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SÉLECTION DU MOIS DE JUIN 2007

 

CD DU MOIS

 

SLITS (THE)

CUT - XS497A

Pochette XS497A.

ISLAND REMASTERS, 1979.

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The Slits auront partiellement échappé à l’horloge de la décomposition grâce à l’engouement quasi collectif marqué au terme d’une réunion mensuelle réunissant des collègues de la Médiathèque.
Est déclaré disque de ce mois, une « œuvre » vieille de presque trois décennies.
S’engouffrant dans un mouvement punk relativement ouvert aux femmes (Siouxsie, Poly Styrene, The Raincoats, Blondie, Chryssie Hynde…), The Slits affichent une attitude très libre et féministe.
Connu autant pour sa pochette que pour la musique, on y voit dans un style amazone trois filles posant presque nues et couvertes de boue revendiquant leur détermination à se faire une place dans un milieu par trop sexiste. Grande révolution charnelle? Vertus aphrodisiaques de la musique? Les amateurs d’icônes marginales en seront pour leurs frais.
Stridence de la guitare fuzz, mugissements vocaux, rondeur de la basse dont les harmonies s’inspirent directement du dub.
L’album Cut fut produit par les mains expertes de Dennis Bovell, alors producteur de reggae.
À l’époque, punk et reggae étaient intimement mêlés, rapprochant ainsi les communautés blanches et jamaïcaines.
Le National Front (N.F) ainsi que le British Party (B.P) sévissaient déjà à l’époque, heureusement contrés par une campagne menée par le Rock Against Racism (R.A.R).
Cut est un album original et très punk dans la façon ‘foutoir’ de jouer rythmique complexe avec changements de tempo. Chant entre grondements et hululements. Association de la rébellion du mouvement punk avec une rage féministe.
Indocilité et insoumission au système (bien que signé sur une major) sont l’essence même du groupe.
Ensuite, The Slits vivront des moments tumultueux et mouvementés avec d’incessants changements de line-ups qui, brièvement, accueilleront Budgie, Prince Hammer, Don Cherry et bien d’autres.
Alain Bolle

Lire aussi, sur notre site, la chronique du concert des Slits, le 24 avril 2007 par Philippe Delvosalle.

 

CHRONIQUES

 

Eric MALMBERG

GÄTFULLA MÄNNISK - XM096K

HÄPNA, 2006.

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La Planète Sauvage, chef-d’oeuvre d’animation SF et conte philosophico-pop des années 70 réalisé par René Laloux et marqué par les illustrations surréalistes de Roland Topor aura laissé plus d’une trace traumatique dans la mémoire impressionnable des petites têtes blondes nées en cette époque lointaine. On se rappellera surtout de sa bande originale servie par la musique d’Alain Goraguer, une collection d’instrumentaux psychédéliques à l’inquiétant onirisme. Quelques décennies plus tard, s’inscrivant dans la lignée des Boards of Canada, Isan et autres producteurs de ritournelles à l’inconfort cotonneux, Eric Malmberg réactive de façon originale ce théâtre fantasmatique enfantin.
De nationalité suédoise et déjà croisé au sein du duo Sagor & Swing, Eric Malmberg a pris le parti d’échafauder ses compositions en exploitant toutes les ressources de l’orgue Hammond. Un « voyage à l’intérieur de la psyché humaine », annonce-t-il dans son communiqué de presse. Ses intentions se traduisent ici par une longue suite d’envoûtantes et mélancoliques rhapsodies à la clarté minérale et quelques effets sonores très ‘cosmic-pop’. Surtout, et sans chercher à en maquiller la source, il déjoue tous les clichés qui ont assombri la réputation de ce vénérable instrument depuis que certaines mains avides de virtuosité (principaux suspects : Rick Wakeman, Keith Emerson) ont eu la mauvaise idée de s’épancher sur son double clavier. Den Gätfulla Människan contamine les sens de l’auditeur et inscrit durablement dans son esprit ses thèmes à la poésie lunaire.
Jacques De Neuville
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DJ OLIVE

SLEEP - XD655T

ROOM 40, 2006.

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Beaux drones très amples, en bouffées, en volutes. La musique de Sleep par Dj Olive ne s’écrasera sur les murs d’aucune boîte de nuit. Elle se vit comme une large danse dans le temps et l’espace, la danse, semble t-il, des vents solaires. Elle se répand comme une vaporisation fertilisante, un voile doré déposé pour nous procurer un sommeil riche, un sommeil paradoxal animé de rencontres fragmentées.
Pierre-Charles Offergeld
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Jan JELINEK

KOSMISCHER PITCH - XJ372T

SCAPE MUSIC, 2006.

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Cosmique et pourtant inspirée par la nature terrestre luxuriante et vibrante d’imagination, la musique électronique de Jan Jelinek est nettement plus organique que par le passé. Les cordes, notamment, prennent racines dans des loops (boucles) enroulés comme le cosmos; une caisse claire, un vibraphone et d’autres mécaniques soulignent la dynamique de cette planète.
Pierre-Charles Offergeld
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Kazumasa HASHIMOTO

GLLIA - XH265B

MIDI CREATIVE, 2006.

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Encore un album qui réussit à nous prendre par les émotions. Il se déroule au Japon, comme les séquences d’un film au charme discret. Pourquoi me fait-il penser à Lost in Translation ? Un disque conçu comme un doux drame, mélange d’émoi, de joie intime, de gravité personnelle. Côté musique, les mélodies sont omniprésentes, les atmosphères évocatrices sont portées par des orchestrations acoustiques d’une grâce sans faille. Une oscillation équilibrée entre une instrumentation « vague à l’âme » classique (piano, flûte, cello, clarinette), une tonalité pop directe (batterie, guitare), d’imperceptibles clins d’œil électroniques. Ce Ruinruin par exemple, tout un univers avec un triangle, un peu de piano et de mellotron (échantillonneur ancien) et les craquements d’un vieux vinyle.
Un disque important à la Médiathèque, sur le label de Ryuichi Sakamoto.
Pierre-Charles Offergeld
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F.S. BLUMM

SUMMER KLING - XB623X

MORR MUSIC, 2006.

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Orchestrations acoustiques chatouillées d’électronique. Une électronique en filigrane, une prise de son dans l’intimité des instruments. Les compositions de Blumm sont tendres et chaleureuses. Les instruments s’éveillent sans se bousculer et sourient de tous leurs timbres, l’électronique profite de quelques interstices. Ni jazz, ni rock, ni electro-pop, c’est bien d’un monde à part qu’il s’agit. Une perception moderne de la musique instrumentale où la répartition des micros et l’accentuation des sons relèvent parfois des compositions qui flirtent avec la nonchalance et la nostalgie.
Une délectation d’instruments !
Pierre-Charles Offergeld
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Eric MALMBERG

GÄTFULLA MÄNNISK - XM096K

HÄPNA, 2006.

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Si Jean-Michel Jarre était resté simple, il aurait pu composer cette petite merveille à l’orgue Hammond. Ici, il n’y a pas de synthétiseur, seulement cet orgue manipulé avec beaucoup d’originalité. Les mélodies sont touchantes et les ambiances lunaires planent quelque part entre Air, Cluster, Tangerine Dream et Klaus Schulze. Ces mélodies immédiates dissimulent à peine un univers plus profond, celui du subconscient, source inépuisable de créativité et aussi de troubles de la personnalité.
Ce claviériste suédois a aussi commis plusieurs albums en duo sous l’appellation Sagor & Swing (XS019I, XS019J, XS019K, XS019L), déjà sur ce petit label voué aux musiques étranges et fragiles, Häpna.
Pierre-Charles Offergeld
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GROUPER

WIDE - XG897B

FREE PORCUPINE SOCIETY, 2006.

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Musique étalée et un peu immatérielle comme en provenance du sommeil, à partir de guitares acoustiques, de nappes électriques et de la voix éthérée de Liz Harris ramenée à une lueur.
Pierre-Charles Offergeld
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MOUNTAINS

MOUNTAINS - XM889R

APESTAARTJE, 2005.

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Quelques touches de clavier (velours et cristal), de guitares (sèche, bois, métal) de suite rejointes par des vagues de sons naturels ou imaginés comme tels (chant d’insectes, brise dans les arbres), rejointes aussi par une paisible et voluptueuse population de drones, ces bourdons d’instruments, ces fils prolongeant la vie des notes. Une lenteur, une clarté des strates musicales, une cohérence des enchaînements et une correspondance entre les sources sonores.
Une musique bienfaisante où les envolées mélodiques de la guitare semblent s’épanouir de la torpeur végétale de la première plage; le retour à la lumière verte, un scintillement d’instruments micronisés, les chauds craquements vinyliques de la dernière plage emportés vers l’extérieur.
Pierre-Charles Offergeld
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MNORTHAM

AUTOMNAL 2003 - XM672N

AND/OAR, 2006. Enregistrement 2003.

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La musique répartie en trois plages provient d’enregistrements réalisés en trois lieux lors des voyages de Michaël Northam en Europe et en Amérique du Nord.
Il s’agit de profondes abstractions évoquant les lieux, les sons concrets sont présents mais presque imperceptibles, c’est donc une invitation au calme, une sorte de méditation dans le respect de la vie sonore d’environnements naturels. Trois visions exprimées par des moyens électroniques simples.
Au Glacier du Trient, entre la Suisse et la France, se développe un doux faisceau de drones dorés. Une superposition de courants d’air et d’eau limpides vibrants, ruisselants de lumière comme l’atmosphère des Alpes. L’Eagle Creek dans l’Indianapolis résonne de tonalités plus graves, plus caverneuses. La nuit des insectes est plutôt rassurante alors que des percussions nocturnes ajoutent à l’inquiétante désolation du lieu. Troisième lieu visité par Michaël Northam, l’île Grosbois, sur les Basses Terres du fleuve Saint-Laurent au Québec, une réserve naturelle où s’étalent forêts et zones aquatiques. Des fouilles archéologiques ont permis de mettre à jour des sites préhistoriques témoignant de la vie des Amérindiens. La musique est sinueuse, sablonneuse, évoquant l’embouchure proche du fleuve. Granulosités et grésillements sonores naturels émanent des lieux indéterminables.
De manière générale, les drones me font penser à l’horizon. Une sorte de ligne très prolongée, ténue, un peu floue, pas fixe, incertaine et mouvante. Le drone comme l’horizon repose et suscite en même temps une sorte d’obsession du regard (ou de l’oreille) qui s’y perd en tentant de le saisir. Le drone est comme un fil reliant, un film posé sur un lieu. Il me fait penser à l’atmosphère terrestre, ce mince et vital contour.
C’est aussi une résonance des choses, une fine membrane perméable aux sons, une sorte de musique électromagnétique.
Pierre-Charles Offergeld
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CHARALAMBIDES

A VINTAGE BURDEN - XC272I

KRANKY, 2006.

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Chansons au ralenti délicatement fébrile, fragiles et pourtant vives. Blues spectral ne versant pas dans l’abstrait. Plus doux que triste, une renaissance après les pleurs. La guitare minimale et la voix fluide et naturelle de Christina Carter mêlées aux accords de la guitare de Tom Carter. Ces deux-là s’entendent à merveille pour composer des chansons où chaque note est essentielle, où le phrasé de l’un est intimement lié à la mélodie de l’autre. Les deux se balancent librement, côte à côte, sur la même balançoire. Il y a une relation amoureuse entre les deux jeux, et c’est ce qui nous donnait la chair de poule lors de leur apparition au België il y a quelques années.
Pierre-Charles Offergeld
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TUSSLE

TELESCOPE MIND - XT917B

SMALLTOWN SUPERSOUND RECORDS C, 2006.

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Un quartet californien à même de dégeler le pourtant déjà brûlant label norvégien.
Probablement un accès plus facile à ce label qui croise volontiers l’électronique expérimentale (Jazzkammer en tête) avec des productions de jazz d’avant-garde (Ken Vandermark, Mats Gustafsson). Ici rien de tel donc.
Rythmé et mobile comme du Can qui aurait croisé Le Grandmaster Flash de New York. Ce second album, fondé sur plusieurs batteries, une basse élastique, quantité d’objets percussifs et les lignes claires de synthétiseurs rappelant Cluster et Eno, traverse et dynamise les principales musiques rythmiques imaginées «à l’ouest» depuis trente ans. Avant la parution des deux premiers albums (le premier Kling Klang XT917A sorti en 2005) sur le label de Kim Hiorthoy (voir ce nom XH605), Matmos et Liquid Liquid s’étaient déjà payé une bonne tranche vinylique en remixant Tussle.
Pierre-Charles Offergeld
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Israël QUELLET

OPPRESSUM - XQ480A

Pochette XQ480A.

SUB ROSA, 2006. Enregistrement 2002-2005.

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Extrait sonore
  • Extrait (format MP3) Pour percussions et saturation, bruits de gorge

Une nouvelle parution chez Sub Rosa, le premier album d’Israël Quellet. Jeune musicien né en Suisse en 1972, Israël Quellet propose ici un hommage à la distorsion et surtout, à la saturation. Réalisé à partir d’enregistrement bruts, voire brutaux, d’objets familierset d’outils (une ponceuse, une citerne, des seaux vides) et de voix, ce disque est une exploration du close-miking. À ne pas confondre avec l’enregistrement au micro-contact, où le micro accompagne la vibration de l’objet, le principe est ici, comme son nom l’indique, de placer le ou les micros le plus près possible de la source sonore, avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur la dynamique de l’enregistrement et avec la saturation inévitable que cela suppose. Mais surtout, cette manière d’enregistrer entraîne un son avec très peu de réverbération et très peu de restitution de l’espace, la matière sonore, très proche de l’oreille qui l’écoute, semble l’entourer, l’enfermer. Le résultat est inconfortable, presque menaçant (après tout le CD s’intitule Oppressum). Les morceaux qui sortent de la cave où Israël Quellet réalise ses enregistrements sont sans concessions, sans ornementation, sans effets ajoutés (à l’exception de quelques mises en boucle, de quelques delays). Ils sont tout entiers contenus dans les titres des pièces: une date, un numéro de classement, un ou des objets (« 07-29 pour frappes sur citernes, percussions, voix ».) Pas d’explication, pas de recul, comme à l’enregistrement, juste l’impression de devoir écouter très fort, très près, sans interpréter plus, comme un document, une pièce d’Art Brut, une œuvre d’Arte Povera. Un disque surprenant dans son ‘obsessivité’, quelquefois proche du travail percussif de Z’ev, mais unique dans son aspect compulsif.
Benoît Deuxant
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ANTHOLOGIES GENERALES

ONLY IN AMERICA, VOLUME 2 - X 649V

Pochette X 649V.

ARF! ARF!, 2006.

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Extrait sonore
  • Extrait (format MP3) The evil dope

Deuxième volume de cette anthologie de la bizarrerie, Only in America est une collection de disques rares, obscurs et, en règle générale, uniques en leur genre. Dans la lignée d’autres compilations comme les excellentes Incredibly Strange Music de Re/search, ou Songs in the Key of Z d’Irwin Chusid, le collectionneur et raconteur Erik Lindgren se concentre ici sur un aspect bien particulier de l’«Outsider Music». Les gens rassemblés ici ne sont ni des psychopathes ni des marginaux, ce sont des gens ordinaires, dont la normalité serait presque banale si elle ne dissimulait un jardin secret. Derrière la façade se cache une arrière-cour remplie d’obsessions étranges, de discours aussi passionnés qu’incohérents, de lubies et surtout de velléités artistiques. Car tous ces gens normaux ont franchi le pas et sont un jour passé à l’acte en immortalisant leurs marottes, leurs manies et leurs phobies en les couchant sur vinyle. Car dans la plupart des cas, il s’agit plus d’une réelle profession de foi que d’un simple hobby musical. Remplaçant le moindre talent pour la composition ou l’interprétation par une énorme dose d’énergie et de conviction, les divers artistes présentés ici nous content leur amour pour les chiens de compagnie, les chants d’oiseaux, leur approbation des brutalités policières, leur goût ou leur dégoût pour les drogues, les hippies, les jeunes, les insectes…
Si ces artistes ont quelque chose de typiquement américain, comme le vante le titre de l’anthologie, il s’agit de la facilité avec laquelle on pouvait aux États-Unis, dans les années 60 et 70 (voire bien avant comme le montre le film O Brother, Where Art Thou?), enregistrer à compte d’auteur (mais à bas prix) le disque qui allait lancer une carrière, ou devenir l’œuvre d’une vie, la déclaration finale et définitive d’une vision artistique. L’«Amérique, pays des braves et nation des free-entrepreneurs» comme le rappelle le livret, a ainsi encouragé la production et la publication de tout et n’importe quoi, c’est-à-dire des merveilles et des trésors pour toute personne ayant le flair (et le goût) de reconnaître dans ces vignettes condamnées aux poubelles de l’histoire l’expression unique d’une voie qui (quelquefois heureusement) ne sera jamais suivie. Si la plupart des morceaux n’ont dû leur vie qu’à un vrai miracle, tant il était évident qu’ils n’auraient jamais pu exister dans un monde normal (et triste), cette anthologie prouve que, en marge des sentiers rebattus de la production musicale conventionnelle, tout peut encore arriver et que nous ne sommes pas au bout de nos surprises.
Benoît Deuxant
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