sur les écrivains belges de langue française

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Alain Berenboom (1947)

Oeuvres en chantier.

Alain Berenboom: un coup de faux.

TA 7051

Durée: 28'10. Diffusion: 05/10/1997. Réalisation: Guy Lejeune. Journaliste: Guy Lejeune.

Constituée d'interviews, de séquences filmées dans un contexte choisi par l'auteur (souvent des éléments de son décor quotidien ou ses références majeures), de lecture d'extraits, Oeuvres en chantier fait le bilan de la démarche de l'écrivain, en définit les enjeux, et l'interroge sur ses projets et les axes de son oeuvre à venir.

Mes romans se servent des manipulations et des faux pour les dénoncer: le charity-business dans La position du missionnaire roux ou les peintres spécialisés dans le faux pour Le pique-nique des Hollandaises, ou encore ces étudiants chinois qui reçoivent des cours sur le cinéma américain mais qui ne peuvent voir les films et doivent donc en rêver, comme le montre La table de riz.

Dans les locaux de l'Athénée F. Blum, Alain Berenboom rencontre son ancien professeur, P. Delsemme, qui lui a fait découvrir qu'un écrivain peut être impertinent, faire des pieds de nez contre les tabous. Un exercice qu'a proposé Delsemme a été décisif pour A. Berenboom: il s'agissait d'écrire un acte supplémentaire à La Princesse Maleine, faire donc du faux Maeterlinck. Berenboom évoque ensuite un autre de ses professeurs, André Delvaux, parle de son père et de sa mère, du reste de sa famille disparue dans l'Holocauste et de son absence de racines familiales.

Ses romans abordent tous la question du pouvoir: La position du missionnaire roux, le pouvoir des multinationales, La table de riz, le pouvoir politique chinois, Le pique-nique des Hollandaises, celui de l'argent, et La Jérusalem captive, celui de l'université, du mot, du livre. Il veut montrer comment s'exerce le pouvoir réel et pas seulement le pouvoir apparent. C'est pourquoi, cinéma et télévision ont beaucoup d'importance dans ses livres, parce que ce sont de bons reflets du pouvoir.

Dans le cadre de Mini-Europe, au Heysel, il affirme: mes livres ne parlent pas de la Belgique, mais quand je parle du monde, je pose en fait un regard sur la Belgique, comme Tintin.

Par ses romans, il s'est créé une famille, puisque la vraie famille a disparu. Ses personnages sont des solitaires, mal à l'aise, souvent des personnes déplacées. Pourtant, au départ, il n'a aucune idée de ce qu'ils seront; le roman est entamé sans plan préconçu. La première phrase est le véritable élément déclencheur, elle doit bouleverser, être forte, et à partir d'elle le livre s'élabore. Force lui est de constater que dans ses romans les femmes modernes sont peu attirées par les héros, tandis que les hommes sont plutôt au service des femmes, ce qui est générateur de courses poursuites diverses. Dans le même ordre d'idée, il ne visite jamais les lieux où il situe ses romans, préférant partir de lieux qui sont des clichés pour permettre à l'imagination de vagabonder. Pour confronter le réel et la fiction, le réalisateur a choisi d'emmener l'écrivain, pour la première fois, au château de Bouillon, lieu de départ de son livre La Jérusalem captive, où il est involontairement mêlé à un groupe de naïfs touristes japonais, ce qui ne va pas sans quiproquo.

L'écrivain insiste encore sur l'héritage moral de ses parents, des juifs non religieux, sans repli sur soi, qui lui ont transmis un amour de la justice et de l'autre, loin du racisme et du nationalisme.

Pour Berenboom, écrire des romans, c'est avant tout raconter des faux: la fiction, la folie, la fantaisie. Mais cela se fait avec humour, dimension essentielle de son écriture, moyen de communiquer son émotion. La dérision, le rire donnent ce point de vue décalé.

La fin de l'émission montre la cassette enregistrée envoyée à l'héroïne chinoise de La table de riz.

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