Le texte qui suit est une réaction à un article paru dans Le Soir du mercredi 11 janvier 2006. Article qui traite du conseil musical qui se développe sur Internet, via divers « moteurs de recherches » et qui fonctionne par identification statistique d'affinités culturelles …
J'ai lu avec intérêt votre article « Dis-moi qui tu
aimes, je te dirai qui écouter ». Bien sûr, je connais
ces nouvelles pratiques de conseil par affinités que gèrent des
programmes statistiques, et nous les étudions de près à
la Médiathèque. Si vous ne manquez pas d'indiquer les faiblesses
de ce système. Je voudrais néanmoins soulever un problème
lié à ces pratiques et qui n'est peut-être pas assez examiné.
Les suggestions que la machine fait sur base d'un nom de groupe introduit ne
correspondent quasiment jamais à quelque chose de proche et de différent
à la fois. C'est le « même » qui est proposé
selon des variantes, des proximités variables. Ce qui est recherché
est bien la reproduction d'un plaisir déjà éprouvé.
La confirmation d'un type d'émotion familière. On peut y voir
à l'œuvre les techniques éprouvées du commerce qui
reposent sur la rentabilité de recettes éprouvées :
on vend toujours le même, l'habillage change. A y regarder de plus près,
on renvoie vers des noms de groupes déjà connus, on tourne dans
la même zone, il y a peu de surprise et peu d'ouverture. Les « galaxies
musicales » offertes à l'amateur de musique sont dépourvues
de notion historique, de filiation, de mise en perspective, de confrontation
ludique avec des choses parallèles mais différentes, bref, ces
« galaxies » sont très timides, très sages
et peu cosmiques ! Elles s'intéressent peu à l'éducation
des publics, à l'émancipation des publics à l'égard
des goûts dominants. Pourquoi, à propos de White Stripes, ne pas
renvoyer à Billy Childish (influence majeure revendiquée par le
groupe) ou à une entité comme Old Time Relijun qui a fort à
voir au niveau de la démarche, mais avec plus d'intégrité
et d'âpreté ?
Ces pratiques de conseil se veulent certes indicatives, elles sont amusantes.
Ne pas en dramatiser l'impact ne doit pas conduire non plus à en minimiser
leurs effets sur le profil culturel des consommateurs, car aujourd'hui, plus
rien n'est innocent. La logique « dis-moi qui tu aimes, je te dirai
qui écouter », au fond, risque d'enfermer les publics dans
leurs goûts déjà établis. On peut, de la sorte, cloisonner
des publics selon ce qui ressemble fort aux stratégies commerciales de
segmentation.
Or, si la culture doit jouer un rôle d'information critique sur l'état
du monde, un rôle dans la formation de schémas mentaux indépendants,
autonomes, si la culture doit ouvrir les mentalités par la confrontation
à la différence, à l'altérité, à la
diversité, elle ne peut pas exploiter le goût des publics de manière
mercantile. Elle doit ouvrir le jeu social de la formation des goûts et
des couleurs, permettre des évolutions, faire bouger les repères…
Se confronter à des œuvres que l'on ne connaît pas, à
des esthétiques différentes, sans pour autant en arriver à
les aimer, cet exercice est primordiale. A partir des préférences
des uns et des autres, réussir à conseiller des cheminements progressifs
vers plus de diversité, est certainement plus constructif pour le devenir
de la diversité culturelle. Et ce souci devrait être inscrit profondément
dans l'élaboration de tous les aspects du conseil culturel, si l'on veut
que notre ralliement à la Convention de l'Unesco signifie quelque chose
et s'inscrive dans un projet de société.
A côté des sites privés qui pratiquent ce conseil par affinités,
il faudrait développer un service similaire, plus structuré et
plus ambitieux, régi par une philosophie non-marchande. Les pouvoirs
publics doivent investir les fonctions de passerelles culturelles sur le web.
Au niveau des matières musicales, notre Communauté française
est dotée d'une « institution ressource » unique
en son genre : la Médiathèque ! De par son patrimoine,
ses techniques de prospection, la formation continue de son personnel, elle
a toutes les compétences et les connaissances pour monter un « moteur
informatique de conseils » unique au monde qui pourrait faire briller
notre Communauté internationalement. Cela nécessiterait un ordre
de mission spécifique et un financement adéquat pour formater
cet outil, le mettre en route, l'alimenter…
Pierre Hemptinne
Attaché Direction Général/ Médiathèque
" Le Discobus 3 n'a pu circuler ce dimanche 12/2 et est en réparation ce lundi 13/2 : pas de stationnement à Ath, Antoing, Leuze et probablement Mouscron . .
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