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Dossier « Afrique de l'Ouest »

Highlife, soul, funk, afro-rock, psyché, afrobeat… Ça déménage dans les clubs du Nigeria, du Bénin et du Togo pendant les années 70 !

Cinq excellentes compilations consacrées à la scène nigériane surtout, mais aussi béninoise et togolaise, dans les années 70.

Ensemble, elles permettent de se faire une bonne idée de ce sur quoi on dansait dans les clubs de l’époque.

 

 

Cette première compilation se veut un instantané, pour le highlife et l’afro-rock, de l’époque 1970-1976, avec 23 plages représentatives des milliers d’enregistrements réalisés.

En 1970 s’achève la guerre du Biafra qui faisait rage depuis 1967. Débutent alors des années d’optimisme et de confiance, fertiles et bourrées d’énergie pour tout ce qui concerne les arts, la littérature et, bien sûr, la musique. Ces belles années s’achèveront à la fin de la décennie quand arrivent des jours sombres de récession et de corruption.

Le highlife, qui avait beaucoup souffert de la guerre, entre alors dans une phase de regain. On assiste à un renouveau où le terme « highlife » couvre un spectre musical plus large que dans sa période plus classique. Différentes touches y sont apportées s’inspirant de l’afrobeat, du jazz, du funk, du rock ou des traditions musicales locales.

Néanmoins, les rythmes sont encore assez nonchalants, moins nerveux que ce qu’on pourra découvrir sur les deux compilations suivantes, les influences psychédéliques, soul, funk, rock sont moins prégnantes. Des influences latines affleurent encore. Celles-ci avaient été amenées par les Occidentaux au début du XXesiècle avec les fanfares, les cuivres militaires… et sont à l’origine du highlife qui émerge dans les années 1920.

À la fin de la décennie, beaucoup de groupes de cette mouvance quitteront le pays pour jouer à l’étranger. Ils se convertissent alors au disco, à la soul et au boogie, désertant les idées musicales plus qu’intéressantes nées surtout à Lagos dans la première moitié des années 70.

 

 

 

 

Cette deuxième compilation nous emmène à Lagos, ville cosmopolite, musicalement bouillonnante. Les gens venaient de partout, du Nigeria et de tout le continent africain. Les musiciens également se retrouvaient tous à Lagos, qu’ils soient du Nigeria, d’Afrique du Sud, du Cameroun ou des pays d’Afrique de l’Ouest.

Voici donc un patchwork de la musique jouée dans les nombreux clubs d’une ville où la vie nocturne était légendaire. Juju, afrobeat, highlife, rumba, soukouss, funk, soul et disco se côtoyaient au cours de nuits torrides.

Ici la basse se fait ronflante, plus présente que dans la première compilation, les rythmes deviennent plus nerveux et le groove plus tendu. Parfois, on se demande si ce n’est pas James Brown qui chante sur l’une ou l’autre plage. La guitare se décline bien souvent avec une pédale wah-wah et la section cuivres se déchaîne complètement.

 

 

 

 

Dans les années 60, les Rolling Stones et les Beatles exerçaient une forte influence au Nigeria. Avec la décennie suivante, naît une conscience afro-centrée. Les groupes rajoutent alors des éléments africains aux imitations conformes des groupes occidentaux qui étaient alors monnaie courante. C’est ainsi qu’est née la scène rock du Nigeria. Même si on en a moins parlé chez nous, elle était aussi populaire que l’afrobeat.

Cette troisième compilation se consacre donc à l’afro-rock. On y retrouve beaucoup plus de distorsions et d’orgue que sur la compilation « Nigeria Disco Funk », même si ses principales composantes, cuivres, rythmiques effrénées, grooves hallucinés en font toujours partie.

 

 

 

 

Un album qui donne une idée précise de la variété de styles rencontrés dans les night-clubs de Lagos dans les années 70. La musique y est bouillonnante et se nourrit aussi bien de styles comme le highlife, le juju qui font un tabac depuis la Deuxième Guerre mondiale que de musiques importées comme le funk, la soul, le ska, le jazz, le rock, la pop… Ces musiques seront réappropriées par les musiciens et naîtra ainsi toute une série de styles comme l’afro-fusion, l’afro-jazz, l’afro-rock, l’afro-soul, l’afrobeat bien sûr, l’afro-juju, le yo-pop…

 

 

 

 

Sous-titre de cette compilation : « Raw & Psychedelic Afro Sounds from Benin & Togo 70’s »

Cette dernière compilation imprime un léger déplacement géographique puisque, cette fois-ci, il ne s’agit pas du Nigeria, mais bien de deux pays francophones d’Afrique de l’Ouest: le Bénin et le Togo.

De ce fait, une partie des influences musicales y est sensiblement différente: la musique cubaine, la rumba congolaise, la chanson française ont imprégné la production musicale, même si les musiciens de ces pays connaissaient également le highlife du fait de la proximité géographique avec le Ghana et le Nigeria.

Le Bénin étant le berceau du vaudou, les musiques liées à ce culte ont une emprise incontournable.

Aux alentours de la moitié des années 60, les artistes ont fait fusionner les rythmes bien particuliers de ces musiques avec la soul, le funk et les musiques latines.

Et ce sont bien les rythmes vaudou qui marquent la différence avec les précédentes compilations: les rythmes sont sensiblement différents malgré les sources communes puisées dans les musiques américaines soul et funk et le modèle que James Brown fut pour tous.

Les basses sont généralement moins ronflantes, plus en arrière-plan, les rythmiques plus nerveuses, plus rapides, moins rebondissantes.

Isabelle Delaby

 

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