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TÉLÉCHARGER AVEC LA MÉDIATHÈQUE


L’accès aux musiques est toujours à inventer, au fur et à mesure que les musiques s’inventent…

Pour ses 50 ans, et en accord avec son époque, la Médiathèque propose du téléchargement. Est-ce à dire que, pour nous, les technologies de ce que l’on appelle les « nouveaux accès aux musiques » viennent remplacer les anciennes pratiques comme celle du prêt physique ? Bien sûr que non ! Ce qui nous importe est de défendre une certaine philosophie, un certain type de relation curieuse et respectueuse des musiques et des artistes. Le téléchargement est complémentaire aux autres actions que nous menons pour conserver le droit d’accès non-marchand aux biens culturels: la prospection, la catalographie, la base de données libre de consultation, les centres de prêt publics, les conseils sur le terrain ou sur notre site. L’écart entre l’état réel de ce que sont les musiques aujourd’hui et ce que les grands médias désignent par le terme « musique » quand ils parlent de marché du disque et du téléchargement est de plus en plus énorme. Un sujet au journal télévisé de France 2 : « La musique se porte mal. L’avenir réside peut-être dans la vente via votre téléphone mobile. » Les images montrent Madonna et Johnny Hallyday. Voici un sujet journalistique qui, en trois minutes à peine, effectue une réduction brutale de ce que sont les musiques et de ce qu’est l’accès aux musiques.

Le téléchargement n’est pas la panacée. Une technologie est ce que l’on veut en faire. Pour les majors qui investissent dans le téléchargement, celui-ci est l’opportunité de rentabiliser, par toutes sortes de produits annexes, la consommation la plus compulsive des répertoires les plus rabâchés. Pourtant, aucune technologie ne délivre un accès immédiat à la culture, à la compréhension des œuvres de l’esprit. Elles ont besoin de temps, de compréhension, d’émotions, toutes choses qui doivent respirer, parcourir leur cheminement intérieur, former des connaissances, se partager. Les nouvelles technologies au service de la vitesse, vitesse qui finit par manger le consommateur et le contrôler plutôt que le satisfaire, comportent nombre de dangers pour les rythmes de vie de l’esprit. Il faut en user et se les approprier selon les voies de la critique constructive. (Lire : « Réenchanter le monde. La valeur esprit contre le populisme industriel. », Bernard Stiegler & Ars Industrialis. Flammarion, 2006). Le 23 octobre, Le Monde publiait une page sur l’état du marché du DVD, du piratage et du téléchargement de films. Même chanson que pour le marché de la musique : le perdant déclaré est le cinéma d’auteur. Ce n’est pas le téléchargement du dernier CD d’André Goudbeek (notre CD du mois jazz), ni des œuvres de Berio qui inquiètent le « marché du disque » ! Et l’on ne peut pas dire que les « nouveaux accès aux musiques » aient permis aux musiques de Goudbeek et de Berio d’augmenter significativement la quantité de leurs auditeurs. Ça se saurait!

Notre offre de téléchargement est un service complémentaire pour illustrer les fruits de notre prospection et expertise des musiques actuelles. À côté de notre patrimoine physique énorme, qui ne saurait être numérisé en tant que tel et qui est donc indispensable pour le contact avec une mémoire des musiques, les catalogues que nous proposerons en téléchargement permettront de s’informer autrement, d’illustrer notre base de données, de mieux expliquer et de mettre en avant des artistes, des musiques, des tendances, des courants selon leurs logiques historiques et leurs dimensions esthétiques. Dans la mesure du possible cette nouvelle offre sera encadrée d’explications, de conseils, voire chaque fois que possible d’un appareil critique conséquent et accessible. Nous ne balançons pas une nouvelle méga plateforme qui prétend combler tous les besoins de musiques ! Nous lançons un outil qui va évoluer. Avec vous, tous les amateurs de musiques qui nous fréquentent, mais aussi avec les musiques. Car l’émergence continuelle de nouveaux langages sonores implique d’adapter les manières de les présenter, d’en ouvrir l’accès aux oreilles de leurs contemporains. Il n’y a pas encore beaucoup de médiathèques qui proposent le téléchargement. Les tentatives sont timides. En franchissant le pas, la Médiathèque relève le défi : ne pas se conformer aux usages dominants d’une technologie, mais lui inventer d’autres futurs qui soient plus en harmonie avec une réelle défense des pratiques culturelles. À côté du téléchargement commercial, du téléchargement illégal qui lèse les artistes, à côté du «on trouve tout sur Internet» mais en ordre très dispersé, il y a la place pour une grande plateforme légale et non-marchande. C’est cela que l’on commence à construire. Visitez, parlez-en avec les médiathécaires dans les centres de prêt, dites-nous ce que vous en pensez, participez à cette nouvelle aventure…
PH

Ars Industrialis est une « association internationale pour une politique industrielle des technologies de l’espri t». Son programme est de contribuer à « réenchanter le monde avec la valeur esprit, par son augmentation et contre le populisme industriel ».

Consulter: www.arsindustrialis.org