LES CD DU MOIS
V2 MUSIC, 2006.
Deltahead fait partie de ce genre de groupe où à première vue il n'y a pas grand chose à dire.
Imaginez simplement un duo suédois se partageant deux grosses caisses, une planche à lessiver, un harmonica, chant, guitare et thérémin.
Imaginez un couple scandinave dont l'expression est de résultat d'une immersion dans l'oeuvre de Bob Log III, John Spencer, Captain Beefheart, Tom Waits.
Imaginez un couple de suédois vomissant un blues guttural accompagné d'une sauce garage de son cru.
Imaginez un corps bicéphale livrant une ryhthmique primaire le tout martelé par deux grosses caisses donnant ainsi un côté fanfare de village irrésistible.
Imaginez un binome offrant du ludisme sur fond ultra basique et primaire.
Imaginez une mélodie country jouée sur fond de criquets et de grenouilles.
Imaginez un album dont une durée de 29 minutes joue en sa faveur.
Imaginez des textes faciles à reproduire car simplistes vous permettant d'improviser des karaokés lors de soirées imbibées.
Imaginez deux suédois malaxant une mixture alcoolisée de blues, de punk, de rockabilly et de rock garage.
Imaginez un duo refusant la pop de chambrette, toute sclérose artistique ou de se recroqueviller sur des symphonies de poche le tout vociféré sur le mode d'un manifeste générationnel vissé sur un univers burlesque.
Mélange d'hyperactivisme et de paresse artistique. Oeuvre cactus aux piquants pseudo subversifs. Pessimisme enthousaiste. A ECOUTER.
AB
TEMPORARY RESIDENCE LIMITED CO, 2006.
Voici un duo qui donne envie de croquer le vie à pleines dents.
C’est beau, libre et les breaks surprennent, virant presque au punk par moment.
Avec Rob Crow, qui avait déjà fait ses preuves dans Pinback en matière de mélodies accrocheuses, et Zach Hill qui, échappé de Hella, nous propose un jeu de batterie, free et dynamique qui laisse à peine le temps de reprendre son souffle, et donne un bon contre-pied au chant véritablement pop.
Ils se permettent même une plage finale de plus d’une dizaine de minutes pour parcourir mille et un aspects de leurs savoir-faire.
Bref, du math/free-rock-pop passé au shaker pour un cocktail vivifiant, à prendre matin, midi et soir pour une bonne santé physique et morale.
HG
CITY CENTRE OFFICES, 2006.
Dictaphone dessine les contours et la stratification du monde. D’un monde où l’humain et la culture se trouvent confrontés à l’accélération technologique, où l’on bascule sans cesse entre hier et demain. Le recouvrement temporel est aussi géographique, l’ancien et le moderne ayant leurs centres plus ou moins à l’Ouest. Contrastes d’une clarinette ou d’un accordéon surgissant dans l’univers sonore urbain, d’une bribe de dialogue de film survivant dans le brouillard digital. Le présent est construit de ces cohabitations et mouvements, d’avancées, de pertes, de souvenirs.
À l’aide de couches sonores hétérogènes, de voix furtivement volées, de souffles, d’interférences avec des pistes rythmiques fantomatiques constituées exclusivement de sons de cymbales et de grosse caisse, Oliver Doerell dresse une image sonore du monde occidental, ou allemand tout au moins, aux émotions et à la culture normées. Une image dans laquelle Roger Döring réintroduit doucement le paradoxe avec ses saxophones et ses clarinettes, qui servent d’abord à rappelerle jazz, le folklore d’Europe de l’Est, des émotions juste un peu plus intenses, mais qui peuvent aussi mimer le scratch et le dérapage. À deux, Doerell et Döring reconstituent une image de ces glissements sociaux, culturels, technologiques et temporels.
Vertigo II est une rondelle de plastique qui a capturé un monde. Quand on l’écoute, elle n’explose pas à la figure, elle laisse entendre discrètement des champs de force qui se « recombinent », des discours qui se rencontrent, se superposent ou, plus inquiétant, s’effacent. En plus de l’enchantement sonore qu’elle procure, elle active également les facultés d’analyse et de lucidité de l’appareil auditif.
Pour écouter encore de l’électronique qui capte les pulsations du monde moderne :
CITY SLANG RECORDS, 2001.
Ou du saxophone qui complète l’électronique :
SHITKATAPULT, 2002. Enregistrement 2001.
JMG
COLUMBIA COMPACT (SME), 1975.
Le Boss en pleine fougue mature salue ici le patriarche du folk américain. Pete Seeger, quatre-vingt sept ans, a traversé le siècle en cueillant littéralement tout ce qui s’est chanté tout en alimentant les luttes quotidiennes des petites gens des grandes terres d’Amérique. Ballades, gospels, chants de travail, chants de lutte, spirituals, blues, chansons satiriques: le répertoire des populations blanches et noires n’a pas de secret pour Seeger qui, le cas échéant, ajouta sa pierre à l’édifice. Springsteen connaît cet édifice dont il a souvent distillé quelques éléments indispensables au fil de ses concerts ou de ses enregistrements. Il est de ceux qui saluèrent Woody Guthrie ; il sait qu’il est temps de tirer son chapeau à Seeger et à cet immense répertoire qu’il a gardé en éveil. Alors, Bruce, plus jeune que jamais, s’amuse avec une bande d’excellents musiciens à donner sa version de treize chansons toujours traditionnelles mais toujours d’actualité. Un disque hors du temps pour une chanson vivante parce qu’elle rappelle l’histoire, parce qu’elle hurle les communautés vivant sur le sol américain, parce qu’elle crie qu’il existe une chanson dont le sens ne peut s’altérer. Une chanson secouée de guitares, de banjo, de violon, aspergée de cuivres, assaisonnée de claviers et d’accordéon. Une chanson où transpire le gospel, l’âme du Sud, la rage, l’espoir et le désespoir; mais une chanson qui décline des caractères forts, des histoires peu banales qui ont tissé la grande histoire, celle que banalisent les historiens. Springsteen réussit un coup de maître, un disque qui s’ouvre comme une fenêtre sur le paysage des musiques populaires: ces chansons venues d’Europe, ces hymnes revisités par les Afro Américains, ces ballades invraisemblables et dramatiques… sont là depuis des décennies, enregistrées par autant d’inconnus que d’artistes phares. Ces treize chansons existent déjà sur des dizaines, voire des centaines d’enregistrements, tous disponibles à la Médiathèque, tous intéressants à comparer pour comprendre comment une tradition évolue, comment elle s’achemine vers le répertoire d’un chanteur hyper connu qui n’a qu’une envie: les faire découvrir à son public. Et il y arrive le bougre. Magistralement. Sachez que vous trouverez plus de trois cents versions de John Henry à la Médiathèque, plus de cinquante versions de Shenandoah, plus de soixante versions de We Shall Overcome, plus de cinquante versions de Jesse James, plus de cinquante versions de Jacob’s Ladder…. Et ainsi de suite.
EB
FAT CAT RECORDS, 2003. Enregistrement 2001-2002.
Un joueur sénégalais de kora (Abdou M’Boup ex Tom Tom Club) et le chant de Christian Dautresme ajoutent de nouvelles tonalités à cette formation qui ne cesse de reformuler une sorte d’afro jazz aussi divers que raffiné. En provenance de Chicago (cf. Rob Mazurek, Doug Scharin, Adam Pierce, Joe Goldring et bien d’autres), ils jouent une musique dorée au plus chaleureux croisement des genres, alternant ou mélangeant les atmosphères tribales et les mises en suspension les plus planantes, dans un continuel élan de volupté instrumentale. Un disque pour l’été avec un titre très évocateur…
REPHLEX, 2005.
Petites musiques rythmiques et « mécanoïdes ». Instruments hors norme, conçus et robotisés par le musicien. La musique singulière de Pierre Bastien risque bien de n’énerver personne, car ses rythmes sont tout naturels…
YOUNG GOD RECORDS, 2005.
Chansons mélodieuses, prononcées doucement d’une ou deux voix claires sur des rythmes lents et une instrumentation « folk acoustique » idéalement simple et chaleureuse. Souci du détail instrumental, qualité de l’enregistrement et de la production. Mi and L’Au est principalement un duo féminin/masculin, déniché au fond de sa Finlande pour notre plus grand bonheur par Michael Gira (qui est le lieder d’Angel of Light et de Swans, entre autres).
QUECKSILBER, 2005.
Quatre femmes (AGF, Ryoko Kuwajima, Kaffe Matthews et Eliane Radigue) croisent à distance leur langue et leur vision musicale électronique. Une affirmation poétique, lyrique, et digitale d’une
musique électronique en perpétuelle transformation. Un album bien produit par Vladislav Delay, le Finlandais dont les albums sont toujours à l’intersection géniale entre minimal dub/house et
technique expérimentale.
RECREC MUSIC, 1981-1984.
Groupe suisse. Folklore dada, sens de l’absurde et du grotesque au sein d’orchestrations vivifiantes, pleines de cordes et de vents. Musique européenne imprégnée par les Balkans, textes poétiques francophones décoiffants et drôles…
Sept à neuf musiciens spécialistes des mélodies à danser et de la virtuosité pince-sans-rire, épris de jazz et de rock débridé. Ils se sont éparpillés notamment dans l’ Ensemble Rayé et dans Nimal, aux côtés de Tom Cora (violoncelle) et Bratko Bibic (accordéon slovène).
Le jeu de piste ne s’arrête pas là : voir aussi les labels RecRec et Ayaa pour ne citer qu’eux.
UN ARBRE EN BOIS, 2004.
Vous êtes inclus dans un ameublement imaginaire redessiné par Pierre Gérard à partir des sons de son appartement.
Déménagement discret, mystérieux, la vie à pas de souris passe d’une pièce à l’autre, se penche par la fenêtre et file de drôles de textures sous la moquette.
A BRUIT SECRET, 2005. Enregistrement 2003-2005.
Relations entre Blues et musique électroacoustique analogique.
Eléments «bruts», dissimulés de guitare acoustique blues dans les mains de Bruce Russell, de parties de sitar improvisées par Ralf Wehowsky. Traitements et manipulations des bandes analogiques sur lesquelles ces loops de blues ont été enregistrés.
Résultat un très singulier « blues de l’homme blanc où la nostalgie des racines infuse ».
QUECKSILBER, 2004.
La fine fleur d’un microcosme électronico-urbain aussi fluide que granuleux; suivie d’une pièce électroacoustique aussi amusante que tonifiante, en toute sérénité et pourtant sous tension…
Organisation plus ou moins aléatoire des sons acoustiques et électroniques dans un espace aéré où le piano s’épanouit parfois.
SOUNDS OF SUBTERRANIA, 2005.
Rhythmic Sexy Rock à pleines dents et bien tendu. Rock dansant qui a plus à voir avec la fièvre No Wave de New York sur Meuse qu’avec un énième groupe d’électroclash usé.
HÖREN, 2005.
Très sympathique « infantilisation » du chant et de la musique. Musique essentielle, comme rêvée, complètement dada. Tout petit bal pastoral à 2 places… Une voix féminine japonaise, un
harmonium sonnant comme un accordéon (ou l’inverse ou les deux), le tout agrémenté parfois de sons environnementaux extérieurs significatifs.
STAUBGOLD, 2005.
Chansons décalées en allemand. Guitares vives et ritournelles, des tonalités joyeuses, délurées, humoristiques, arrangements plein de surprises, un besoin renouvelé de mettre les pieds dans le plat du rock. Harald S. ZIEGLER multiplie les approches vocales, rajeunit tous les instruments, use de l’électronique comme d’un jouet et se trouve aussi sur les albums de F.S. BLUMM et Mouse ON Mars…
PCO
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