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sur
les écrivains belges de langue française
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Le
surréalisme
Les
surréalistes belges: Autour de Correspondance
TA8511
Production:
Vidéothèque de Bruxelles - Commission Communautaire Française de la
Région de Bruxelles - Centre Vidéo de Bruxelles - Archives et Musée de la
Littérature - Centre du Film sur l'Art - 1992 - Réalisation: P. Preux
- Durée: 30' - Couleur
A
partir de documents filmés et de photographies des années 60, ce film
propose une rencontre des surréalistes belges qui se sont groupés autour
de la revue Correspondance vers 1925.
L'émission
débute par une brève explication du contexte historique: le mouvement
surréaliste est né, du moins en partie, du constat de l'absurdité de la
guerre 14-18 et de la faillite des intellectuels qui n'ont pas su s'opposer
au massacre. Le mouvement dadaïste de Tristan Tzara sera la première
manifestation d'une rupture avec le passé et avec les valeurs qui ont
marqué la guerre.
Des
interviews d'André Souris, de Louis Scutenaire, de Paul Nougé, d'E.L.T. Mesens, de Marcel Mariën, émaillées de
reproductions de René Magritte,
de photographies de Georges Thiry,
rythment cette approche d'un mouvement qui a profondément marqué les
mentalités en Belgique.
Commentaire
L'émission
ne prétend pas à la synthèse: il n'y a pas de commentaire général;
les informations nous sont données directement par les écrivains
eux-mêmes à travers les nombreuses images d'archives (en particulier les
archives de Lucien Deroisy). L'intérêt de l'émission réside notamment
dans les jugements parfois acerbes ou ironiques qu'ils se portent
mutuellement.
Dans
une perspective d'éducation aux médias, la séquence consacrée à
Magritte et au tableau Ceci n'est pas une pipe est intéressante car elle
aborde le statut de la représentation, le rapport de l'image à l'objet
et de l'image au nom, que Magritte a systématiquement exploité.
L'émission
n'est pas très structurée, mais on peut la diviser en trois parties:
-
la
spécificité du surréalisme belge, et en particulier du groupe
"Correspondance" (Scutenaire, Mesens) par rapport au
surréalisme français.
-
la
peinture de Magritte: les interprétations et les jugements de Mariën
ou de Scutenaire à propos de quelques tableaux du peintre;
-
les
différents membres liés à la revue Correspondance: une
caractérisation rapide de leur personnalité et de leur oeuvre: Louis
Scutenaire, Paul Nougé, Marcel Lecomte, Marcel Mariën, Camille
Goemans, Irène Hamoir, E.L.T. Mesens.
1.
Le surréalisme belge, Correspondance
Pour
Louis Scutenaire, les surréalistes belges - lui-même faisant exception -
ne se fondaient pas comme les surréalistes français sur l'automatisme, du
moins à leurs débuts. E.L.T. Mesens explique qu'Eluard était un poète
qui se corrige et utilisait d'autres techniques que l'écriture automatique,
en se livrant à ce qu'il appelle des gymnastiques de l'esprit (partir d'un
vers d'un mauvais poète pour qu'il en sorte un bon).
2.
La peinture de Magritte
Quelques
caractéristiques du peintre sont développées:
Le
goût de l'anonymat est présent dans tous ses tableaux. Pour Paul
Nougé, le goût de l'anonymat en littérature trouve ses racines chez
Lautréamont ou Rimbaud et a été thématisé par Breton. Le fond du génie
de Magritte était de ne pas signer ses toiles, ajoute Marcel Mariën qui
interprète l'indécision des choses peintes à appartenir au paysage ou à
d'autres objets, comme un refus de les posséder.
Pour
Scutenaire, Magritte est un peintre
essentiellement cérébral qui utilise la peinture comme un moyen de
connaissance et de découverte, comme d'autres utilisent la physique, le
burin ou le marteau.
Ceci
n'est pas une pipe: Pour Mariën, ce tableau est la première
démonstration expérimentale de l'idée qui est au centre de toute l'oeuvre
de Magritte: la distance qui existe entre une image et l'objet. La plupart
des toiles jouent sur cette dissociation totale entre le nom qu'il donne au
tableau et son contenu (La représentation, Les liaisons dangereuses,
L'évidence éternelle).
Le
pèlerin: Pour Mariën, cette toile montre de manière extrêmement
convaincante que comme l'image d'une pipe n'est pas une pipe, l'image d'un
homme n'est pas un homme. Le pèlerin représente un homme dans lequel il
n'y a pas de visage et ce visage se trouve placé à côté de l'édifice
humain qui ne contient pas d'homme. Au même moment, un de ses amis, Marcel
Lecomte, abandonnait son pardessus dans un café et mourait inopinément. Ce
pardessus est resté suspendu quelques mois dans ce café. Selon Mariën,
cet événement exprime bien le sens de la peinture de Magritte qui prend
corps dans la vie et dit ce qu'est la vie dans ses formes les plus simples,
les plus complètes et les plus pathétiques.
Les
tableaux en série: Magritte n'hésite pas à peindre en série le même
sujet pour des raisons profondes et révolutionnaires qui remettent en cause
la conception traditionnelle de l'oeuvre et du chef-d'oeuvre.
3.
Les jugements des uns et des autres
Marcel
Lecomte par Scutenaire
(esthète, pas révolté, révolutionnaire comme le choléra) et Mariën
(vrai poète mais à moitié poète et à moitié littérateur);
Camille
Goemans par Scutenaire (le
plus beau souvenir, concis, discret, érudit, admirable écrivain) et Souris
(homme authentique et secret);
Irène
Hamoir par Scutenaire (elle
est deux choses: une fille qui me plaît et une fille qui a écrit
Boulevard Jacquemin);
Paul
Nougé par Souris (qui parle plutôt de lui-même);
Marcel
Mariën par Scutenaire (les mêmes caractéristiques que Nougé) et par
lui-même (Je n'ai pas d'opinion);
E.L.T.
Mesens par Scutenaire (la révolte à l'état pur, agressif total,
acide diluant).
La
conclusion nous est donnée par E.L.T. Mesens. S'inspirant de Marcel
Duchamp, pour qui dans la vieil n'y pas de problème puisqu'il n'y a pas de
solution, Mesens voit l'utilité essentielle du surréalisme dans le fait
qu'il était attaché à toutes les formes d'irrationnel qui jaillissent de
nos pores et qui sont la continuation de la vie.
Le
surréalisme en Belgique
Ce
texte provient du dossier de la Télévision scolaire relatif à l'émission Achille Chavée,
aujourd'hui indisponible. Nous remercions René Michelems qui nous a permis
d'en reproduire une partie significative.
Né en
France à l'initiative d'André Breton et de ses premiers
compagnons, le mouvement se voulait tout à la fois poétique et social: il
s'agissait au départ de briser les modes de pensée et d'écriture
traditionnelles: mais bientôt se greffait, à cette subversion des valeurs
dépassées, une remise en cause de la société dont elles étaient
l'émanation. Les jeunes révoltés du surréalisme opposaient un refus
catégorique aux formes artistiques surannées, aussi bien qu'à la morale,
à l'idéologie bourgeoise, à la religion. Attaquant à la fois le
rationnel et l'ordre établi, l'art "officiel" et les attitudes
politiques jugées réactionnaires, le surréalisme poussa jusqu'à
l'intransigeance cette volonté de bousculer, de fustiger, de détruire une
société fossilisée. "Transformer le monde", a dit Marx,
"changer la vie", a dit Rimbaud: ces deux mots d'ordre, pour nous,
ne font qu'un" (André Breton).
Le
mouvement français allait faire tache d'huile, gagner d'autres pays, vite
d'autres continents; quatorze pays participaient à l'Exposition
internationale de 1938, vingt-quatre à celle de 1947. Or, le premier en
date de ces pays fut la Belgique. Dès les années 20, Paul Nougé,
biochimiste et co-fondateur du parti communiste belge, était entré en
contact avec Breton. Autour de Nougé allaient se rassembler une
série de créateurs subversifs: René Magritte,
Louis Scutenaire, Paul
Colinet, plus tard Marcel
Mariën.
Ce
groupe dit de Bruxelles se développa à travers tracts, revues, prises de
position mais dans une indépendance farouche envers les Français,
notamment dans sa méfiance envers l'écriture automatique et l'abandon à
l'automatisme psychique.
De
plus, le groupe de Bruxelles s'attacha davantage à une remise en cause du
langage et de la peinture qu'à l'engagement politique, devenu primordial à
Paris (et entraînant des conflits et des exclusions spectaculaires entre
Breton et certains de ses premiers partisans).
En
revanche, un second groupe surréaliste, surgi en 1934 dans le Hainaut,
s'accorda davantage avec les idées et les objectifs de Breton. Pour Achille Chavée
et ses amis, l'écriture automatique et ses vertus ont une valeur de dogme,
tout comme la nécessité politique d'un surréalisme pourfendant les
valeurs politiques sclérosées. Ce sont les grèves du Borinage qui
amèneront l'avocat engagé qu'était Achille Chavée à fonder en mars
1934, à La Louvière, le groupe "Rupture": "Le surréalisme
a été une vraie libération, liée à l'aspect social et insurrectionnel
des grèves de 1932; la synthèse s'était établie d'elle-même entre la
poésie et mes convictions politiques."
Avec
lui, un autre avocat, Fernand Dumont, et le poète Marcel Havrenne contribueront à la
première manifestation internationale du surréalisme à La Louvière en
octobre 1935. Plus tard d'autres artistes du Hainaut, comme le peintre et
sculpteur Pol Bury, rejoindront les pionniers
du mouvement pour former à Mons "le groupe surréaliste du
Hainaut", en 1939.
Surréalisme
en Hainaut
TC7831
Production:
Archives et Musée de la Littérature - 1984 - Réalisation: Jean-Paul
Lavaud - Durée: 22' - Couleur
Au
retour de la guerre d'Espagne, Achille Chavée forme "le
groupe surréaliste du Hainaut" dont la première réunion officielle
se tient le 30 juin 1939. A Bruxelles, en 1926, un autre groupe s'était
constitué autour de la revue Correspondance. Il comprenait Paul Nougé,
René Magritte, Louis
Scutenaire, Paul
Colinet et Marcel
Mariën.
Cette
émission retrace dans le détail les principaux événements du mouvement
surréaliste, en France, d'abord, et à partir de 1924 en Belgique. La
seconde partie, plus courte, présente de manière inégale les membres du
"groupe surréaliste du Hainaut": Marcel Lefranc, Fernand Dumont (pseudonyme de Demoustier), Louis Van de Spiegele, Achille Chavée et Armand Simon.
Commentaire
Construite
autour d'un commentaire off soutenu qui apporte de nombreuses informations
(dates et titres d'oeuvres) et illustrée par de nombreuses images fixes,
citations, photos d'archives, tableaux et sculptures surréalistes, cette
émission est difficile à suivre et demande sans doute plusieurs
visionnements. Des extraits de textes lus alternent avec les références
biographiques.
Surréalisme:
nom masculin, automatisme psychique pur par lequel on se propose
d'exprimer, soit par écrit soit de toute autre manière le fonctionnement
réel de la pensée; dictée de la pensée en l'absence de tout contrôle
exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou
morale.
(André Bretron, Manifeste
du surréalisme, 1924)
Les
principaux événements évoqués dans l'émission:
1919:
la revue Littérature publie les trois premiers chapitres des Champs
magnétiques de Breton et Soupault, premier ouvrage d'écriture
automatique et première oeuvre surréaliste.
Décembre
1924: premier numéro de la Révolution surréaliste qui, pendant cinq
ans, rendra compte du mouvement et surtout de son orientation idéologique
et des recherches collectives du mouvement.
22
novembre 1924: à Bruxelles, Paul Nougé signe le premier tract
de la série "Correspondance". L'opération est menée tour à
tour par Camille Goemans, Marcel Lecomte et Paul Nougé.
Avril
1925: dans Réflexions à voix basse, Paul Nougé
met en cause les postions du manifeste du surréalisme quant à
l'écriture automatique.
Octobre
1926: le groupe surréaliste de Bruxelles est constitué: Camille Goemans,
Paul Nougé, les musiciens Paul Hooreman
et André Souris, René Magritte
et E.L.T. Mesens, auxquels
s'adjoindra Louis
Scutenaire.
Décembre
1929: le second manifeste du surréalisme. André Breton
reprend son souffle et aligne ses compagnons: ce ne sont plus tous les
mêmes.
Juillet
1930: la revue Le Surréalisme au service de la révolution prend le
relais de La révolution surréaliste.
29
mars 1934: à La Louvière, fondation du mouvement "Rupture"
par Achille
Chavée, André Lorent
et Marcel Parfondry. Rien
n'indique une visée surréaliste, le plan littéraire est rayé au profit
du mot "couille".
Février
1935: lors de la sortie du premier recueil d'Achille Chavée,
Pour cause déterminée, une réunion lui est consacrée où l'on décide
des réunions ultérieures sur l'étude des poèmes prolétariens,
surréalistes et révolutionnaires. L'influence de Fernand Dumont,
partisan de Breton, s'affirme.
Avril
1935: lors d'une séance extraordinaire à laquelle assiste E.L.T. Mesens,
délégué du groupe de Bruxelles, "Rupture" adhère au
mouvement surréaliste.
26
octobre 1935: à La Louvière, paraît Mauvais temps, unique cahier du
groupe "Rupture". Constant
Malva est le premier invité. Il représente la tendance sociale du
groupe.
1938:
une photo du groupe "Rupture" chez Dumont; on
reconnaît André Lorent, Constant Malva, Marcel Havrenne,
Marcel Lefranc et
Fernand Dumont.
Juin
1939: "Rupture" se dissout.
30
juin 1939: première réunion officielle du "groupe surréaliste
du Hainaut". Aux côtés de Fernand Dumont, Achille Chavée et Marcel Lefranc, on trouve Armand Simon et Louis Van de Spiegele.
Liens
avec d'autres documents
Achille
Chavée: Achille Chavée -TT8484
René
Magritte:
Pour illustrer Magritte - TU0991.
On y retrouve l'analyse du Pélerin de Magritte par Mariën. La leçon de
choses de Luc de Heusch - TC8731
Marcel
Mariën:
Marcel Mariën, La liberté mode d'emploi - En Toutes Lettres -TA6471
Louis
Scutenaire:
Entretien avec Louis Scutenaire - SW 7448. Scutenaire y donne sa définition
du surréalisme.
Dans
une moindre mesure, les émissions consacrées à Herman Closson,
qui critiqua de manière acerbe les surréalistes, Denis Marion
et Constant Malva, qui fût un moment la
caution sociale des surréalistes hennuyers. L'émission Surréalisme en
Hainaut - TC5783 (Production:
Musées vivants n° 5 - 1984, 25', couleur) propose des commentaires et des
analyses d'oeuvres picturales significatives du mouvement surréaliste.
Émergences
des avant-gardes en Belgique francophone
TC3081
Production:
Archives et Musée de La Littérature - 1990 Réalisation: Noiret J.,
Vandercam S. - Durée: 18' - Couleur
De
1915 à 1950, de Dada à Cobra, la Belgique francophone a contribué de
façon originale à l'histoire des avant-gardes européennes: éclats
dadaïstes de Clément
Pansaers et de Paul
Joostens auxquels répondirent à leur façon Paul Neuhuys ou Michel Seuphor; poèmes et dessins
en solitaire d'Henri Michaux;
alternatives surréalistes de Paul Nougé, d'Achille Chavée et de leurs compagnons de
route, parmi lesquels René Magritte ou Fernand Dumont; invention des logogrammes sous la
plume de Christian Dotremont
et des peintures partagées avec Pierre
Alechinsky. Ce document tente d'apprivoiser les mots et les images hors
des sentiers battus.
Commentaire
Cette
émission est un document de sensibilisation, un premier contact avec les
avant-gardes de Dada à Cobra. Le document se présente comme une galerie
de portraits, "kaléidoscope de visages et de textes délibérément
fragmentaires qui invitent à des lectures en toute liberté". C'est
donc une émission difficile à traiter, sans vocation pédagogique a
priori, mais qui tente dans ses aspects formels de restituer ou du moins
de suggérer l'esprit de ces avant-gardes en Belgique francophone.
Sur le
plan visuel, le document est constitué principalement par une succession
d'images fixes avec, parfois en surimpression, des vues d'oeuvres
picturales, de couvertures de livres, de pages manuscrites et imprimées, de
photos d'artistes, d'incrustations de noms et de courtes phrases. La caméra
balaie les images et s'arrête sur certains détails. Sur le plan sonore,
pas de commentaire, uniquement des citations en voix accompagnées d'une
musique de type contemporain de Jacques Calonne.
Liens
avec d'autres documents
Alechinsky
et Dotremont, R.T.B.F. - Signes des temps - 1972 - TU0027. Ce document contient le film de
Luc de Heusch, Dotremont-les-logogrammes.
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(c)
La
Médiathèque, 2002 - 2006
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