Rencontre avec l’insatiable fouineur collectionneur anglais Andy Votel.
Touche-à-tout originaire de Manchester, le DJ et fondateur du label Finders Keepers, Andy Votel se démène depuis la fin des années 90 pour sortir de l’anonymat une kyrielle de songwriters et producteurs totalement obscurs et pour la plupart issus des années 60/70, une période où l’industrie du disque permettait encore toutes les excentricités possibles et imaginables.
Graphiste de formation (on lui doit dernièrement la pochette du Triptych de Demdike Stare), il fonde en 1998 le label Twisted Nerve qui verra l’éclosion du mancunien d’adoption Damon Gough (alias Badly Drawn Boy). En parallèle, il lance un label dévolu aux rééditions en tout genre, l’épatante maison de disques Finders Keepers.
Au fil des années, Votel s’est construit un solide réseau à travers le monde qui l’a amené à découvrir les albums du bidouilleur suisse Bruno Spoerri, de la chanteuse folk Susan Christie, du producteur farfelu Jean-Pierre Massiera ainsi que des artistes turcs, pakistanais, hongrois, tchèques et gallois (via son comparse Gruff Rhys, le chanteur des Super Furry Animals). Mais ce dont il est encore le plus fière c’est d’avoir contribué au retour en grâce d’un homme de l’ombre, le producteur et arrangeur français Jean-Claude Vannier. Vannier dont le travail sur L’histoire de Melody Nelson de Serge Gainsbourg est aujourd’hui reconnu à sa juste valeur. La première sortie officielle du label Finders Keepers est la réédition du concept album
L’enfant assassin des mouches que Vannier avait publié dans l’indifférence totale en 1972. Un album instrumentale en forme de mosaïque sous influence de musique concrète, de psychédélisme délirant et aux inclinaisons jazz rock ébouriffantes.
De cette adoration pour tout ce que Vannier a produit et façonné, Votel a tiré (à seulement 69 exemplaires!) un mix de 71 minutes avec uniquement des disques estampillés Vannier.
En vrac on y retrouve : Brigitte Fontaine, Claude Nougaro, France Gall, Jane Birkin, Les Fleurs de Pavot, Léonie (la muse de Vannier), Gilbert Bécaud (avec un morceau vraiment étonnant), Herbert Léonard (oublier qui c’est et vous tomberez à la renverse en écoutant le titre), Jean Constantin, Messieurs Richard de Bordeaux et Daniel Beretta ou encore les très méconnus Michel Corringe et Anna St.Clair.
C’est de là que nous sommes partis pour aller à sa rencontre et essayer d’en savoir plus sur mix à la base dépourvu de playlist !
Mais le cerveau de Votel est tellement rempli de pochettes de disques que même lui ne se rappelait pas de toutes les chansons y figurant.
Cette entretien a été réalisé le 18 décembre 2010 chez Madame Moustache, Votel qui est désormais un intime de Vannier y fait de nombreuses révélations sur les à-côtés de ces enregistrements mythiques et de sorties futures qui se vérifient aujourd’hui.
Ma première connection c’est Melody Nelson, bien-sûr. A l’époque il y avait cette rumeur au sujet de l’existence d’une version instrumentale de l’album.
D’ailleurs vous êtes sans doute au courant de la sortie prochaine de la version entière de L’histoire de Melody Nelson avec entre-autres une version de 20 minutes de « Cargo culte » !
Ils vont sortir ça l’année prochaine, la totale !
Donc à l’époque je cherchais cette version instrumentale faites avec les musiciens du groupe français Le Système Crapoutchick et j’ai commencé à beaucoup m’intéresser à tout ce que Vannier avait produit.
En fait c’est vers 1995 ou 1996 que j’ai trouvé cet album, pour moi cela reste le Graal absolu. Vous savez après ça je me suis mis en quête de le retrouver, personne ne parlait de lui à cette époque, son nom n’apparaissait même pas sur les rééditions cd des albums de Gainsbourg.
Oui, j’ai été les voir mais ils m’ont dissuadé de le retrouver…
Ils m’ont dit qu’il ne parlait pas un mot d’anglais, que c’était un fou furieux, un alcoolique et que c’était impossible de travailler avec lui.
Mais je m’en foutais, je l’ai retrouvé, il parle bien l’anglais, il n’est pas alcoolique, tout ça c’était des conneries. C’est mon héros, c’est une légende, il a toujours été respectueux envers mon épouse, je l’ai présenté à mes enfants à Noël, c’est un parfait gentleman.
Mais la maison de disque en France, ils ont tout fait pour m’empêcher de le rencontrer et de ressortir cet album.
Les gens doivent savoir tout ça, il faut leur dire.
A la base ce ne devait pas être un disque, ça devait être la musique d’un ballet contre la peine de mort. Certains morceaux ont été utilisé pour la télévision française. Il existe une performance réalisée pour un défilé de Yves Saint-Laurent où il utilise une partie de la musique jouée en direct. Il y a aussi une autre version d’un film où le groupe joue deux morceaux dans un parc à Paris.
Ce document va sortir en DVD sur le label Finders Keepers.
Vous savez j’étais fan de Gainsbourg avant d’être fan de Vannier. J’adore la bande originale du film « Anna », elle dans mon top 10. Les arrangements sont de Michel Colombier. J’aime bien aussi Vu de l’extérieur et L’homme à la tête de chou.
Mais je préfère encore plus Vannier.
Et puis, il y a la B.O. de « Slogan » qui n’est jamais sortie en disque.
Mais le plus grand crime reste « Les chemins de Katmandou », le film d’André Cayatte avec Gainsbourg et Birkin, car c’est encore mieux que « La Horse ». Mais ce n’est jamais sorti, c’est perdu, perdu, perdu.
Les bandes sont détruites, elles n’existent plus.
Vous savez il y a trois artistes importants dans la carrière musicale de Vannier (à part Gainsbourg). Vous avez Michel Corringe, un chanteur signé sur le label de Danyel Gérard, Léonie (c’est la Jane Birkin de Vannier), il lui a écrit des chansons comme « En Alabama », « Le jardin anglais » et « Mozart » avec des arrangements de Karl-Heinz Schäfer. Et la dernière personne c’est Anna St. Clair.
Pour le faire connaître là-bas, j’ai été dire que c’était le David Axelrod français car en Angleterre personne ne connaissait Jean-Claude Vannier !
« Ce n’est pas vraiment le même genre de sons, vous savez c’est…..français ! »
C’est devenu un ami proche, un vrai gentleman.
J’ai participé au concert spectacle sur Melody Nelson à Londres mais je me suis moins investits sur la version présentée à Paris car au niveau du choix des chanteurs ça ne correspondait pas au texte écrit par Gainsbourg. Faire chanter ça par des chanteurs plus jeunes ça n’a pas de sens.
En Angleterre, c’était Jarvis Cocker et Gruff Rhys, c’était bien plus approprié.
Je viens d’enregistrer un disque avec lui et avec tous les musiciens qui jouent sur L’enfant assassin des mouches. C’est un album très étrange qui sortira en 2011.
Oui, une sorte de spoken word.
Vous savez, tout le le lyrisme qu’il met dans un arrangement pour un instrument, d’une certaine façon il est obligé de l’enlever pour chanter à la place de l’instrument. Dans les années septante, en mettant sa voix, il devait forcément sacrifier autre chose.
Cest pour cela qu’il s’entoure toujours des même musiciens comme Pierre Dahan, Tonio Rubio, Claude Engel, c’est une fantastique section rythmique quand ils sont réunit tous ensemble dans un orchestre. Il utilise certains instruments de manière brillante. Le slide guitar que je n’apprécie guère, il peut le faire sonner d’une façon si particulière que c’en devient génial comme sur « Do di da » de Birkin ou sur « Les petits ballons » de France Gall. C’est vraiment quelqu’un d’à part.
C’est à ce moment que je propose à Andy Votel d’écouter le mix (« Histoire de Melody Vannier ») pour tenter de le décrypter.
Voici donc dans l’ordre, le mix suivi par les morceaux que nous avons pu indentifier.
En bonus et en tout premier morceau le thème principal du film « Les chemins de Katmandou » repris à partir de la vidéo originale toujours présente dans nos collections.
David Mennessier
Remerciements : Sean Stel R, Guillaume Duthoit et bien-sûr Andy Votel
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