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sur
les écrivains belges de langue française
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Le
roman policier
L'Art
polar
TA0351
Production:
R.T.B.F. - En Toutes Lettres - 1996 - Un document de Guy
Lejeune et Marianne
Sluszny - Textes et entretiens: Marianne
Sluszny - Scénario et réalisation: Guy Lejeune - Durée: 55' - Couleur
Que
ce soit par le biais de la littérature fantastique ou du roman policier,
nombreux sont ceux qui se sont essayés à jouer sur la peur, l'effroi, le
suspense et l'angoisse. Certains auteurs ont d'ailleurs circulé avec beaucoup
de talent d'un genre à l'autre (Jean Ray et
Thomas Owen par exemple), tirant à la
fois sur les ficelles de l'étrange et de l'intrigue. Découverte des jeunes
talents belges issus de la vogue du polar qui a repris de plus belle ces dernières
années.
Mais
ce document fait aussi référence à des auteurs consacrés, comme Georges
Simenon, Stanislas-André
Steeman ou Thomas Owen. Il propose, non pas une synthèse, qui
serait impossible, mais une série de réflexions, faites par les écrivains,
sur le roman policier et particulièrement sur le roman noir. Parmi les thèmes
qui sont abordés, certains permettent de dégager quelques idées générales
sur la nature du polar et du roman noir, sur la spécificité du polar belge,
sur sa nature politique et sur la place que ce genre occupe dans la littérature
en général. Sur ce dernier point, l'expression de paralittérature est mise en
cause. Les écrivains interrogés s'accordent, avec Jean-Baptiste
Baronian, pour contester toute forme de hiérarchie
entre les valeurs littéraires.
Commentaire
Sur
le plan de la narration, cette émission adopte la forme d'une enquête. Un détective
lit Le tueur fou (de Jean-Baptiste Baronian) au moment où il se voit confier
une enquête discrète. Il s'agit d'élucider des disparitions en série. Les
seuls indices existants sont des photos et des bouts de pellicules dans une boîte
sur laquelle est écrit L'art polar. Dans ce petit film, en noir et blanc, des
écrivains et des éditeurs discutent autour d'une table.
Ces
images rappellent à l'enquêteur ces dissertations sur l'art pour l'art, théorie
autour de laquelle s'étaient divisés les écrivains de la littérature belge
balbutiante. Mais la question posée en ce moment est plutôt: Art polar,
polar c'est quoi au fait?
L'enquêteur
nous raconte (voix off) cette fichue enquête qui l'emmène dans différents
endroits empreints de l'atmosphère des romans policiers. Les écrivains et
les éditeurs sont interrogés mais cette succession de guignols ne le fait guère
avancer. Nous découvrons, à titre d'accessoires de l'enquête, de fausses
pages de la Libre Belgique ou du Soir et le scénario L'art polar qui circule
de mains en mains. La musique de Nino Rota (compositeur célèbre pour ses
musiques de films de Fellini) accompagne notre enquêteur.
La
plupart des séquences sont introduites par une question que se pose l'enquêteur
et présentées par un intertitre. On peut regretter une trop grande
fragmentation des interviews pour le besoin du découpage de l'émission en séquences.
Interviews:
les écrivains Frank Andriat, Jean-Baptiste Baronian, Luc Dellisse, Patrick
Delperdange, André-Paul Duchâteau, Pascale Fonteneau, Pierre Guyaut-Genon,
Xavier Hanotte, Robert Janssens, Bruce L. Mayence, Gilbert Mérague, Nadine
Monfils, Mythic; les éditeurs Arnaud de la Croix (Travelling), Claude
Lefrancq et Patrick Raynal (Série noire); Ronald Theunen (producteur Radio à
la RTBF).
Polar,
roman noir, roman à énigmes
Patrick
Raynal (directeur de la série noire)
propose deux définitions du roman policier. D'un point de vue sociologique, le
polar s'est développé dans des sociétés industrielles et capitalistes; il décrit
un monde qui ne va pas. D'un point de vue stylistique, le roman policier, le
roman noir décrit les gens, non pas à travers la psychologie de l'auteur ou
des personnages, mais à travers leur comportement. C'est, ici, l'influence américaine,
béhavioriste et humaniste, qui prévaut par rapport au roman anglais à énigmes
construit davantage comme un jeu. Raynal cite des thèmes traités, pour la
première fois grâce au roman noir américain: la corruption politique et le
crime organisé.
Claude
Lefrancq (éditeur) oppose polar et roman
à énigmes. Dans le polar, il n'y pas d'intrigue, le lecteur entre seulement
dans le monde de l'auteur. Le roman à énigmes contient des intrigues et des
mystères; il y a un jeu entre l'écrivain et le lecteur; l'auteur parsème le
roman d'éléments ou d'informations qui permettent ou non de résoudre l'énigme.
André-Paul
Duchâteau considère plutôt qu'un bon
roman policier est un roman qui vous passionne, que vous voulez terminer au plus
vite mais qui vous retient à la fois.
Décors
Les
décors dans lesquels le romancier situe son récit ont-ils des caractéristiques
précises?
Pour
Patrick Raynal, Ostende, Bruxelles et son canal sont synonymes d'ambiance polar.
Jean-Baptiste Baronian
situe le décor naturel et presqu'instinctif, le foyer
imaginaire de ses romans à Bruxelles, remarquable pour la superposition de ses
styles. Pour Luc Dellisse,
c'est Paris ou New-York, pour la raison que plus une ville est grosse, plus il
peut s'y passer des choses diverses. Xavier
Hanotte pense que le public belge a besoin
qu'on lui parle de la Belgique et de sa diversité. Nadine
Monfils, au contraire, refuse de définir
les lieux de ses romans car cela donne plus la trouille. Pascale
Fonteneau écrit, dit-elle, dans deslieux
imaginaires.
Depuis
son premier roman qui parlait des tueries du Brabant, Pierre
Guyaut-Genon se sent de plus en plus
belgo-belge, partie francophone. Les "lieux" de André-Paul Duchâteau,
ce sont la Flandre, la mer du Nord, Knokke (La petite fille à gauche sur la
photo). Frank Andriat (Les
Aventures de Dogstone H. Juge) préfère l'univers fictif des îles belges, lieu
de mélanges linguistiques, typiquement belges.
Arnaud
de la Croix, qui édite la collection
Travelling (aux éditions Casterman) destinée aux adolescents et aux jeunes
adultes, cite quelques écrivains: Patrick
Delperdange (Comme
une bombe), Luc Dellisse (Mirages) Nadine Monfils (Les fleurs brûlées), André-Paul
Duchâteau (Les masques de cire).
Identité
Y
a-t-il une spécificité de la littérature policière belge? (Vues de la
libraire Polar and CO, nid de fanatiques)
Pour
Baronian, il n'y a pas une véritable spécificité mais, en revanche, il y a de
grands auteurs: chez Simenon, le
plus grand, il y a une couleur, une atmosphère qu'on retrouve chez d'autres
auteurs belges. Il y a aussi le courant Steeman, qui est davantage une littérature
de détection, de résolution de problèmes mais qui est aussi, dans sa seconde
période, une littérature qui s'apparente au récit noir.
Luc
Dellisse rappelle l'histoire de la collection Le Jury: dans les circonstances
particulières de la guerre - les livres français et anglo-saxons n'étaient
plus accessibles - Stanislas-André
Steeman lance cette collection qui fait école
pendant cinq ans, mais s'arrête en 1947. Steeman surnage, Owen passe au
fantastique, Simenon est le continent Simenon.
Itinéraires
Le
fin du fin ne serait-il pas d'être publié dans la série noire de Patrick
Raynal? Robert
Janssens et
Bruce L. Mayence (La
carrière des singes de marbre) évoquent leurs débuts d'écrivains, Pascale
Fonteneau, ses rapports avec la Série noire dans laquelle elle est éditée.
Avoir
bon genre
Existe-t-il
un milieu du polar? Qu'est-ce que le polar par rapport aux autres genres? Il n'y
a pas, pour Luc Dellisse, de différence essentielle avec des romans comme La
Chartreuse de Parme (de Stendhal) par exemple, sinon l'introduction d'un risque
supplémentaire encouru par le ou les héros: le risque mortel, l'apparition du
revolver.
Gilbert
Mérague se sent proche de la réalité
des gens mais ne cherche pas à expliquer les énigmes du monde ou des gens,
pourquoi ils ne vont pas bien (Les hostos du coeur). Pour Nadine Monfils, on n'écrit
pas d'abord un roman pour la série noire, mais s'il se fait qu'il contient des
tueurs, alors il entre dans ce créneau. Bruce L. Mayence explique comment,
selon lui, Le nom de la rose (de Umberto Eco) vacilledans le polar.
Xavier
Hanotte refuse de classer. S'il utilise certaines conventions du polar, c'est
pour faire autre chose. Le polar est une catégorie qui entraîne beaucoup de
malentendus car elle accorde une prime à de mauvais textes, lus uniquement
parce qu'ils sont des polars mais déprécie certains grands textes, s'ils sont
lus, comme un polar, d'une façon incomplète.
Patrick
Delperdange poursuit dans ce sens: assez de cette classification. Mon travail
actuel, c'est faire éclater les barrières que l'on pose depuis que la littérature
existe. Je n'arrive plus à considérer les genres les uns par rapport aux
autres.
Patrick
Raynal affirme à son tour l'absence de différences: Les raisins de la colère
sont construits comme un polar.
Jean-Baptiste
Baronian: Il n'y a pas de hiérarchie dans les valeurs littéraires,pas de
valeurs romanesques hiérarchisées. J'ai horreur des expressions comme paralittérature.
André-Paul
Duchâteau: le polar est quelque chose de plus que le polar. Dans un bon roman
policier, beaucoup de choses s'ajoutent à ce qu'on a cherché à atteindre
comme but.
Sources
d'inspiration
Pour
Mérague, les sources d'inspiration sont des faits divers qui passent inaperçus.
Pour Delperdange, le travail du romancier est de trier, dans ce qui lui arrive,
ce qui peut faire une bonne fiction. Les gens en rupture, les rapports de force
liés au sexe sont des sources privilégiées pour Bruce L. Mayence.
Contraintes
et critères
Qu'est-ce
que c'est un roman noir, un roman policier? Pour Pascale Fonteneau (éditée
dans la série noire), il n'y a pas de codes nécessaires: pas de policiers dans
ses histoires.
L'éditeur
Patrick Raynal prend deux types de critères en considération: en premier lieu,
un critère plus intime qui sert de déclencheur, lorsqu'on sent, derrière l'écriture,
qu'il y a quelqu'un qui a quelque chose à dire et ensuite l'existence de codes:
une étude de milieu, des personnages en mouvement, une transformation des
personnages en cours de récit, une certaine tension génératrice de mort et de
violence.
Pour
Gilbert Mérague c'est la non gratuité du texte, concession parfois pesante car
on ne peut pas s'attarder aux couleurs, aux détails savoureux. Il faut que ça
aille vite (Les hostos du coeur).
Ronald
Theunen, producteur Radio à la RTBF,
explique la naissance du concours de nouvelles policières Encres noires en
1989.
Les
influences littéraires
Cette
séquence ne permet pas de dégager les influences littéraires majeures des écrivains
interrogés. Les romans populaires, américains, des auteurs comme Steeman ou
Owen sont cités mais également des influences littéraires plus classiques.
Polar
et politique
Hormis
Luc Dellisse, les écrivains interrogés s'accordent sur la dimension politique
du polar et du roman noir qui, si elle n'est pas toujours explicite, appartient
à sa nature subversive, contestataire de l'ordre établi.
Pour
Patrick Raynal, le roman noir est connoté à gauche parce qu'il dénonce
toujours quelque chose. Pour la série noire, on a cette fausse idée de
collection de gauche mais cette vraie idée de collection politique.
Pascale
Fonteneau et Nadine Monfils expriment leur révolte politique au moyen de l'écriture
plutôt qu'en descendant dans la rue. Pierre Guyaut-Genon met en scène les
hommes politiques et les puissants pour montrer la corruption du pouvoir.
Baronian
propose d'élargir la notion de politique. Les perdants, les personnages désillusionnés
sont le reflet d'une époque qui a perdu ses repères idéologiques.
Luc
Dellisse réserve le terme politique aux textes qui sont explicitement
critiques. Il invoque plutôt les implications philosophiques de ses livres:
fantasme de la lumière, goût pour la lumière d'un homme qui déteste le noir.
Dans
l'ultime séquence, l'interviewer demande aux écrivains d'imaginer leur mort
romanesque.
Liens
avec d'autres documents
Stanislas-André
Steeman, Enquête sur un père au-dessus de tout soupçon,
R.T.B.F., En toutes Lettres - 1994 - TA8421
Thomas
Owen, Thomas Owen ou l'homme pluriel - R.T.B.F. - Rencontre - 1982
- TU0914
Le
récit de l'énigme criminelle, R.T.B.F., Télévision scolaire - TT9060
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(c)
La
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