Magazines

Dossier « Afrique de l'Ouest »

 

 

Un petit joyau explosif, un concentré d’énergie à l’état pur.

Des échos de concerts mémorables (à Couleur Café en 2007 et en novembre de la même année aux Riches-Claires) où je n’ai pas eu l’occasion d’aller. Un album réclamé à grands cris qui n’était pas vraiment annoncé. Une réputation à tenir, un héritage dont il fallait être à la hauteur, un père quasiment mythique. On l’attendait un peu au tournant Seun Kuti. Comme chaque fils qui reprend le flambeau. D’autant plus qu’ici, il n’était pas le premier: Femi avait déjà entamé un bout de chemin. Comme papa, mais aussi bien différemment de papa. Plus mélodique. Avec une voix plus douce, qui autorise un vrai chant. Pas comme Fela, qui psalmodiait, assénait ses paroles plus qu’il ne les chantait.
Pas évident de s’exposer à la face du monde quand on suit les traces du grand frère et du père.
Et pourtant… L’expérience est là : Seun suit Fela de scène en scène depuis qu’il a huit ans. C’est lui qui, à quinze ans, décide de reprendre la main après le décès de Fela en 1997 et de continuer à jouer et répéter avec son groupe « Egypt 80 ».

Dix ans plus tard, après quelques tournées qui l’ont mené jusqu’aux États-Unis, il sort enfin un premier album. Un petit joyau explosif, un condensé d’énergie à l’état pur.
À son écoute, on comprend instantanément que c’est Seun, bien plus que Femi, qui est l’héritier.
Déjà rien que la voix : rauque, grave, péremptoire. La façon de chanter aussi, ou peut-être de ne pas chanter: il éructe ses paroles, les balance brutalement, milite plutôt qu’il ne chante. Le rap a fait du chemin dans l’esprit de Seun et, de temps à autre, on sent qu’il s’inspire de la façon de s’exprimer des rappeurs.
Tout comme Femi et Fela, Seun a pris la voie de la dénonciation: à l’exception de la quatrième plage « Fire Dance », toutes dénoncent la corruption, l’ignorance, les maladies, la pauvreté…
Seun est engagé et continue le combat commencé il y a déjà bien longtemps par sa grand-mère.

Et puis, il y a la musique, l’afrobeat.
Est-ce possible qu’elle soit encore plus sous tension ? Ou bien le son est-il tout simplement meilleur parce que les technologies d’enregistrement et de mixage ont considérablement évolué ?
Toujours est-il qu’à la première écoute, on reste un peu soufflé par l’énergie qui se dégage de chaque morceau aussi bien que par la qualité du jeu des musiciens. Tout est ajusté au millième de seconde et, en même temps, tout a l’air fluide, facile, simple. N’est-ce pas là que l’on retrouve la marque des tout grands musiciens ?
La batterie est sèche, nerveuse, le jeu aussi tendu que la peau des fûts. La basse est ronronnante, ronde, chaude, rebondissante. Les cuivres: de la matière en fusion. Les riffs des guitares: incisifs. Que dire d’autre que : quel groove !

Oui, on l’attendait au tournant Seun, mais il nous a complètement bluffés : il a pris le virage en tête-à-queue et il est déjà loin devant. Il ne reste plus qu’à attendre le prochain concert, le prochain album (mais oui déjà, pourquoi pas ?) pour qu’il nous surprenne encore.

Isabelle Delaby

Documentaires :

Erreur : Référence incorrecte (Attention aux espaces !)

Quelques albums :

Fela Anikulapo Kuti

 

 

selec