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sur
les écrivains belges de langue française
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Jacques
De Decker (1945)
TA
7056
Durée:
38'26. Diffusion: 05/03/2000. Réalisation: Marianne Sluszny, Guy
Lejeune.
Constituée
d'interviews, de séquences filmées dans un contexte choisi par l'auteur
(souvent des éléments de son décor quotidien ou ses références majeures),
de lecture d'extraits, Oeuvres en
chantier fait le bilan de la démarche de l'écrivain, en définit les
enjeux, et l'interroge sur ses projets et les axes de son oeuvre à venir.
Jacques
De Decker se présente comme un traducteur, notion qu'il décline selon
diverses acceptions du mot. Il transforme les ouvrages des autres en critiques;
il transforme les textes écrits dans d'autres langues vers sa propre langue;
il transforme le réel en fiction théâtrale ou romanesque.
Dans
un décor de jardin, il évoque son origine de flamand francisé, qui lui a donné
une notion de la relativité de la langue sans pourtant en négliger la
correction et le souci de précision. La proximité de plusieurs langues l'amène
à se poser la question de savoir quelle langue dit
mieux. Dans la cour de l'Hôtel de Ville de Bruxelles, où ont lieu les répétitions
de la pièce Egmont de Goethe, De
Decker commente la pièce. Goethe pose en termes dramatiques trois attitudes
possibles: celle du Duc d'Albe, l'exécuteur qui applique les directives;
celle du Prince d'Orange qui, voyant la négociation sans issue, se soulève
et prône une révolution indépendantiste; celle d'Egmont qui plaide pour la
paix et veut éviter une pulsion identitaire qui se fonderait sur une différence
de convictions religieuses. En cela, Egmont est tout à fait moderne. Il préfigure
ce qu'est la Belgique contemporaine; Jacques De Decker ne la voit pas comme un
pays absurde, inutile, superflu, mais au contraire comme un Etat où tout se fonde sur un contrat social, hasardeux ou fortuit, mais où le
rapport entre les citoyens est lié, fondé sur une convention. Cela
élimine le nationalisme, l'intégrisme et oblige à une prise de conscience
permanente du désir d'être ensemble. En ce sens, la notion de Belgique
est la source d'invention de mythologies, et c'est parce qu'elle est
compliquée qu'on l'aime.
L'écrivain
parle encore du graveur Frans Masereel, du peintre Camille De Taeye, de Hugo
Claus en tant que peintre, qui reprend un tableau connu en ironisant pour en
donner sa version. Il évoque également son action dans l'équipe
d'animation du Festival de théâtre de Spa (il faut corriger l'amnésie théâtrale), la revue " Marginales "
à la renaissance de laquelle il a contribué, son travail de critique (le
critique lit pour l'autre, il est envoyé en avant-garde du public; il donne
une formulation à ce qu'il a capté dans une oeuvre).
Il
approfondit encore son rapport à sa ville natale. Si elles n'y sont pas
explicitement situées, ses pièces auraient Bruxelles comme décor privilégié.
Mais son roman La grande roue est une
déclaration d'amour à sa ville. Revisiter
les lieux décrits me donne la sensation que je recherchais, c'est-à-dire
revoir le réel à travers un filtre par où serait passé le romanesque.
Une scène de répétition et la maquette des décors donnent l'occasion de
parler de sa pièce Le Magnolia, dont
il espère qu'on la percevra comme comédie. Son ambition est de réussir un
jour une comédie, ce pont-aux-ânes de l'art dramatique. On voit encore
Jacques De Decker donnant ses cours au Conservatoire Royal de Bruxelles,
commentant un dessin de Royer. Il parle finalement du rôle de l'intellectuel,
trop marginalisé dans le monde culturel belge. Son activité de consultant,
celui qui aide à rendre les choses possibles, représente la part citoyenne de
sa vie, son intervention dans le corps social, même si pour lui-même il refuse
des positions de pouvoir qui nuiraient à son autonomie d'auteur et
d'intellectuel.
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La
Médiathèque, 2002 - 2006
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