« Les cent minutes par-delà de Duyster ».
Comment passer en douceur le cap de la cruelle transition dimanche soir/lundi matin ? En s’abandonnant étape par étape aux bras de Morphée, les oreilles en apesanteur spleenétique, emportées par les effluves sublimes d’une émission de radio qui semble n’exister que par/pour soi !
En préalable, un petit détour par l’un de ces moments radiophoniques hors du commun qui résistent à l’inévitable érosion des mémoires. Beaucoup gardent en tête l’époque où le service public s’adressait aux mélomanes pop/rock (un peu) curieux de 15 à (?) 5 ans via un seul canal: Radio 21. Tronçonnée en 2004 en deux entités pas véritablement complémentaires - plus que leur grille respective de programmes et leurs panels d’auditeurs cibles, c’est davantage une question de philosophie qui différencie Classic 21 de Pure F.M. - « Les 100 minutes par-delà » présentée par Tayan, une naïade presque irréelle dont le timbre chaleureux et lunaire s’est imprimé de manière indélébile dans bien des esprits et pavillons. Cette parfaite infusion pop/rock/world/B.O. pimentée d’un zeste de chanson française a, quelques mois durant, figuré dans la programmation de la nouvelle fréquence jeune public de la RTBF (Pure FM donc) sous l’étiquette Utopya mais sur un mode mineur - 3 fois 60 petites minutes un seul soir au lieu des 4 rendez-vous par semaine, au moment où se pose la question cruciale d’aller dormir, entre 21h et minuit – avant d’être rapidement fourguée aux oubliettes sous couvert du sempiternel argumentaire bateau du déficit d’audience…
Et puis un jour, au hasard d’une pérégrination sans but précis sur la bande F.M., peut être inconsciemment aiguillonné par les subliminaux conseils d’un ami qui faisaient leur œuvre en douce, on tombe sur l’un de ces trop rares instants où la radio se pare et s’illumine de tous les attributs d’une houdinesque fascination magique. Les prémices d’une inattendue play-list qui aurait pu être la nôtre défilent les uns après les autres, en rangs serrés, sans dissipations publicitaires contraintes et intempestives, mais enrubannés de l’évanescente présentation d’animateurs (Eppo Jansen souvent, Ayco, de temps en temps) qui semblent avoir fait leurs classes en cours de contes & légendes. Le voyant digital indique bien Studio Brussel mais la langue de Vondel coule comme les fines cuillérées de miel ajoutées aux bienfaitrices tisanes qui transforment le délicat passage vers les domaines du sommeil en rituel hédoniste. S’il n’y avait pas la pause-journal de 23 heures et ses nouvelles jamais réjouissantes comme piqûre de rappel d’une réalité qui l’emporte toujours (demain c’est lundi), je finirais par proposer aux autorités compétentes le recours à de semblables programmes, autant pour la qualité de ses contenus et ses hygiéniques vertus, que comme carotte à l’apprentissage du néerlandais par le plaisir.
Le champ musical investigué accorde une place de choix au rock U.S., de l’indie (un poil tristounette) dans une définition aussi large (l’électronique y a sa place) que miraculeusement épargnée de fautes de goût à une americana préservée de la moindre inclinaison au passéisme, mais louvoie sans a priori sur le planisphère de l’excellence pop, même si celle-ci demeure par essence anglo-saxonne. Notons qu’a contrario de la plupart des productions du Sud du pays, disqualifiées (à juste titre) pour la plupart en franchissant la frontière linguistique, quelques fins mais toujours trop discrets électrons libres se trouvent en terrain d’ondes hertziennes amies (V.O., Raymondo ou encore Soy A Caballo, présent sur cet album).
« Duyster, une émission habitée par des mélodies douces-amères à la mélancolie sereine mais intense » peut-on lire (en français) sur la publicité de cette double compilation, la troisième du nom. Un parfaite traduction de la tonalité générale d’une émission qui met un point d’orgue particulier à enregistrer sans filet les artistes qu’elle affectionne lors de sessions studio que précède à chaque fois une courte interview non-traduite dans la langue de(s) intéressé(es). Et après on s’étonnera encore de l’assurance linguistique de nos amis nordistes…
La première de ces deux galettes porte l’appellation « Classics » mais n’a que peu de rapports avec les classiques-scies muséifiés d’une autre fréquence radio qui perd les pédales dès qu’elle tente de rendre compte de son époque musicale. Il faut plutôt saisir la nuance et abonder dans le sens d’une (re)découverte/excavation de joyaux cachés ou méconnus de la pop. En ce sens la présence des défunts Juno (post hardcore intense à l’improbable intersection de Fugazi et de Pink Floyd) et Three Mile Pilot (groupe séminal, en théorie toujours en activité, d’où sont sortis Pinback et The Black Heart Procession) s’explique autant que celle des toujours verts Yo La Tengo, Blonde Redhead et Idaho. A mi-chemin des machines intelligentes et terriblement humanisées de Boards Of Canada et Four Tet et des complaintes tristes mais lumineuses de Modest Mouse, The Long Winter ou encore de Broken Social Scene, The Notwist et Efterklang signent d’une plume d’or la mise au rebut définitive des anciennes distinctions organique/synthétique. On parafera des deux mains à la suite…
Même dans leur plus simple apparat, les mélopées d’Iron & Wine Patrick Watson et d’Okkervil River sidèrent par la beauté de leur lyrisme sur l’os, Low et Angels Of Light (ex Swans) par la noirceur intangible de leur psalmodie païenne. Grizzly Bear s’amuse à la lisière de l’à capella entre potes, The Shins et Great Lake Swimmers donnent leur définition respective de la chanson arrache-cœur, Joan As Policewoman et M.Ward, celle de la ballade baume amoureux. Pendant ce temps là, CocoRosie nourrit son araignée au plafond, Ansatz Der Machine joue entre les toiles des siennes pendant que The Go Find sort une micro-mélodie arachnéenne de sa poche.
Avis aux insomniaques en quête de remèdes placebo (rien à voir avec qui vous savez) Duyster laisse place à des retransmissions de festivals pendant les vacances. Vivement l’hiver…
Yannick Hustache
" Le Discobus 3 n'a pu circuler ce dimanche 12/2 et est en réparation ce lundi 13/2 : pas de stationnement à Ath, Antoing, Leuze et probablement Mouscron . .
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