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Table ronde sur la musique contemporaine


MUSIQUE CONTEMPORAINE OU MUSIQUE D'AUJOURD'HUI ?

Le 10 mars 2007 se tenait à Bruxelles une table ronde sur la musique contemporaineorganisée dans le cadre du Festival Ars Musica.

 

Un paysage éclaté
Le concept de musique contemporaine continue à faire naître bien des interrogations dans le chef du public comme dans celui des créateurs. Il apparaît cependant clairement que ce qui faisait la « musique contemporaine » il y a 20 ans, n’a  plus de rapport avec ce qui se fait aujourd’hui. Si d’emblée est écartée la musique de masse, formatée, commercialisée et consommée comme un produit, l’influence de cette musique sur les compositeurs est indéniable. L’accès à une culture mondialisée, vecteur de nouveauté, modèle la création aujourd’hui. Faut-il pour autant dresser des listes d’exclusion et ne garder dans le registre de la musique contemporaine que la musique absolue n’ayant d’autre sujet qu’elle-même ?
Il est difficile de dégager de grands courants stylistiques comme c’était le cas antérieurement. Quelques tendances se dessinent mais la règle générale s’avère être une recherche personnelle voire solitaire.

La relation au passé s’affirme dans le Post-modernisme qui consiste à s’emparer de ce que l’on aime dans le patrimoine sonore des siècles pour en faire son propre miel, pour le meilleur ou pour le pire.
Le Spectralisme a bénéficié des apports de l’informatique dans l’analyse du phénomène sonore amenant une nouvelle réflexion autour de la consonance. L’usage de la dissonance pour contrer les effets du chromatisme n’est plus à la mode.
Malgré la polémique qui peut surgir des relations que les compositeurs entretiennent avec le passé, que ce soit en tant que filiation ou comme réaction, il semble impossible de faire table rase de ce qui fut mis en place avant l’an 2000.

Les outils s’offrant aux créateurs sont eux aussi beaucoup plus nombreux: électronique, informatique, réseaux de communication comme Internet, instruments, nouveaux médias.
La maîtrise de ces paramètres se pose comme une nouvelle donne au problème, bouleversant aussi le rapport à la source sonore.
Qu’est-ce qui fait musique ? Les objets sonores se taillent une place de choix dans la création actuelle dans une multiplicité affolante de possibles.

Le continent asiatique semble vouloir offrir un re-départ aux musiques occidentales faisant fusionner instruments traditionnels et langage tonal. La dynamique se produit dans un  aller-retour vers l’Europe qui découvre un patrimoine où puiser de nouvelles expériences.
Comment se situent les compositeurs dans cet espace de culture à l’échelle de la planète ? Comment suivre son chemin personnel dans ce trop plein d’information, dans le bruit permanent ?
Face à ce que certains ont appelé « Le Grand Bazar » c’est-à-dire notre culture atomisée, être un créateur aujourd’hui se révèle très dur.

Un public de confiance
Les différences notables qui ressortent d’une étude menée auprès des auditeurs fréquentant le Festival Ars Musica tendent à démontrer que la musique contemporaine attire un autre type de public que les concerts généralistes. Si la proportion d’hommes est légèrement supérieure à celle de femmes pour un public plus jeune qu’ailleurs, ce qui fait toute la distinction est une connaissance de la musique plus développée. Plus de la moitié des auditeurs ont suivi un enseignement musical en école de musique et tout autant ont une pratique musicale régulière. Ce public est attiré principalement par le programme et suit la programmation. On peut à proprement parler ici de relation de confiance.

Comment aborde-t-on la musique contemporaine ?
En l’écoutant. Cela semble simpliste mais l’expérience sensorielle est ici primordiale. Le plaisir du son, l’émotion ressentie à son contact, avant toute tentative de rationalisation, représentent la première rencontre entre l’auditeur et un univers sonore neuf. L’assimilation de cette nouveauté n’est pas immédiate, il faut du temps pour pénétrer l’inouï. Ceci constitue un écueil dans le mode de fonctionnement actuel où la surabondance ne permet plus de prendre le temps de la découverte : il faut picorer tous azimuts, quant à approfondir…
La transmission de ce vécu passe aussi par la relation humaine : on peut être initié par d’autres à ce nouveau plaisir. Partage, médiation : plutôt que d’aller à la musique contemporaine ne pourrait-elle pas venir à nous ? Sans sa présence dans les médias (radio, télévision, salles de concerts), comment la découvrir ? Le travail de La Médiathèque mettant à la disposition des emprunteurs l’actualité discographique dans ce domaine suffira-t-il à mettre le public en contact avec le travail des compositeurs ? L’enseignement offre-t-il aux jeunes les outils pour entendre cette musique dans laquelle ils ne sont pas immergés en permanence ? 

Les acteurs de la médiation
Les interprètes de la musique contemporaine sont les principaux médiateurs entre créateurs et public. Ils se trouvent généralement dans la situation très particulière de pouvoir travailler avec le compositeur, étant parfois associés au processus d’écriture. Lorsqu’une question se pose que ce soit à propos de la notation, de l’interprétation ou des intentions de l’auteur, la réponse arrive, vivante. C’est à ce niveau qu’apparaît en tout premier lieu la nouveauté. Cette terra incognita à explorer ne va pas sans la remise en question des acquis: il faut réinventer sa pratique instrumentale dans tous ses aspects. Attitude exigeante au plus haut point qui confine au parcours initiatique, l’interprétation de la musique contemporaine offre aussi aux musiciens un espace de liberté et de créativité exceptionnelle qui permet au métier de musicien d’évoluer en se ré-inventant. Cette mutation suit de près les exigences des progrès techniques notamment dans la prise de son, l’amplification ou le retraitement du son par l’électronique en direct. Cette polyvalence de l’interprète tend à se doubler d’un rôle éducatif dans le cadre des concerts commentés. Cet autre aspect montre à nouveau le souci de communiquer, de partager à la fois un savoir et un plaisir avec le public.

Une complexité nécessaire ?
La question est revenue, lancinante. Le terme est à comprendre dans son acceptation détournée: complication. Toute œuvre d’art est complexe par le contenu qui est le sien et les éléments différents qu’elle rassemble. Par contre, la notion de complication fait ressurgir cette nécessité d’approfondir l’écoute d’une œuvre neuve pour entrer dans son mystère. L’oreille a besoin de temps pour comprendre ce qu’elle n’a jamais entendu. Ce qui est immédiat dans la découverte en musique contemporaine, c’est la surprise et non la compréhension. Etre surpris est autant le souhait du compositeur que de l’auditeur. Toute la différence réside dans les moyens mis en œuvre pour créer cet étonnement à partir d’éléments connus reflétant la subjectivité du créateur.
La notation musicale représente une des grandes difficultés de la reproduction de la pensée du compositeur. Comment, par le biais d’un langage codé, transmettre clairement à l’interprète les informations qui lui permettront de faire entendre une vision intérieure ? La musique contemporaine serait-elle avant tout une musique difficile à écrire et à lire ? Du point de vue du compositeur, la question de la complexité reste du ressort de sa cuisine personnelle. Il arrive que le discours déployé autour de la musique soit plus compliqué que la musique elle-même.

L’oreille en péril
Dans un monde baigné dans un bruit ambiant permanent, le sens de l’ouïe risque de se détériorer menaçant ainsi notre capacité d’écoute. La musique est un art plus fragile qu’il n’y paraît. Les compositeurs sont de plus en souvent amenés à s’interroger sur les modes d’écoute et de diffusion de leur musique. A nouveau l’informatique joue un rôle important dans ce questionnement comme c’est le cas pour les concerts en temps réel diffusés sur Internet.

La diversité
On y revient par tous les chemins. Ce terme est celui qui caractérise le mieux notre société. Cet univers des musiques impose une remise en cause des expériences d’écoute, faisant bon accueil à des savoirs-faire divers, à des genres variés, à des publics variés.
lIl reste encore à amener ces musiques vers ces publics par un travail de sensibilisation et de mise à disposition. Les compositeurs sont aujourd’hui plus que jamais à l’avant-garde de la création musicale par leur vision humaniste, une vision qui embrasse culture globale, maîtrise des technologies et recherches esthétiques.

Cette journée de réflexion qui fut une occasion rêvée de faire le point sur la musique d’aujourd’hui, d’en contempler les multiples aspects et de mesurer sa vitalité.
Anne Genette
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