avec lesquels ils vivent en symbiose, soit les bœufs, soit les crapauds vivant autour des points d'eau. Le doohi est une des techniques vocales « primitives » les plus intéressantes du monde, un langage symbolisant parfaitement les liens étroits entre un peuple et son environnement sonore immédiat. Le CD propose également des chants de femmes ainsi qu'un répertoire joué par des musiciens professionnels ou reconnus comme tels. Ce répertoire se divise en pièces pour les hommes et pièces pour les femmes, on y entend clarinette et flûte traditionnelles en plus des calebasses. Musique enregistrée sur le terrain par Sandrine Loncke, disque essentiel pour découvrir les Peuls Djelgôbé. [retour]
Étienne Bours
INÉDIT, 1998. Enregistrement 1997.
Disque exceptionnel, de par sa rareté et le sérieux avec lequel il aborde cette tradition d’un peuple nomade qui ose enfin exhiber ses chants et danses sur nos scènes. Peuple emblématique de ce qu’est l’élevage transhumant, les Wodaabe sont liés à l’existence du zébu, ils vivent avec les saisons et se déplacent avec un bagage d’une légèreté effarante qui trimballe pourtant une multitude de sens. Une fois par an, ils se rassemblent pour le worso, rite annuel où l’on célèbre mariages et naissances, où l’on règle les différends et où les jeunes dansent pour courtiser les filles. Cette pratique est un culte de la beauté physique. Les hommes se maquillent, les couleurs étant différentes selon les danses. Ils se parent de bijoux et d’autres artifices précieux et dansent des jours et nuits durant. Le dernier jour est réservé au gereol qui se termine avec l’élection par les jeunes filles du plus beau jeune homme de l’année. De tous les spectacles qu’il me fut donné de voir, celui-ci fut sans doute un des plus impressionnants et bouleversants, même s’il se déroulait sur une scène européenne, ce qui ne faisait d’ailleurs qu’augmenter le côté bouleversant de la prestation. Voir ces hommes rouler des yeux, les écarquiller, montrer leurs dents blanches, tourner la tête en tous sens, offrir de larges sourires, s’avancer l’un après l’autre, onduler légèrement, développer ce sens incroyable de la mise en valeur du corps, les voir chanter ces chants lancinants, sortes de polyphonies (notamment le tuilage) est une expérience à ne pas manquer si vous en avez l’occasion. Les écouter sur un CD entier, pour la première fois (Playasound en offrait une séquence sur le PS65009) est un événement dans l’histoire du disque. Le chant a capella est simple et complexe à la fois, rude et d’une beauté semblable à leur danse presque immobile, à leurs corps suggestifs sans être nus. Chants à réponses entre leaders et chœur, bourdons insistants, claquements ? des mains, martèlements ? des pieds, cris à contretemps font osciller les différentes danses entre ambiance lentement chaloupée et parade rythmée. Un must pour une discographie africaine. [retour]
Etienne Bours
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