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DU COQ À LÂNE DANS L'AIR DU TEMPS... COMMENT L'HABITER ?

 

Le livre de Chloé Delaume, J’habite dans la télévision, est un bel objet pour une collision frontale avec l’air du temps. C’est publié dans la collection Verticales/phase deux, septembre 2006, 169 pages. Comment la télévision crée-t-elle du temps disponible dans les cerveaux au profit de Coca-Cola ? Chloé Delaume veut en avoir le cœur net et elle se soumet corps et âme aux flux du petit écran. Elle se fait « versuchspersonen », soit sujet d’essai, pour reprendre une terminologie du docteur Mengele. Une enquête dans la dimension délétère du neuro-marketing. Elle brasse des références que nous connaissons tous de près ou de loin, qui nous traversent à un moment ou l’autre même si nous nous tenons éloignés des programmes. C’est contagieux. Le texte, truffé de citations cryptées - mais entendues à la télé -, flirte avec les zones floues de la culture téléréelle, fait la part belle à ces surprenants savoirs encyclopédiques des jeux, savoirs inutiles mais qui envahissent le cerveau pour mieux le vider… Ce sont des éléments tellement collectifs, répandus dans l’imaginaire collectif actuel que, dans les premiers moments de lecture, ça fait drôle ! L’écrivain s’approprie des histoires que l’on s’imaginait personnelles, relatives à notre espace intérieur, intime. De le voir écrire ainsi, on se rend compte à quel point il s’agit d’une « fiction collective » subie. J’habite dans la télévision est une fiction qui se présente comme un protocole où sont décrits les signes de l’addiction. « Tout corps plongé dans la télévision subit une poussée sadique chez le téléspectateur ». La perte de repères entre écran, cerveau, corps, pensées et publicités est flagrante, explosive. Il n’y a plus de distinction, de séparation. Où est l’air, où est le temps ? Amalgame glauque ! Ce n’est pas un film qui, une fois le postulat connu, va surprendre. C’est une lecture agréable, le style n’est pas quelconque et la conclusion devrait ‘bootser’ le schmilblick : « Je n’ai pas su protéger mon cerveau, son temps est aboli, il n’est que disponible. Mais au moins, voyez-vous, j’ai ma narration propre. Sachez sauver la vôtre avant qu’il ne soit trop tard. » Sujet d’essai happé dans la grille des programmes, Chloé Delaume, avant de sombrer, évoque Cronenberg (Vidéodrome), se raccroche à Gilles Deleuze… Une expérience qui pourrait inspirer une série télé, alimenter un script de téléréalité, dans une mise en abîme de nos relations au petit écran ?

Michel Gondry, dans La science des rêves - en salle actuellement - propose une narration qui lui est propre. Il y a ici une porosité entre le réel et le rêve et non plus une confusion entre réel et téléréel ! Porosité créative qui joue le rôle d’un moteur pour s’initier à la vie, expérimenter les contours de sa personnalité. La télévision est présente aussi, mais soit comme une lucarne bricolée, imitée, une machine à rêve complètement personnalisée, reterritorialisée (merci Deleuze !), ou alors, quand elle est montrée pour ce qu’elle est vraiment, est balancée à la flotte (Canal Saint-Martin). C’est un film plein de fantaisie musicale, même le visuel est sonore. Sans doute parce que Michel Gondry connaît les liens entre musique et images pour avoir réalisé des clips, notamment pour Björk. C’est une belle utilisation de cette narration onirique propre au clip à l’intérieur d’un long métrage bien structuré. Ce n’est pas un film renversant, mais très agréable, très bien fait, confortable. Charlotte Gainsbourg est tout à fait convaincante… Des emboîtements fantaisistes entre appartement de maman, appartement de la voisine, espace du rêve, lieu de travail, fantasmes du collègue, on ne sait plus qui habite qui. Un moment. Un happy end.

Justement à propos de Charlotte Gainsbourg. J’ai un doute. À propos du CD, « 5:55 ». Oui, j’ai bien vu, quand il est sorti (même un peu avant), elle était partout en couve. À la une. Magazines, quotidiens, radios, télés (encore la télé, elle nous ne lâche pas)… Je n’ai pas tout lu, mais je me suis dit, wouah, avec un tel ramdam, ce CD doit être une claque. Et puis vient l’écoute. Serais-je le seul à ressentir cette impression d’inconsistance ? (Si vous voyez ce que je veux dire, écrivez-moi). Inconsistance musicale et parolière. L’interprétation ne fait pas meilleure figure : le non-chanté, le faussement-chanté ne sont pas faciles à maîtriser. Cela ne semble pas le cas. Les musiques et les arrangements sont hantés par le faux « n’importe quoi » de Serge Gainsbourg. Sauf qu’il y mettait du chic et du jusqu’auboutisme méticuleux. Ici, ça semble vraiment n’importe quoi. Mais je vous ai dit, j’ai un doute, j’ai forcément tort quand autant de journalistes spécialisés ne semblent pas avoir flanché. Est-ce un CD concept, en phase avec l’air du temps ? Air du temps de plus en plus évanescent ? Et si je me passe le CD en boucle durant 22 jours, non-stop, comme Chloé Delaume a regardé la télévision durant 22 mois, vais-je habiter cette musique, ce concept sonore en phase avec l’air du temps ? Ces chansons vides, juste hantées d’absences et de ratages reposent-elles sur une stratégie pour donner envie d’aller les squatter ? Faut-il y entendre aussi la petite musique du neuro-marketing ? Tout est possible. Et quelle est alors la marge de manœuvre de mon libre arbitre ? Qui l’habite encore ?

PH

 

À REGARDER , À ÉCOUTER

HUMAN NATURE - VH6841

Michel GONDRY

VO AN st.FR. Durée : 96'.
DVD, en AN, FR, st. FR.
STUDIO CANAL DVD, 2001, Etats-Unis.

Où emprunter, détails...

LA LETTRE - VH6841

Michel GONDRY

VO FR st.AN. Durée : 13'.
DVD, en AN, FR, st. FR.
STUDIO CANAL DVD, 1998, France.

VIDÉODROME - VV3742

David CRONENBERG

VO AN st.FR. Durée : 88'.
DVD, en AN, FR, AL, st. FR, AL, AR, BU, HE, AM.
UNIVERSAL, 1982, Etats-Unis.

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CINÉMA (COFFRET 6 CD) - HD3646

Gilles DELEUZE

Pochette HD3646.

GALLIMARD - A VOIX HAUTE, 2006. Enregistrement 1981-1984.

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5:55 - NG0413

Charlotte GAINSBOURG

BECAUSE MUSIC, 2006.

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Voici un documentaire épatant qui ouvre un espace créatif entre réalité, images, narration, caméra:

5 OBSTRUCTIONS - DVD ­ FIVE OBSTRUCTIONS - DVD - TW8301

Pochette TW8301.

VO DA st.FR. Durée : 85'.
DVD, en DA, st. FR.
FILMS SANS FRONTIERES, 2003.

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2 CD du genre nécessaire pour un contact quotidien avec d’autres types de narration sonore:

THE FLOOD - XW878K

WOODEN WAND & THE VANISHING VOICE

Pochette XW878K.

TROUBLEMAN UNLIMITED, 2006.

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BLUTCH ADVENTURE 1-5 - XB626S

BLUTCH

Pochette XB626S.

LAMA! RECORDINGS?, 2006. Enregistrement 1999-2004.

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2 chansons (vieilles) dans l’air du temps (?):

VOL.5: L'AGE D'OR (1966-1967) - NF2922

Léo FERRÉ

BARCLAY, 1989. Enregistrement 1966-1967.

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LE MONDE BOUGE - NB2204

François BERANGER

M10, 1974.

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