sur les écrivains belges de langue française

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Le symbolisme

Les trois amis de Gand

TA9021

Production: R.T.B.F, En Toutes Lettres - 16.04.95 - Scénario et réalisation: Jean-Marie Deconinck - Durée: 55' - Couleur

Maurice Maeterlinck (1862-1949), Charles Van Lerberghe (1861-1907) et Grégoire Le Roy (1862-1941) sont trois figures importantes du symbolisme belge (fin du 19ème et du début du 20ème siècle). Issus tous les trois de la ville de Gand, ainsi que de la même classe sociale, la bourgeoisie francophone catholique, ils se rencontrent pendant leur adolescence. Sur les bancs du Collège Sainte-Barbe, à Gand, ils reçoivent la solide formation inculquée par les jésuites à qui Maurice Maeterlinck reproche "d'avoir empoisonné les joies et détruit le sourire de l'enfant qu'il était". Très vite, ils s'échangent leurs premiers essais littéraires, tandis qu'ils découvrent la littérature récente, parue en France. Le mouvement parnassien et le mouvement symboliste leur servent successivement de modèles.

Ensemble, ils commenceront leurs études de droit et vont chacun élaborer une oeuvre personnelle de grande qualité. Ainsi, Serres chaudes et le Théâtre de Maurice Maeterlinck, La Chanson d'Eve de Charles Van Lerberghe, et, moins connu, Mon Coeur pleure d'autrefois et Le Passé qui file de Grégoire Le Roy.

L'émission suit en parallèle la vie et l'oeuvre des trois amis jusqu'à la mort du premier d'entre eux, Charles Van Lerberghe, en 1907. Elle est divisée en 4 parties: 1. Enfance et jeunesse, 2. Les premiers pas, 3. Le théâtre, 4. Aujourd'hui.

Commentaire

    L'émission débute par des images de la ville de Gand, de l'Escaut et de la maison natale de Maeterlinck. Elle est abondamment illustrée sur le plan iconographique, en particulier par des tableaux de Botticelli.

    Le climat poétique du symbolisme est rendu par des images appropriées (reflets et jeux d'eaux, paysages), par des sons (l'eau qui coule) et par le recours à des procédés fictionnels: une comédienne, vêtue d'une longue robe blanche, se promène, telle l'Eve de Van Lerberghe et de Botticelli, dans des cadres verdoyants. La musique de Debussy (Syrinx) et de Wagner, notamment, parachève l'atmosphère souhaitée par le réalisateur de l'émission.

    De nombreuses lectures off de textes: Serres chaudes de Maeterlinck (2 extraits). Entrevisions de Van Lerberghe (2 extraits). Le Passé qui file de Le Roy (le texte apparaît à l'écran). Un extrait de la correspondance de Van Lerberghe avec F. Séverin. La Chanson d'Eve de Van Lerberghe (2). Un extrait de la pièce Les Flaireurs de Van Lerberghe et de L'Intruse de Maeterlinck.

    Raymond Trousson et Paul Aron sont interviewés et apportent l'essentiel des informations littéraires (L'émission reprend des extraits de l'interview de Paul Aron dans l'émission Georges Rodenbach et le symbolisme (SA 2113).

1. Enfance et jeunesse

Raymond Trousson décrit la ville de Gand, ville matérialiste, dans laquelle ont vécu ces trois écrivains, leur appartenance à la bourgeoisie francophone et l'enseignement jésuite dispensé au collège Sainte-Barbe de Gand, les différences de personnalité entre eux.

Cet enseignement leur donne de bonnes bases intellectuelles et littéraires. Ensuite ce sont les études de droit. C'est pour Paul Aronune caractéristique de cette époque: On est docteur en droit mais on fait de la littérature.

L'éducation religieuse dure et sévère marque les trois écrivains: crise mystique chez Maeterlinck rappelant les Pensées de Pascal, influence des mystiques flamands et notamment de Ruysbroek.

2. Les premiers pas

L'année 1880 marque la renaissance des lettres belges. Les revues La Jeune Belgique et L'art moderne sont les catalyseurs de la vie littéraire belge. Elles ont des objectifs différents: La Jeune Belgique est de tendance parnassienne, de l'art pour l'art. L'art moderne de Picard implique davantage un engagement social et politique de l'écrivain. Georges Rodenbach leur met le pied à l'étrier en présentant les trois écrivains dans un article de La Jeune Belgique (Paul Aron).

Raymond Trousson propose une définition du symbolisme: Le symbolisme est une perspective essentiellement idéaliste qui considère l'univers comme un mystère qu'il s'agit de décoder et de décrypter selon toute une série de signes, ou de symboles ou encore d'intersignes; c'est donc une tentative de décryptage de l'univers par le langage poétique, le tout étant naturellement mâtiné d'influences philosophiques allemandes que ce soit de Hegel, de Schopenhauer ou encore de Kant.

L'unité des trois écrivains apparaît dans ce que Paul Aron appelle les thématiques du retrait: Le poète n'est plus en accord avec la société, il rompt avec les thématiques de l'utilité bourgeoise. Poésie liée à l'inconscient chez Maeterlinck, poésie liée au regret, à la mélancolie ou à la mort chez Van Lerberghe.

L'importance des voyages culturels de Van Lerberghe et l'influence de Botticelli (particulièrement sur La Chanson d'Eve), la ville de Bouillon où se rendait l'écrivain, sont évoqués. La Chanson d'Eve, recueil publié en 1904, est pour Paul Aron une des plus belles oeuvres écrites en Belgique: chef d'oeuvre et chant du cygne du symbolisme.

3. Le théâtre

C'est le théâtre qui a fait connaître les trois auteurs et les distingue des symbolistes français. Le théâtre du second empire était mondain et au service d'un acteur vedette. Les Belges apportent un art total comme celui de Wagner qui met en avant le texte, la mise en scène, le décor et la musique (Paul Aron).

Les trois écrivains gantois, suite à une initiative de Le Roy, se lancent chacun dans l'écriture d'une pièce sur le thème de la mort: ce dernier écrit L'annonciatrice (inachevée), Van Lerberghe, Les Flaireurs (ce sera la première pièce symboliste jouée, et Maeterlinck, L'Intruse.

Maeterlinck écrit sa première oeuvre symboliste en 1889: La princesse Maleine. Mirbeau dit de lui qu'il est le "nouveau Shakespeare". Succès prodigieux jusqu'à la période des essais qui marque son abandon de la forme théâtrale.

Paul Aron précise que la carrière de Van Lerberghe est en demi-teinte. Après des débuts fracassants avec Les Flaireurs, l'écrivain rentre dans sa coquille jusqu'à la publication en 1898 des Entrevisions. La carrière de Le Roy est la moins brillante. Le Roy qui a hésité entre la peinture et la littérature est plutôt un écrivain du dimanche.

Raymond Trousson discerne chez eux une attitude semblable par rapport à la femme: image stéréotypée de la jeune fille idéale, pure, allégorique, frappée par le destin. Mariage traditionnel pour Le Roy. Rencontre de Maeterlinck avec la cantatrice Georgette Leblanc en 1895, qui prétend jouer le rôle d'inspiratrice et régenter la vie de l'écrivain. Timidité de Van Lerberghe qui restera célibataire. (Extrait d'une lettre de Maeterlinck à Georgette Leblanc et d'une lettre de Van Lerberghe)

4. Aujourd'hui

En conclusion, Paul Aron tente de définir la modernité de ces trois écrivains: celle-ci nous parle encore aujourd'hui en raison du climat de rupture qui a présidé à leurs oeuvres. La lutte contre les genres dominants de leur époque donne une vigueur à leur poésie ou à leur théâtre. Les Serres chaudes ont été appréciées par les surréalistes. Le sens du silence et de la recherche du non-dit dans le théâtre de Maeterlinck évoque Beckett et le théâtre contemporain.

Liens avec d'autres documents

Maurice Maeterlinck: Maurice Maeterlinck - Télévision scolaire - TT9004; La mort triomphait en cette voix étrange - En Toutes Lettres - TA6211

Georges Rodenbach: Georges Rodenbach et le symbolisme - Écran Savoir - TT8527

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