CD du mois / Rock : un extrait sonore de chaque plage sur
notre site, CD disponible dans tous nos centres de prêt.
K, 2005.
Deuxième album de Calvin
Johnson. Ce n'est pas un débutant. En 1983, on le repère dans
Beat Happening (quatre albums). Il anime The Microphones (six albums) et Dub
Narcotic Sound System (cinq albums). Il fonde le label indépendant
« K », une centaine de références pour la
plupart présentes à la Médiathèque. Au passage,
il publie un des meilleurs albums de Beck,
One Foot on the Grave (1994), dans lequel il chante. Il est aussi
aux côtés du légendaire Daniel
Johnston. Il sait ce qu'il veut et il le dit dans un concept clair :
International
Pop Underground. Une alternative à la globalisation rock de
surface.
Il est doté d'un organe exceptionnel ! Une voix de crooner caverneux,
pleine de cicatrices. Presque trop grave pour être modulée !
Elle peine à voler, surchargée de mélancolie. Les mélodies
semblent à mobilité réduite aux articulations paralysées.
Sa tessiture très basse réveille ses fêlures mâles
et il trouve alors les moyens d'une fascinante souplesse. Sa musique est un
théâtre d'ombres de vieux restes sentimentaux, des traumas jazz,
gospel, folk, rock'n'roll, soul, blues. Et puissante, la marque d'un work
song, chant d'esclave, percussions sommaires de chaînes, orgue tremblant
qui rêve d'évasion. Il arrange ces éléments avec
un sens très esthétique, un maniérisme habité, dandy.
Des chansons prières qui connaissent des apnées. Des chants entourés
de nuit. Chaque morceau développe un climat particulier (précieux,
déphasé, furieux, amoureux, joueur) grâce à des orchestrations
pleines de finesse. Sérénade barge martelée aux pianos
psychédéliques, passage de geishas, chœur d'anges. Raide
et allègre chevauchée, guitare allumée, ébouriffée
croisant un orgue qui miaule in the mood, droit dans le mur. Fugace
montée de larmes de basson et clavier dans le final de I am Without.
Furtives et grisantes sirènes de délivrance qui déchirent
l'opacité. Pour servir le thé, incroyable ballade lunaire aux
subtiles consonances indiennes. En égrenant ces perles et en claquant
des doigts, Calvin Johnson se vide les tripes sombrement. Presque froid, élégant.
«What Was Me», XJ630A
XB241G , XB241C , XB241D , XB241E , XB241F , XD907X , XD907Y , XD907Z , XM524K , XM524L , XM524M , XM524P …
PH
DIGITALIS INDUSTRIES.
Livré avec la chaleur et le souffle des enregistrements de salon, cet
album dévoile la tranquillité, la réflexion et la pointe
d'amertume des repos domestiques. Des échos de musique folk, dans le
chant guttural - présent uniquement sur Palla With The Cattle
-, dans le jeu de guitare, se fondent dans une mise en forme psychédélique.
La technique d'enregistrement que l'on imagine rudimentaire procure à
la musique une qualité d'espace et de proximité absente des captations
de studio. C'est la guitare acoustique, placée au premier plan, qui incarne
la personnalité de l'artiste. Son discours chuchote, musarde, répète,
médite comme le fil d'une pensée intérieure un peu troublée.
Plus profond dans le spectre sonore, on discerne des sons tenus, quelques percussions
tonales, une sorte de décor, reflet diffracté, amorti, du monde
extérieur. Le chant des oiseaux enjolive les notes aiguës de In
The Fields , une guimbarde y passe loin dans le décor, l'électricité
magnétique perturbe par contre On the Sea of the Eye of the Sky.
Keijo
est un musicien finlandais, basé dans le Nord à Jyväskylä,
il est âgé d'une cinquantaine d'années. «Nous
sommes des petits fragments» déclarait-il dans le numéro
250 du magazine The Wire. «Avec des instruments de musique, on peut
créer un certain espace et en devenir un peu plus partie prenante.»
D'autres musiciens, ailleurs dans le monde, sont sur la même longueur
d'ondes que Keijo :
Six Organs of Admittance : « Compathia » (Holy Mountain,
USA, 2003) – XS427T
L : « Holy Letters » (VHF, USA, 2004) –
XL000O
Ignatz : « Ignatz » (K-raa-k, Belgique,
2005) – XI165A
Ils sont nombreux en Finlande à explorer sans barrières
les paysages des musiques libres et personnelles. Découvrez dans nos
collections Kemialliset
Ystavat, Avarus,
Lau
Nau, Es,
Islaja,
Kiila,
Paavoharju,
Ville
Leinonen…
JGM
V2 DVD, 2005.
Le « modfather » comme on l'aime, c'est-à-dire,
batailleur, inspiré, piochant dans le grand dictionnaire du rock et de
la pop, en se permettant d'y inscrire de nouvelles définitions !
Avec des partenaires entièrement dévolus à sa cause, le
chanteur, guitariste et compositeur montre qu'il en a largement sous le pied,
pilotant avec précision, dosant la pression sur le champignon, avec toute
la finesse qui le caractérise. Bref, tous les apprentis conducteurs peuvent,
la queue entre les jambes, rentrer au garage ! Mod way of life !
LC
FAT CAT RECORDS, 2005.
Avey
Tare, Panda
Bear, Geologist
et Deaken, les quatre têtes pensantes de ce combo new-yorkais avant-gardiste,
sont décidément des empêcheurs de tourner en rond !
Grand puzzle en trois dimensions, ce septième album foutraque et lettré
fait cohabiter, sans se soucier des antinomies, pop parfaite, orchestrations
enlevées, accidents multiples, harmonies en escalier et dérives
expérimentales. Une fois la dernière pièce posée,
au bord de la crise de nerfs, couvert de sueur, vous contemplez perplexe cette
œuvre unique, gratifiante et vous esquissez un incommensurable soupir de
soulagement… Tentez l'expérience, vos neurones vont se régaler !
LC
WARP RECORDS, 2005.
De pop noire et d'atmosphères plombées, il est ici question.
De guitares, aussi, les plus furieusement audacieuses entendues depuis Slint
ou Tortoise,
se dévoilant en strates sobres ou répétitives, qui éclatent
subitement, en magma électrique aux relents psychédéliques.
D'émotions distillées avec soin, de violence larvée et
de sens de l'écriture, il faudra également compter et si le mot
« post rock » a encore du sens, en voici un des plus cinglants
exemples !
LC
SUB ROSA, 2005. Enregistrement 2004.
Il faut de tout pour faire un homme. De l'énergie, de l'intelligence,
des méandres. Tout y est : instruments et utilisation classiques
côtoient guitares saturées d'une part, paysages électro-acoustiques
ailleurs, electronica enfin. Mais s'arrêter là serait réducteur.
Le deuxième album du jeune français, produit par un label belge
(et pas des moindres) poursuit, il est vrai, dans la veine de Faux jumeaux
(chroniqué en son temps dans nos lignes : http://www.lamediatheque.be/bao/jazz_26.htm
), un mélange constant de genres, d'influences, de sonorités,
mais c'est sans parler de l'impression forte (et durable au demeurant) d'une
musique en mouvement, en perpétuelle réinterprétation de
ses codes, de son agencement. Qui grandit puis se change, fuyante : elle
tente de révéler sa vraie nature mais sans vouloir la soustraire
à une définition, à une période du temps ou de l'espace.
Macé
peintre impressionniste ? À petites touches défilent à
nos oreilles des motifs contredits ou appuyés par d'autres qui les précédent
ou les suivent.
Rentrez, rentrez dans ce corps-là : par sa singularité, il
est comme tous les autres, vraiment. Naviguez, naviguez… Pour quelles
surprises ?
MC
TOMLAB, 2004.
Un mot, juste : adolescence. Enfin, ai-je presque envie de dire. À
l'heure où tout, commercialement, tourne autour de cette période
de l'existence, où tout (et la musique ne fait pas exception) est fait
pour les jeunes, mais non par eux, dans un but inavoué
mais mal dissimulé de les soumettre, de les conditionner pour leur vie
et leur épanouissement futur, Patrick
Wolf fait figure d'exception. Tout est là pourtant de la rock'n roll
star. Un mot rapidement sur sa biographie, le mythe qu'il essaie de construire
(ou que les maisons de disque essaient de construire, autour du personnage,
du produit) : fuite du cocon familial, errance, musique et gloire (enfin… ?),
le schéma est bien connu. Les paroles un peu naïves parlent de tout
ce qu'il est bon d'attendre : les amours douces amères, la solitude,
la révolte et même des formules chocs, à scander ou écrire
sur les bancs d'école (dans Bloodbeat
par exemple : My blood beats black tonight ! / No need for
comfort / No need for light).
Mais alors pourquoi donc Patrick Wolf est-il si différent des pops stars
qui peuplent les murs des chambres des adolescents ? C'est qu'il donne
l'impression de ne pas maîtriser ces paramètres, comme s'ils parlaient
pour lui sans qu'il ne s'en rende compte. En fait, son travail est ailleurs.
Il veut partir sur des terres inconnues, et y travaille, tantôt au violon,
tantôt à la guitare, au piano ou à la programmation. Finalement
ses chansons parlent d'autre chose et en ce sens sont tout sauf le stéréotype
de l'adolescence trop souvent véhiculé par la musique populaire.
Au fait, peut-être Patrick Wolf et sa candeur dérangent-ils ?
Serait-il quelque part par ignorance et implication dans sa musique (parce qu'on
sent malgré ses influences variées, une unité, une voix)
contestataire ? S'il est connu et adulé, c'est d'un petit
nombre. Son label, intéressant au demeurant (avec des groupes comme Xiu
Xiu, les
Georges Leningrad, Rafaël
Toral entre autres), n'est ni un major ni un label important à l'heure
actuelle dans le milieu pop-rock.
Qu'est-ce qui cloche et fait obstacle à cette gloire qu'on sent vouloir
poindre en lui comme une excroissance ? Son intelligence ? Cela ne m'étonnerait
pas. Cette qualité se retrouve dans ses compositions, complexes dans
leurs arrangements, leurs textures. Plaisantes, elles mélangent musique
électronique et acoustique. Il y a aussi des clins d'yeux qui ne trompent
pas (la chanson To
the lightouse, en référence au roman éponyme
de Virginia Woolf, tiens, tiens). Bref, si Patrick Wolf, du haut de ses vingt-trois
ans, est un adolescent, c'est au même titre que Serge
Gainsbourg ou Boris
Vian qui, par leur culture et leur curiosité, posaient à leur
manière un regard amusé et grave sur l'époque dans laquelle
ils vivaient. Crions-le sur tous les toits !
MC
COOKING VINYL, 2005.
Injustice, quand tu nous tiens ! La songwriter américaine n'a toujours
pas, sauf à nos yeux, la reconnaissance tant méritée !
Ce nouvel opus regorge pourtant de chansons solides, aux textes toujours aussi
expressifs, narrés d'une voix à la sensualité troublante,
à la fois soul et blues, qui vous arrachent des cris de désespoir
ou vous donnent un coup de fouet salvateur.
Sa reprise de Barstool
Blues de Neil
Young, magistrale leçon d'humilité, ne fait que conforter
tout le bien que nous pensions (déjà) de la belle… Alors
que des Sheryl
Crow ou Alanis
Morissette triomphent, il serait grand temps d'ouvrir les yeux (et surtout
les oreilles !) et de célébrer comme il se doit le talent
de Miss McKee !
LC
BELLA UNION, 2005.
Nos trois coloristes paysagistes redéfinissent inlassablement les territoires
de l'americana moderne. Une grosse couche de violon (fantastique Warren
Ellis), de subtils pastels de guitares (Mick
Turner, le Van Gogh de la six-cordes), des dégradés de percussions
(Jim
White, maître des tambours aériens), mêlés à
des piments de mandoline, banjo, cornemuse, orgue, ainsi que quelques signatures
vocales (Sally
Timms et Cat
Power) composent la toile de ces dix-neuf aquarelles lunatiques et mélancoliques,
à investiguer pleinement !
LC
les conditions de circulation pourraient être difficiles pour les Médiathèques mobiles ce week-end ; rendez-vos sur les blogs des Discobus 2, Discobus 3 et Discobus 4 pour plus d'infos
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