On ne se frotte pas décemment à AMT et à ses innombrables déclinaisons avec sa raison. Les risques de perte de repères sont trop grands et très vite, les notions habituelles telles que « qui fait quoi sur quel(s) disque(s) » perdent toute signification et les chausse-trappes de la folie guettent le moindre de vos (faux) pas. Ce space rock ultime qui ferait passer Hawkwind pour Yves Duteil garde, même après un nombre incalculable d'albums que personne ne s’est risqué à comptabiliser, un taux de saturation psychédélique d’origine chimique et naturelle (bien que largement prohibée) hors de toutes proportions. Mieux que de simples revivalistes qui s’échineraient à chasser les mirages d’une époque révolue (celle d’Amon Düül II ou des Gong séminaux) AMT relie ce passé lestement connoté au présent, ou plutôt force la porte des couloirs du temps en barbouillant ses délires cosmiques de raturages bruitistes explosifs et de drones néandertaliens, en y insufflant d’obscurs mantras aux origines incertaines et en y injectant une solide dose d’humour. Que ce soit sous ses déclinaisons Cosmic Inferno, Mothers Of Invasion (fume, c’est du Zappa) ou encore Pink Ladies Blues (la liste n’est pas close), l’unique membre permanent de l’entité protéiforme Acid Mother Temple, Kwabata Makoto, n’a pas son pareil pour pasticher, titres de chansons et pochettes d’albums anthologiques de l’histoire du rock. Et sur ce disque on veut bien parier qu’il se fiche gentiment de la pomme du Iggy Pop « spoken word » de l’excellent album « Avenue B » de 1999. Roulez vieillesse…
Yannick Hustache
Chanteuse-guitariste norvégienne, Ane Brun (prononcer « Anne Broun » et non pas « âne brun » !) est installée en Suède depuis l’an 2000. Elle y gère son propre label, DetErMine (littéralement « Ce sont les miens »), avec la musicienne Ellekari Larsson du groupe The Tiny.
Produit par le magicien Valgeir Sigurdsson (Björk, Sigur Ros, Múm, etc.), « Changing of the Seasons », son cinquième album, fait une fois de plus la part belle aux instrumentations acoustiques (guitares, piano, cuivres, cordes somptueuses) et à sa voix limpide. Si la musicienne s’éloigne de la simplicité de ses premiers albums (les arrangements et la production sont beaucoup plus travaillés, voire franchement « lèchés »), le songwriting d’Ane Brun reste de toute première qualité.
Catherine Thieron
D’emblée « Get Awkward », deuxième album des Américains de Be Your Own Pet !, débarque auréolé d’un doux parfum de polémique. En cause, le remaniement de dernière minute du tracklisting du disque décidé par la branche U.S. de XL/Universal. La bonne affaire pour les collectionneurs d’éditions rares (une pour les States, une pour l’Europe, Myspace pour tout le monde !) mais le retour des ciseaux de la censure à l’adresse de ces titres jugés « trop violents » (plutôt politiquement incorrects ou sexuellement explicites) en 2008 fait plutôt froid derrière les oreilles. Enfin pour une fois que le scandale ne se cantonnait pas aux frasques indolores d’apprenti(e)s star(s) rock and rolliène…
Plus sérieux, on en connait une, Karen O des Yeah Yeah Yeahs, qui doit avoir les foies depuis que Be Your Own Pet et sa diablotine de Jemina de chanteuse viennent lui écrabouiller les plates-bandes. surtout après un deuxième essai mou du genou. Les similitudes de ces deux combos garage punk sautent aux pavillons, mais au mouvement de courbe rentrante dessiné par les New-yorkais (YYY) entre leurs deux disques, le quatuor de Nashville, Tennessee préfère l’écueil «droit dans le mur». La formule guitares drues, mélodies à l’emporte-pièce mais dangereusement addictives et vocaliste coquine flanquée ou non de chorus hâbleurs (les garçons qui poussent la chansonnette), ne s’en trouvera pas rénovée dans ses fondations mais « Get Awkward » est une des premières plaques de pop furieuse de l’année 2008 qui ne s’essouffle pas en cours de route. Si sur « What’s Your Damage » ou « Heart Throb » (double inversé et pervers de la scie « Loco-motion » ?) , les Américains mettent (un peu) plus de sucre que d’acide dans leur mixture, les 14 autres titres sont pour eux, autant l’occasion de cramer des calories (à leurs ages, 20-23, c’est facile), qu’une manière de détourner de façon profitable leur rage et frustrations (post) adolescentes et un pied de nez tendu aux révisionnistes de la chose rock qui n’imaginaient pas pareille fête en dehors de périmètres bien connus tel la grosse pomme. A douter qu’entre 1977 et 2007, il se soit effectivement écoulé 31 ans !
Yannick Hustache
Difficile de suivre une discographie aussi pléthorique que celle de Birchville Cat Motel. Ceci est leur huitième disque cette année 2007, parmi une quarantaine de sortie en tout, sans compter les albums solo de campbell Kneale, seul membre permanent du groupe et patron de l’excellent label Celebrate Psi Phenomenon. Cet album se situe dans la même veine drone/noise que ses prédécesseurs. Il poursuit la recherche d’une musique à la fois chaotique et extatique, pure résonance de bruit brut, suspendue en vol. Il s’associe ici avec Matthew Bower, musicien anglais aux préoccupations similaires, officiant au sein de groupes comme Hototogisu ou Sunroof!. Ensemble, ils construisent une plongée au sein de territoires enflammés, moitié buisson ardent, moitié flammes de l’enfer, partageant la même béatitude exaltée, comme en lévitation, tout à la félicité du chaos qu’ils déchaînent.
Il est amusant de constater que Black Dog est plus célèbre en tant que groupe géniteur ayant donné naissance au duo d’automates futuristes de Plaid que pour ses propres travaux. 25 années et une poignée de disques que Ken Downie, membre originel unique de Black Dog, agence structures électroniques minimales et motifs synthétiques discrets en des bijoux de mécaniques sonores équilibrées et aérées (quelque part entre Richie Hawtin et Boards Of Canada), qui ont la double particularité de vaillamment résister à la corrosion du temps qui passe et qui s’attaque aux musiques d’essence machinique avec plus de force qu’ailleurs, et de baser ses équilibres subtils sur un nombre très restreint de procédés. Si la frontière reste de principe entre electronica de l’âge glacière et techno ralentie à peine libérée du permafrost, une pensée à Satie (« Ghost Vexations ») s’immisce au devant d’appels d’air légitimes à l’époque (un fantôme dubstep visite «EVP Echoes»), ou à celle qui vient de se terminer (les click’n’cut de « Set To Receive »). Et une fois évaporée cette légère impression de confinement et de maturation prolongée dans une solitude librement consentie qui cintre parfois son propos, « The Radio Scarecrow » s’appréhende autant comme le compte-rendu d’une expédition dans les catacombes de l’âme d’une humanité placée dans pareil cas de figure, qu’à l’exploration d’un monde mécaniciste conçu et régenté par Jean Tinguely ou l’un de ses disciples.
Yannick Hustache
Quatrième album d’une pop légère et enjouée pour le trio parisien. La voix d’Amanda est sucrée, acidulée, la rythmique entraînante, les arrangements électro-acoustiques sont délicats. Entre ballades toutes douces et tubes pop en puissance, voilà un très bel album pour les matins paresseux et les petits déjeuners au lit !
Catherine Thieron
Rééditer une musique expérimentale, vingt ans après sa création, est souvent le meilleur moyen de l’enterrer. Soit en la canonisant, soit en révélant ses faiblesses. La première manière équivaut à une privation quasi totale de substance, à une petite mort. La deuxième fait partie du jeu de la musique expérimentale. L’œuvre est toujours en chemin, le principe du « work in progress » procédant par écrasement, par remplacement progressif de tout ce qui a précédé les derniers développement du travail. C’est pourquoi voir ressortir un album de Christina Kubisch datant de 1987 avait quelque chose d’un peu inquiétant. Mais, malgré le raffinement qu’a mis la musicienne à élaborer et perfectionner son travail, de ses premières œuvres jusqu’aux magnifiques installations sonores qui l’occupent à présent, le présent disque garde toute sa pertinence. Peut-être est-ce le tournant qu’elle a donné à sa carrière, et qui l’a confirmée comme l’un des artistes les plus importants dans le domaine de l’installation sonore, qui fait que ces trois œuvres, écrite pour des situations concertantes, ne souffrent pas de la comparaison. Composées à Milan entre 1983 et 1986, ces pièces correspondent à une époque où Kubisch travaillait à Milan au sein d’un réseau de musiciens expérimentaux comme Davide Mosconi, Rafaelle Serra ou Ricardo Sinigaglia. Férus de musique d’avant-garde, de musique électronique et d’instruments exotiques, ils mettaient au point une musique sans trop d’équivalence à cette époque. C’est, raconte Christina Kubisch, sur ces bases que s’est ensuite élaboré son approche du Sound-Art. Si des constructions comme celles de la troisième plage, Circle III, avec ses couches de flûte passées au delay, ont été entre temps rattrapées, assimilées, et banalisées, par la musique ambient voire par la musique New Age, les deux autres plages, elle, conservent une fraîcheur et une pertinence malgré les années. Rejetant la virtuosité du classicisme pour traiter le son de manière neuve, par des recherches inspirées et de savants bricolages, Christina Kubisch était en déjà, alors, en train d’établir les bases de son œuvre future.
Benoit Deuxant
Comme un tremblement de terre de trois fois vingt minutes, qui ferait tressauter les verres sur les tables, vibrer les murs et osciller dangereusement les chandeliers de cristal. Partant d’une impulsion souterraine, d’une vibration sourde, Daniel Menche met en mouvement des douzaines de micro-événements qui entrent et sortent de notre champ de perception. La première secousse est unique, mais ses répercussions sont infinies, d’une première convulsion naîtront une multitudes de spasmes. Tout en soubresauts et en trépidations, cet album est à pourtant à placer dans la même veine que les autres albums de Menche. Sa force est de construire une musique de drone à partir de son opposé. C’est ici le mouvement, l’agitation et la vitesse qui construisent l’aspect statique, enveloppant, de la musique et qui permet l’impression d’immersion. On y ressent le même envoûtement que lorsque le son, dans un train, se fait bercement malgré la vitesse du déplacement. Daniel Menche publie avec ce disque son dernier cd, il parle de ne plus sortir dorénavant que des vinyle ou des dvds.
Benoît Deuxant
Gallon Drunk, des Angliches qui transpirent la scoumoune ! Y’en a bien un dans la bande (James Johnston) qui collectionne les auréoles dorées sous les bras, mais c’est pas pour son compte, c’est pour celui de cette mauvaise graine de Nick Cave (il est actif dans les Bad Seeds) à qui ils sont systématiquement ramenés. Mais contrairement au grand échalas australien, ces malfrats-ci n’ont aucune envie de petits arrangements avec Dieu, leur rock de cabaret des petites heures ramène le rythm’n blues d’antan dans le caniveau et ça lui fait un bien d’enfer ! Tout ici a un goût de luxure, d’alcool et de stupre; l’orgue vient d’Alcatraz, le saxo des bas-fonds new-yorkais et le crooner en chef ne se rappelle même plus quand il a vendu son âme au diable. Que Gallon Drunk n’ait aucun succès n’a finalement que peu d’importance puisqu’on peut porter un toast à sa chute ! Santé !
Yannick Hustache
On savait déjà que les japonais de Ghost préféraient donner leurs concerts dans des endroits inhabituels, et la vidéo « Metamorphosis », collectant des extraits de vingt ans de leurs enregistrements live, les montrait sur scène, mais dans de vieux temples, dans la rue, ou manifestant pour le Tibet en face de l’ambassade de Chine à Tôkyô… S’ils ne sont pas rétifs aux scènes « normales », ils accordent toutefois une faveur toute particulière aux endroits ayant une âme, une aura, une histoire. C’est le cas ici pour cet enregistrement réalisé lors d’une performance à Yokohama en octobre 2005. Le lieu choisi était un ancien hangar de la poste maritime du japon, reconverti peu auparavant en une galerie d’Art nommée Bank Art Studio NYK. Le lieu, principalement intéressant pour sa taille, ses propriétés acoustiques - une réverbération de près de 15 secondes – et sa ressemblance au Potala, l’ancien palais des Dalaï Lamas à Lhassa, fut le prétexte à un concert en forme de cérémonie rituelle.
Le disque est accompagné d’un DVD restituant assez bien, malgré la difficulté de l’entreprise, l’atmosphère du concert. La performance, en grande partie constituée d’improvisations collectives, se déroula dans le noir quasi total. Les musiciens étaient séparés du public par un rideau, qui les empêchait également de se voir entre eux. Chacun des six musiciens avait son poste, isolé des autres, quelque part dans l’immense espace, et disposait de sa propre amplification. Comme aucune sono générale n’avait été installé, chacun des musiciens se retrouvait donc à créer sa bulle de musique et à la confronter à celles des autres, ainsi qu’à l’espace de l’entrepôt. Accompagnant la performance musicale se trouvait une troupe d’artistes visuels, improvisant lumières et projections vidéos en réponse à la musique. Ces projections, mêlant, comme la musique, références bouddhistes et allusions religieuses, remplissaient l’espace de la galerie, se déplaçant sur les murs et le rideau de séparation.
Si ce DVD et ce CD sont des pièces un peu à part dans la discographie de Ghost, c’est bien évidement à cause du caractère exceptionnel de cette performance où l’atmosphère du lieu, le placement dans l’espace (scénique et sonore), l’interaction avec les visuels, etc., plaçaient le groupe non pas vraiment en retrait, mais dans une position différente du simple « groupe en concert ». Bien que créateurs et exécutant de la musique, ils sont également dans une position de metteur en scène d’un événement qui dépasse le traditionnel rapport public/musicien lors d’un concert. Ils sont un élément, certes non-négligeable, d’une totalité qui les dépasse. C’est en cela que le DVD, malgré les limitations évidentes apportées par la difficulté de filmer une performance jouant sur l’ « immersion », exécutée de surcroît dans le noir complet, est un document plus révélateur que le CD lui-même. Il n’y a néanmoins pas de mystère, il aurait fallu être sur place…
Benoit Deuxant
Le musicien français débarque avec un album de chansons électroniques, parfois rock, ambitieuses et sophistiquées, parfois curieuses et vraiment inspirées, parfois « puissantes », parfois sauvées de la banalité et d’un certain chic bourgeois ennuyeux par la voix sensuelle et caractéristique, rarement hystérique cependant, de Katie Jane Garside, la chanteuse de Daisy Chainsaw et Queen Adrena. L’électronicien est bien entouré ce qui élargit la palette sonore. Nils Petter Molvaer, le trompettiste norvégien dont le vocabulaire mi jazz, mi ambient, évoque de loin celui de Jon Hassell et de près celui de ECM. Le guitariste Lone Kent est de ceux qui s’insinuent le mieux dans les compositions de Zazou, avec finesse et depuis longtemps, après avoir été dirigé dans les années 80 des sections de guitares pour Rhys Chatham. Aux claviers et aux percussions, il y a Bill Rieflin, qui est loin d’être un nouveau venu, puisqu’il est batteur dans certains disques de Swans, Body Lovers et Angels of Light, Ministry, mais aussi R.E.M. Bref un disque élaboré qui devrait toucher un large public, alternant grooves onctueux, phrasés recherchés et high tech et réelles envolées efficaces.
Pierre-Charles Offergeld
A deux, il est toujours plus facile de conjurer la poisse !
Et si ce second volume des attouchements (purement) musicaux d’Isobel Campbell et de Mark Lanegan n’était pas tant un énième et facile succédané à l’antique fable de « La Belle et la Bête » mais davantage une relecture des termes de « l’échange » contenus dans l’inusable formule maritale : « pour le meilleur et pour le pire »... Déjà ils réclament leur couronne de laurier à parts égales alors que c’est elle qui se tape presque tout le boulot (écriture, production, arrangements) et que monsieur vient juste poser ses vocalises, caresser (mais à peine) sa gratte et se plier pour un court moment aux affaires courantes, promo, concerts (mais sans forcer) avant de prendre le large ou plutôt d’aller là où l’on l’appelle (et le paye). Car en solo, l’ex(pulsée) de Belle & Sebastian n’est pas une affaire qui roule. De gentils disques qui ne prennent pas suffisamment de distance avec ceux de ses anciens équipiers et qui surtout ne la placent pas en pô(u)le position des blondes qui papillonnent autour du folk (pop) avec de bons retours côté trésorerie. Quant à Lanegan, trop heureux d’endosser les frusques défraîchies avec application du rockeur baroudeur et maudit (presque un roman…), son parcours n’est pas non plus frappé de l’injuste opprobre divin que sa légende se plaît à écrire. Ancien leader des moyens Screaming Trees (grunge tendance psychédélique de la décennie précédente) et chanteur « dilettante » (ses 6 disques solos, plutôt « roots », sont d’honnêtes pioches), cet apprenti Tom Waits (comme tant d’autres) possède avant tout un carnet d’adresses à damner un martyr à la cause rock (la liste est longue). Voilà pourquoi notre homme pourrait passer des mois à jouer à rebours les confidents de l’inusable icône Kurt Cobain dont il était (bling bling) pote, s’incruster autant de temps qu’il le désire dans Queens Of The Stone Age ou camper ses interventions à des prestations VIP de porte-voix sympa mais précieux (Mad Season ou dernièrement Soulsavers). Mais là, il semble comme repris de fièvre créative en débarquant coup sur coup avec deux projets (provisoires ?). L’un, flanqué de son quasi alter-ego vocal Greg Dulli (feu Afghan Whigs, présent Twilight Singers) sous le nom évocateur de Gutter Twins et l’autre, avec le second tome de ses amours platoniquement musicales en compagnie d’Isobel.
« Sunday at Devil Dirt » redémarre là où « Ballad of the Broken Seas » avait stoppé le moteur. Un agréable mariage de contrastes nets - masculin/féminin, volcanique/marin, vieille carne/viande tendre, dépression/beau temps, chasteté/ivresse du péché, gosier sec/voix d’ange – qui ont pour cadre des chansons aux contours aussi sobres qu’étonnamment équilibrés, et dont le (parfois) discret calfeutrage de cordes ne vient jamais rompre la proverbiale simplicité. Les chasseurs de mythes hurleront avec les loups et disserteront à l’envi au bon souvenir des feulements tire-larmes dont était capable Lee Hazlewod pour les beaux yeux de son cheptel féminin, tandis que les ultimes romantiques rappèleront combien le trop discret ménage Dean Wareham & Britta Philipps est le couple glamour le plus mésestimé du monde.
À l’entame de « The Raven », on esquisse un sourire en imaginant un Léonard Cohen en pleine rechute hormonale tandis que « Who Built the Road » repose la question jamais tranchée de la nature exacte des épineuses relations entre Nick Cave et Kylie Minogue à l’époque de « Where the Wild Roses Grow ». Enfin, on cherche encore avec qui Tom Waits a poussé la chansonnette pour inspirer un « Back Burner » (Scarlett, va coucher !) d’aussi mauvais augure ?
Le titre se termine d’ailleurs sur les mesures claudicantes d’un piano joué un peu de traviole. L’air se fait lourd et le temps comme les conversations virent à l’orage. Il y en a deux (?) qui n’ont pas fini de s’expliquer. Chouettes vacances en perspective…
Yannick Hustache
Little Annie est un drôle de personnage, qu’on voit apparaître de ci de là depuis près de 25 ans. Sous ce nom ou sous le nom d’Annie Anxiety Bandez, elle a contribué des vocaux étranges, surréalistes à des groupes aussi divers que Coil, Wolfgang Press, Crass, Paul Oakenfold, Kid Congo Powers, Current 93, Nurse With Wound ou Bim Sherman…, pour n’en citer que quelques-uns. Sa présence particulière, sa voix rauque et le découpage bizarre, au bégaiement inquiétant, qu’elle fait subir à ses textes, métamorphosant la moindre liste de banalités ( comme sur le morceau « Forty Six Things I Did Today » de Coh) en complainte à l’humour noir grinçant, ont fait d’elle l’invité de choix de nombreux projets.
Depuis ses premières apparitions sur scène avec son groupe Annie and the Asexuals, en passant par son arrivée en Europe pour un 45-tours de Crass (« Barbed Wire Halo » en 1981) ou plus tard le magnifique maxi « I Think Of You » (sorti chez On-U Sound en 1992), on n’avait jusqu’ici eu droit qu’à des apparitions sporadiques, et un album de loin en loin. L’année passée, sortait le splendide album « Songs From The Coalmine Canary » produit par Antony Hegarty, où elle redonnait tout son sens au concept de « torch song ». Elle recréait sans le maniérisme et les clichés habituels de ce genre d’entreprise, une atmosphère decabaret, célébrant l’alcool (« absynth-eism ») et la mélancolie.
Elle revient ici avec un disque de reprises, sur lequel elle est accompagnée par le pianiste Paul Wallfisch, complice déjà présent sur le précédent album. Commençant en force avec une magnifique version de « It Was A Very Good Year », chanson composée par Ervin Drake en 1961 et rendue célèbre par l’interprétation de Frank Sinatra, elle se promène avec nonchalance dans un répertoire éclectique allant de Charles Aznavour ( « Yesterday When I Was Young ») ou Jacques Brel (« If You Go Away ») à Tina Turner ( « Private Dancer », s’appropriant au passage chaque morceau. Et si en effet l’idée d’un album où U2 (« I Still Haven’t Found What I’m Looking For ») côtoierait Barbara Streisand (« The Summer Knows ») a de prime abord quelque chose d’effrayant, c’est sans compter sur le talent que possède Little Annie de confisquer les chansons et de les détourner vers son univers personnel. Prenant le risque d’attaquer de front un répertoire connu, quelquefois même trop connu, elle démontre qu’elle est capable d’y ajouter une dose de caractère et de personnalité qui en fait oublier la version originale, qu’il s’agisse d’un standard ou d’un tube radiophonique. Et si la plupart des textes sont interprétés intacts, on a dans bien des cas l’impression de les comprendre pour la première fois.
Benoît Deuxant
Batteur et percussionniste d’Andrew Bird, Martin Dosh s’est fait une belle réputation en solo en maniant avec brio différents instruments via des pédales de boucles. Et comme c’est en concert que l’américain déploie le mieux toutes les facettes de son talent, ce « Triple Rock » est un réel bonheur: quatre morceaux de son précédent album, « The Lost Take », enregistrés en concert à Minneapolis avec plusieurs musiciens (dont Andrew Bird) et quatre titres inédits dédiés au chat de Dosh, écrasé par une voiture devant sa maison en septembre 2006. Un peu hip hop, un peu jazzy, toujours ludique, « Triple Rock » est un disque antidéprime, idéal pour les petits matins qui déchantent !
Catherine Thieron
Retour d’Oren Ambarchi sur le label Touch après quelques escapades chez Southern Lord, entraîné là par diverses fréquentations, et collaborations, notamment avec SunnO))). Ces escapades l’avaient vu s’aventurer sur le territoire rude du doom expérimental, ou du métal d’avant-garde, quelle que soit la dénomination qu’on choisisse. Ce retour le voir revenir au style qui l’avait caractérisé pour ses précédents albums sur le label Touch : de longues plages méditatives, drones et arpèges de guitares (principalement de guitare basse, ou des cordes basses d’une guitare électrique classique). Un souci renouvelé des textures et de la finesse d’enregistrement après les déferlantes de distorsions de ces récents albums « Stacte Motors » ou « Lost Like A Star ». On revient ici, est-ce à cause de/grâce au label, à des territoires plus sages, plus méditatifs, plus minimalistes aussi. Un retour au calme qui masque un peu l’innovation constante d’Ambarchi, terminant cet album sur un air de guitare acoustique et de chanson.
Benoît Deuxant
Trouvez la faille ! Sur un punk rock ramonesque éculé (le scud le plus long tire à peine plus de deux minutes) et balancé comme du Bikini Kill des jours d’après règles, Partyline expédie de gentils gnons à tout ce qui dépasse de l’Amérique conservatrice. Ce trio dont la patronne-chanteuse a fait ses classes de raffut dans un groupe de filles, Bratmobile, rivales un poil malchanceuses des Babes In Toyland et autres Sleater-Kinney, s’est agrégé vers 2004 autour d’une idée simple : « critiquer en s’amusant ». Traduisez « dégommer en prenant son pied ». Il existe probablement 666666 mauvaises graines de terroristes de la même trempe musicale de par le monde mais un nombre infiniment moindre qui mâchonne du bubble gum pop d’un pH (taux d’acidité) aussi élevé. De quoi coller aux semelles des évangélistes de tous clochers, aux conservateurs de toutes obédiences et aux machos de toutes les générations, et leur refiler d’insistantes et justes démangeaisons.
Yannick Hustache
Avec ce disque, le label new-yorkais 12k s’éloigne de son territoire électronique coutumier. Seaworthy produit une musique à base d’instrumentation acoustique, à peine rehaussée de quelques effets lofi, des drones de guitares et d’harmonium réverbérant de plages en plages, des arpèges à peines esquissées, le bourdonnement d’un ampli-guitare. On se sent plus proche ici d’un Loren Connors ou d’un David Pajo que des productions habituelles du label, les glitches de Christopher Willits ou les envolées minimalistes du patron, Taylor Deupree. Formé à Sydney par Cameron Webb, un spécialiste de l’écologie dans le civil, assisté par Sam Shinazzi et Greg Bird, le groupe possède déjà une carrière en Australie, émergeant lentement de la confidentialité au gré de parutions en tirages limités sur des labels comme Celebrate Psi Phenomenon, Black Lodge Audio ou Background Frequencies. « Map In Han »” a été publié à l’origine à 128 exemplaires sur le label Steady Cam Records. Le disque s'ouvre sur un lever de soleil et se referme sur un coucher de soleil (« Dusk, 30th September 2005 » et « Dawn, 2nd October 2005 »), entre les deux flotte une brume d’une douceur mélancolique.
Benoît Deuxant
Avec une candeur extraordinaire, et un manque de cynisme typiquement japonais, Shuta Hasunuma fait une musique qui n’a pas peur d’être jolie. Là où un musicien occidental craindrait de risquer sa crédibilité et se croirait oblige d’ajouter une couche de distorsion ou de dissonance à sa musique afin de ne pas passer pour .. gentil, Hasunuma réalise ici un album mélodieux, lyrique et simple. Sur une base glitchy, héritée du clicks’n’cut, il découpe des vaguelettes de piano, de guitare acoustique, et de field-recording. Il dédie son album au bambou, une plante « entre l’herbe et le bois, symbole de force et de résistance ». Partagé équitablement entre les images de nature et les paysages urbains, « Ok Bamboo » réalise le même équilibre entre simplicité et complexité que l’album « The Isle » de World Standard et Wechsel Garland, une même base mélodique dépouillée, limpide, alliée à des arrangements électroniques, des découpages informatiques qui y ajoutent juste ce qu’il faut de modernité, d’originalité et de créativité pour empêcher le disque de sombrer dans le trivial. Loin du syndrome « tapisserie sonore » associé à la musique ambient, ce disque parvient à être à la fois éminemment contemplatif et pourtant tout bonnement émouvant.
Benoît Deuxant
Ce disque est une collaboration entre Tom Carter, guitariste des Charalambides, Robert Horton, multi-instrumentiste notamment au sein des Kyrgyz, Lisa Cameron percussionniste, batteuse et la vocaliste Lee Ann Cameron. Le nom de ce groupe a été inspiré à Tom Carter par son voyage au Nouveau Mexique (Sud Ouest des Etats-Unis) et sa découverte du village historique indien de Acoma Pueblo appelée aussi Sky City. Une « ville » perchée depuis le 12ème siècle au-moins sur une table (mesa en espagnol) rocheuse à 112m. et toujours habitée par ces natifs Américains qui à l’époque précolombienne entretenaient des relations avec les Mayas et les Aztèques. Quel rapport avec la musique? Aucun, si ce n’est que ces quatre longues plages sont d’un psychédélisme céleste, tous les éléments musicaux y miroitent comme dans un vaste ciel où le soleil serait à l’origine de bien des mirages. La seconde plage, par exemple, « The Sky Is Crying » est une forme vacillante de blues qui s’étire comme un mirage où les guitares acoustiques de Tom Carter démultipliées par sa pedal delay rencontrent une panoplie légère de percussions et d’objets sonores non identifiés. Tout au long de la première plage « Are You On The Solar Ark Or Not », il y a cette recherche amicale sur des percussions aléatoires, cloches, cymbales, morceaux de bois, bris de cordes de guitare, en communion avec des effets électroniques rampants et des vocalises discrètes comme des prières…Ttout cela me rappelle l’étrange jeu d’improvisation qui règne sur certains disques d’Art Ensemble Of Chicago et Sun Ra, cet esprit créateur et spirituel. La troisième plage fait la part belle aux drones et l’électricité ambiante des guitares est un peu éblouissante. « A Visit To Sky City » est une lancinante ascension circulaire vers d’autres cieux: à travers un dédale de guitare électrique, de cymbales enflammées et un brouillard d’instruments, le quatuor nous emmène vers un pays que ne renierait pas Grateful Dead. Ce disque est une belle avancée sonore, cohérente et inspirée dans le psychédélisme toujours renouvelé.
Pierre-Charles Offergeld
En matière de pop, on ne compte plus les victimes tombées au champ d’honneur du second album. La peur de la disparition annoncée de l’anthologique support sonore évoqué (la K7) par deux fois dans son appellation suffirait-elle à expliquer que « Walk It Off » marque encore des points par rapport au déjà remarqué « The Loon » (2006). Bel exemple de sans familles, fouineur et décomplexé, Tapes’N Tapes fuit les catégorisations comme la peste pour élaborer un mille-feuilles pop en prenant un soin coupable à monter les blancs en neige. Sonnant tantôt comme du Shins rasant le bitume (« Le Ruse »), ou du Modest Mouse d’avant l’asile psychiatrique(« Headshock » « Time of Songs »), les Américains se positionnent en challengers crédibles de Menoma ou de Clap Your Hands Say Yeah!. Des chansons intelligentes à tiroirs (c’est fou les instruments qu’on y entre!) mais qui, malgré tous les traitements infligés ont su rester simples.
Yannick hustache
The Dirtbombs sont au garage rock ce que feu Afghan Whigs ou actuels Gutter Twins (l’association Greg Dulli/Mark Lanegan) ont été/sont à l’indie des années 90 et au rock sans age de 2008, une bombastique piqûre de rappel de la noire origine de cette musique devenue en ce début XXIème siècle l’apanage presque exclusif des blancs. Mais son boss de meneur en chef, le monumental bassiste Mick Collins (ancien Gories), n’incarne heureusement pas que la caution vériste d’un rock ‘n roll au grand cœur black au sein d’un combo atypique desservi par deux basses et deux batteries, mais l’homme providentiel par lequel l’alchimie punk/rock/soul/garage produit un alliage redoutable de ferveur mélodique survoltée et d’efficacité rythmique millimétrée. Evidemment, quand l’homme se essaye au chant en français (le louisianais créole « La Fin du Monde ») comme votre serviteur aux polyphonies corses après dix minutes d’initiation, on ne retient plus ses (sou)rires, et que The Dirtbombs la joue « soirée prise de tête et larsens à New York » (le bruitisme abruti en deuxième partie de « Race To The Bottom »), on se sent d’humeur à lui demander de changer de costar. Mais quand le bonhomme remet sa lubrifiante machine en branle (délirant « Leopardman at C&A », ronflant « Fire In The Western World ») c’est davantage à une course de dragsters customisés qu à un défilé de prototypes écologiques auquel on assiste. Des bolides certes, mais des véhicules qui respectent scrupuleusement le cahier des charges trois étoiles imposé par Collins ; de la puissance, mais avant tout de la classe (« Ever Lovin Class », « Sherlock Holmes ») ; des hymnes à fredonner à tue-tête d’accord, mais non sans les roulements du bassin (« Indivisible ») pour contrepartie directe ; du rock bâtard qui bastonne certes, mais un truc qui parle à l’âme (ou à la soul). La bombe !
Yannick hustache
The Finches est un duo californien (San Francisco) de folk/pop acoustique paisible et dépouillée, où deux guitares et quelques bribes de violoncelle, l’ombre d’une pedal steel guitar et quelques brins de batterie, soulignent fort amicalement la voix jeune et innocente de Carolyn Pennypacker Riggs.
The Finches, c’est terminé depuis que la chanteuse a quitté son guitariste Aaron Morgan pour aller former Palms à Los Angeles, un projet de chansons délicatement électriques plus immatérielles et acides que The Finches, mais tout aussi attachantes. A première vue, rien ne distingue « Human Like A House » d’une autre ravissante collection de ballades entre folk et pop comme il en sort 10 par mois depuis belle lurette. Et pourtant rien n’y fait, ce disque paru il y a un an est effectivement irrésistible après quelques écoutes, en dépit de cette impression d’interchangeabilité due à l’abondance dans ce genre. Tout est dans la voix une fois de plus, cette simplicité toute ronde, cette candeur toute nue, toute peur abandonnée, permet à Carolyn Pennypacker Riggs d’envoyer ses mélodies s’enraciner parmi les meilleures sorties du genre. La voix tient bon tout l’album, pas d’écart ni sucré ni larmoyant, elle file droit, désarmante. La valeur (sentimentale) de ce disque tient aussi à la pertinence des cordes qui accompagnent cette voix. Pas révolutionnaires pour un sous, ces guitares sont en parfaite adéquation mélodique et rythmique avec la chanteuse; en retrait, la voix d’Aaron Morgan ou sa basse accentuent un léger contraste. Pour ma part je serai vigilant quant à la sortie d’un éventuel disque de Palms, puisque « Human Like A House » et un précédent mini-lp « Six Songs » sont les seuls souvenirs laissés par ces oiseaux se passage. Toutes les gravures illustrant la pochette sont aussi de Carolyn Pennypacker Riggs. Elle signe tous les textes hormis « If We Knew », un chanson écrite par Phil Elverum des groupes Microphones et Mount Eerie.
Pierre-Charles Offergeld
The Last Shadow Puppets est le groupe que forme Alex Turner, leader des Arctic Monkeys, en duo avec Miles Kane, chanteur des Rascals. Projet ambitieux aux références et influences impeccables, David Bowie, Scott Walker, Love, etc…, le groupe met la barre assez haut et s’en sort plutôt bien. Evitant le piège de la reconstitution historique, il livre un album au romantisme classiciste et moderne à la fois, lyrique sans être éthéré, aussi à l’aise dans le quotidien gris de l’Angleterre contemporaine que dans l’épopée. Produit par James Ford (Simian Mobile Disco) et arrangé par le Canadien Owen Pallet (du groupe Final Fantasy), le disque empile pèle mêle surf symphonique et envolées flamenco, brassant chevauchées héroïques et ballades incendiées. Avec un son et une inspiration profondément ancrée dans les années soixante, le résultat témoigne de l’admiration du duo pour le songwriting bien senti et la mise en scène efficace.
Benoît Deuxant
Imaginez une mouvance orchestrale folk et pop qui se glisse avec élégance au milieu du monde enchanté de la Belle au Bois Dormant. Un folk progressif et hanté par les contes et légendes d’un passé fabuleux à la fois populaire et féodal. C’est une première impression à l’écoute de ces orchestrations incluant harpes, violoncelles, clochettes et flûtes mais aussi guitares électriques acides et électronique insinuante. Il ne s’agit donc pas ici de ballades folk engagées à la guitare sèche, mais d’une musique instrumentale riche conçue en mouvements assez somptueux et oniriques, où les voix se font aussi instrumentales. Ce sont des troubadours modernes souvent Américains, Greg Weeks et Margie Wienk en tête (voir Espers, Aroah et Fern Knight), qui visitent les légendes ou les histoires de l’Europe ancienne en développant une musique progressive, bien dirigée, aux atmosphères d’autant plus imagées qu’elles se concentrent sur les thèmes d’une histoire particulière. The Valerie Project est en fait une nouvelle interprétation musicale inspirée par un film tchèque, « Valerie and Her Week of Wonders », réalisé en 1970 par Jaromil Jires. Il en existe une édition récente en dvd et en cd pour la b.o. Le film est lui-même tiré d’un roman de 1945 de Vitezslav Nezval, poète et romancier qui a fondé le mouvement surréaliste dans l’entre deux guerres en Tchécoslovaquie. L’histoire est celle du passage à l’âge adulte d’une jeune fille désorientée par la perte de son innocence sexuelle. La musique originale du film créée par Lubos Fiser a été maintes fois saluée par la critique pour sa finesse et son inventivité. Le groupe anglais Broadcast lui a rendu hommage en 2003 avec la plage « Valerie » sur son album « Haha Sound ». L’interprétation acid folk et baroque qu’en donnent les onze musiciens réunis dans «The Valerie Project » est une nouvelle illustration de la créativité qui anime ce mouvement de musiciens de l’Est des Etats-Unis, qui ont assimilé les techniques de la musique ancienne tout en étant pétris de folk psychédélique anglais et en quête de sonorités inédites.
Pour ce qui est des références, les instrumentistes sont aussi à découvrir dans les projets suivants:
Avarus, Espers, Fursaxa, the Iditarod, Bert Jansch, Samara Lubelski, Damon & Naomi, Marissa Nadler, Edison Woods, Out Hud, Stars of the Lid, Black-Eyed Snakes…
Pierre-Charles Offergeld
Vous n’ignorez pas que depuis presque une décennie, le Sud de Londres est l’épicentre de mouvements de fluctuations tectoniques (n‘y voir aucune allusion capillaire) continus. Que comme d’habitude, le jargon des appellations, les lieux d’effervescence, les acteurs et leurs méfaits gravés dans la matière (le plus souvent sous la forme de maxis à quelques centaines d’exemplaires) vont vous arriver avec un temps de retard et, qu’à peine la réalité vous paraît-elle plus intelligible, qu’outre-manche, les cartes ont déjà été rebattues. Et question mise au point (pas plus à voir avec Jackie Quartz que plus haut), « Dubstep, Grime & bass » permet de gagner des heures de zapping aveugle sur les Net (saloperie de pseudo et de noms à rallonges…) à la recherche de précieux sésames et livre un instantané presque souriant d’une mini arborescence qui ne connaît pas la dispersion trop rapide de ses branches voisines. Descendu en droite ligne du UK Garage de la fin du dernier millénaire, le dubstep est un idiome éminemment bâtard, un prolongement du 2-step qui puise à foison dans toutes les variations « grosses basses (ou sous basses) » (dub, jungle, drum’n’bass, hip hop, techno, electro…) apparues avant lui. Rythmes complexes et déviants, voire polyrythmes, sur un tempo frôlant les 140bpm (beats par minute), le dubstep et son cousin grime, qui s’en distingue essentiellement par l’ajout d’un flow frénétique, offrent aux oreilles la bande-son idoine des espaces urbains et/fantasmés d’aujourd’hui et de demain. Peu de stars locales (Burial, Loefah, Digital Mystikz…) à l’exception de Skream (avec son titre le plus connu) ou de Lady Sovereign, mais 45 plages en 3 plaques pour faire un rapide tour du(es) propriétaire(s), pointer quelques champions (Backdraft, Sway…), malmener les enceintes, et supputer des très aléatoires et rapides évolutions à venir (breakstep ?).
Yannick Hustache
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