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Sélection du mois d'octobre 2005

 

Marissa NADLER

BALLADS OF LIVING AND DYING - XN015G

BEAUTIFUL HAPPINESS, 2004. Enregistrement 2003-2004.

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Nostalgie d'un autre siècle. La voix de sirène de Marissa Nadler, belle à briser nos cœurs de pierre, soulevée par une instrumentation acoustique (guitare, banjo, accordéon, clavier) sobre, sans âge, soufflant les mots de Pablo Neruda ou Edgar Allan Poe et les paroles de ses propres tourments.
(Pierre-Charles Offergeld, Liège)


NURSE WITH WOUND-IRR.APP. [EXT.]

ANGRY EELECTRIC FINGER 3 - XN953I

BETA-LACTAM RING RECORDS COMPA, 2005. Enregistrement 2001-2003.

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Musique magmatique et filandreuse. Bouillonnement abstrait, dense mouvement. Fusion d'où s'échappent quelques filaments plus clairs, des extensions indépendantes. Steven Stapleton fomente toujours de ces musiques cauchemardesques où tous les organes semblent l'objet de mutations en cours. D'allure électronique, ses musiques proviennent d'un travail fouillé de sources acoustiques et électriques. Il agrandit les détails, défigure les instruments, insuffle vie et rythme à ses créatures oppressées.
(Pierre-Charles Offergeld, Liège)


ONEIDA

THE WEDDING - XO326Y

CYCLE, 2005.

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Oneida (trio rock d'origine new-yorkaise) nous a prouvé par le passé qu'il pouvait être puissant, original, trépidant et inspiré autant qu'ensorcelé et pas toujours ensorcelant, notamment en concert.
Revigorant un « garage rock » lourdement psychédélique depuis 1997 - voir le dynamique, poisseux et très métallique Come On Everybody Let's Rock paru en 2000 sur le label Jagjaguwar, comme presque toute leur production - le quatuor, aujourd'hui trio, sort un album nettement plus frais et élaboré que les précédents. Plutôt que de précipiter les compositions en les bariolant de bruit, The Wedding éclaircit les orchestrations et met l'accent sur le chant. Le son est bon, moins touffu, les guitares toujours incisives et les clavier acides. Mais les arrangements de cordes et la qualité mélodique de la voix, beaucoup mieux placée que par le passé, donnent à l'album une dimension émotionnelle neuve et le sentiment que l'on peut y respirer.
Oneida ralentit (à peine) le tempo, développe les climats et semble tirer une part de son inspiration des meilleurs moments psychédéliques des années 70 : les Who, Love, Pink Floyd, Red Crayola... Chaque plage tranche sur la précédente et, curieusement, le tout s'emboîte malgré une diversité plus audacieuse qu'opportuniste.
The Wedding est l'éclaircie presque lyrique d'un groupe encore tout secoué par la foudre du rock orageux où il allait s'empêtrer.
(Pierre-Charles Offergeld, Liège)


TUNNG

MOTHER'S DAUGHTER AND OTHER SONGS - XT888R

STATIC CARAVAN, 2004.

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C'est un disque de bois vert, en dix chansons chaleureusement calmes et « simples », axées sur quelques accords de guitare acoustique et de banjo, détenant bien plus qu'un bout de ficelle de mélodie.
La voix masculine douce n'est qu'un des nombreux attraits de cet album. Une voix rappelant un peu l'intonation double de Simon & Garfunkel. La comparaison s'arrête là : pas d'angélisme, pas de sentimentalité exacerbée. Juste une voix onctueuse dont on se régale. Des paroles bien écrites.
Notre duo, encore un, s'appelle Tunng et provient semble-t-il d'Angleterre. Leur disque enregistré à Londres aurait pu être le trois-centième d'un genre usé jusqu'à la corde (de guitare acoustique évidemment) : la « ballade folk » ou même, d'un genre plus récent, le « folktronica ». Mais dans ce monde ultra prolifique qui, depuis Nick Drake a été réanimé bien des fois, monde auquel se rallient aujourd'hui pas mal d'électroniciens essoufflés, il y a encore et même souvent des perles.
Mother's Daughter and Other Songs en est une ! Un album qui débute par une petite espièglerie, un léger « pince-moi, fais-moi rire » dont le disque est en fait parsemé. Un chapelet de pétarades rythmiques légères qui accompagnent joyeusement ces mélodies vocales et instrumentales.
La plage 7,  Kinky Vans , c'est un peu l'inverse : une jolie débauche d'electronica organique fleurie de motifs acoustiques. On me dira, c'est le propre de ces dizaines de groupes d'user de tics électroniques pour vitaliser leurs chansons amorphes ou boiteuses. Rien à voir, ou presque. Ici le duo amène de véritables chansons, fortes de leur tendresse, si bien balancées qu'on pourrait les emmener sur la route sans rien d'autre que la voix et une guitare en bois.
Après dix écoutes je suis étonné, charmé par la noblesse musicale et la force tranquille de cet album harmonieux. Des arrangements sobres ou complexes, plaçant drôlement bien le son juste, le bon sample, la corde sensible ou la chiquenaude au creux de la gratte acoustique.
Un disque qui ne rassasie pas en une fois, mais touchera tant l'amateur de son que le collectionneur de chansons. Regardez la pochette, une nature vivante aux éléments intimement liés et distincts à la fois, émergeant d'un fond neutre.
(Pierre-Charles Offergeld, Liège)

Nous prêtons aussi des… BOOKS !

THE BOOKS :

Les Books aiment les mots. Leurs mots sont musicaux au même titre que les autres instruments. Dans leur premier album sorti en 2002, Thought for Food , les mots, les voix, les rires, tous les vocables émanent d'une insondable collection de samples. Ils sont choisis précisément et placés afin d'engendrer à chaque fois une dégringolade d'images sonores au sens voilé ou révélé, ou pour surprendre par leur drôlerie. Ces samples gardent tout leur impact car ils ne sont pas surabondants. Ils sont d'autant plus musicaux que les parties chantées sont inattendues, brèves et sont associées à d'autres types de prononciation et de langage.
Ce premier album passe beaucoup trop vite ! En 38'38'', sans précipitation, ni bourrage fatigant, il défile tant d'éléments, de sons, de brins de mélodie et d'éclats poétiques, que l'on se trouve un peu éberlué comme Alice au pays des merveilles . Mais pas de panique, ce n'est pas un de ces albums aux atmosphères enfantines, electropop, ou - mot qui fait peur - de musique expérimentale. Non, on est plutôt plongé dans une forme alternative de l'« americana ». Mais cette étiquette se décolle aussitôt qu'on essaye de l'imposer.
Et les instruments ? Omniprésence ou alternance de violoncelle, guitare acoustique, basse, violon et banjo entrecoupés de sons samplés.
Les Books sont un duo. Paul De Jong (d'origine hollandaise) est tombé dans son violoncelle à l'âge de 5 ans, pour ensuite triturer des bandes magnétiques dès l'âge de 13 ans. Nick Zammuto a abandonné sa carrière de chimiste pour chanter et prêter sa voix aux mots. Il joue principalement de la guitare et détient lui aussi une longue expérience dans le collectage de sons et leur sculpture.
Il aime enregistrer les ambiances de sa famille et tout particulièrement le rire de sa mère.
Leur musique est enracinée dans le folk américain, mais les espaces créés et les atmosphères qui s'en dégagent, défilent à la façon d'un road movie. Les plages sont vives et les scènes s'y déroulant ont une profondeur et un relief cinématographiques. L'étirement et l'introspection acoustique succèdent à des chansons pleines d'associations dynamiques et de changements de ton et de rythme. Un duo qui compose avec les instruments du folk et les sons de leur autobiographie, dans un esprit provocateur pop.
Le deuxième album, Lemon of Pink, est du même tonneau. Quelques samples ont été pêchés dans la société japonaise, suite à un voyage. La tonalité rurale américaine est confirmée et plus affinée. Le violoncelle est d'avantage soumis aux traitements électroniques. L'album est plus posé, le jeu acoustique (guitare, banjo) plus développé et les plages sont sucrées de sons trouvés avec autant d'humour et de finesse. Le langage, parfois incompréhensible, a toujours cette musicalité.
Un apport de taille est sans aucun doute la participation de la chanteuse à la voix bluesy : Anne Doerner.
Toujours sur le label Tomlab de Cologne, Lost and Safe paru en 2005, est assurément un des disques les plus curieux de cette année (toutes catégories confondues). Musicalement plus complexe que ses prédécesseurs, il mêle plus intimement électronique, instruments acoustiques et sons trouvés. Il est plus universel, de la hauteur et même de la distance ont été prises par rapport au style americana , comme un vol en ballon au-dessus et au-delà de cette société nord-américaine attachante et fêlée.
The Books : Lost and Found est un bond en avant dans la conception de la chanson. Le langage y est utilisé et perçu comme nulle part ailleurs. C'est un assemblage de phrases et de mots d'origines diverses, constituant des textes pleins de sens et de jeux sur la signification. Le chant fluide de Zammuto s'intercale sans peine dans ce montage romanesque. Son chant doux et dépersonnalisé ressemble à celui d'un narrateur au milieu d'une foule de personnages. L'album dans son ensemble se rapproche parfois des constructions semi-intelligibles d'Agf, cette « poem producer » originaire de Berlin est (voir XA215K , XA215L , XA215M , XA215N ).
Mais en lisant attentivement les paroles rassemblées dans le livret, on en décrypte petit à petit le sens, les doubles sens et aussi les non-sens. On croit traverser un livre musical, on réalise un étrange voyage initiatique rappelant l'ambiance et le ton d'histoires imaginées par Edgar Allan Poe ou même Rabelais. L'air de rien, ces Books nous abreuvent de leurs réflexions, poésie, descriptions, témoignages réels et courts discours surnaturels, par des histoires humoristiques, entre « science-fiction » linguistique et constat social dramatique amusant.
(Pierre-Charles Offergeld, Liège)

XIU XIU

LA FORET - XX250M

ACUARELA, 2005.

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 La Forêt , quatrième album studio de Xiu Xiu se pose comme un ambitieux opus de pop arrangée et orchestrée. Méfiance, méfiance : un tel programme peut faire craindre le pire ! Dans ce genre d'exercice de haut vol, pour un Mark Hollis ou un Scott Walker, combien de présomptueux Icares se brûlant les ailes d'avoir trop voulu regarder le soleil dans les yeux ? Même si ces onze chansons de pop expérimentale risquent d'être à la fois trop lyriques pour certains défricheurs de musiques en recherche et trop tordues pour les goûteurs de belles mélodies, c'est précisément dans ce grand écart assumé, dans cette béance revendiquée, que se blottit le cœur palpitant de cette musique. Une voix - celle de Jamie Stewart, qui n'est pas sans rappeler celle de Mark Hollis, justement - précieuse, précise et haut perchée, susurre puis, tout d'un coup, hurle, sans crier gare des textes autobiographiques jamais franchement roses. La musique qui combine électronique, violoncelle, harmonium ou vibraphone assume le déchirement des amours partagées - songwriting américain, electropop, musique contemporaine, beats techno, déflagrations électriques - sans jamais trop chercher à cacher ses points de suture. Un des « monstres » les plus humains de la pop contemporaine.
(Philippe Delvosalle, Dép. Fiction Documentaire)