sur les écrivains belges de langue française

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Xavier Hanotte (1960)

Oeuvres en chantier.

Noms-Lieux. Xavier Hanotte.

TA 7059

Durée: 32'. Diffusion: 10/09/2001. Réalisation: Marianne Sluszny, Guy Lejeune.

Constituée d'interviews, de séquences filmées dans un contexte choisi par l'auteur (souvent des éléments de son décor quotidien ou ses références majeures), de lecture d'extraits, Oeuvres en chantier fait le bilan de la démarche de l'écrivain, en définit les enjeux, et l'interroge sur ses projets et les axes de son oeuvre à venir.

Déambulant au Mémorial des Martyrs juifs d'Anderlecht et à la Porte de Menin à Ypres, Xavier Hanotte définit l'enjeu de son écriture: chercher à capturer des émotions. Et les lieux ont une grande importance dans ce projet: ils deviennent quasiment des personnages, car  ils exercent une action sur l'action. Il existe des lieux qui vibrent, comme par exemple à ses yeux, les cimetières militaires britanniques. Écrire, c'est partager, communiquer cette émotion. À l'image d'un de ses personnages écrivains, il aime à se définir comme fournisseur en supplément d'âme.

La Guerre de 14-18 a pris de plus en plus de place dans ses textes, mais ce n'est pas pour autant que ses livres peuvent être qualifiés de romans historiques. Derrière la colline doit plutôt être considéré comme un roman de la destinée et de l'aventure humaine. Pourquoi sort-on de la tranchée alors que l'on sait qu'on a toutes les chances d'être tué ? Cette question taraude l'écrivain; c'est à la fois ce qui fait la grandeur et la veulerie de l'homme. Mais la mort, qui est donc très présente, n'est pas vue de façon sinistre: elle doit être comprise dans la perspective de la notion de grand Tout.

Hanotte s'est beaucoup attaché à la personne du poète Wilfred Owen, mort au front, dont l'oeuvre brève et dense l'a profondément marqué: Derrière la colline apparaît comme un " renvoi d'ascenseur " pour remercier le poète. Hanotte a traduit Owen (le livre Et chaque lent crépuscule est paru en septembre 2001), mais avant cela également l'écrivain flamand Hubert Lampo avec lequel il a de grandes affinités. Il affirme être ainsi entré en littérature par la porte de service, c'est-à-dire par la traduction. C'est l'occasion de parler de son point de vue sur la traduction littéraire: traduire un effet plutôt qu'un texte tenu dans une vénération confite. La traduction n'exclut pas une créativité subsidiaire. Situation paradoxale du roman Derrière la colline: mettant en scène des anglais et entre autres des écrivains anglais, l'auteur a conçu ce roman comme la traduction d'un texte anglais inexistant, s'interdisant certains jeux de mots car ceux-ci auraient été impossibles en anglais. Par contre, les poèmes de l'écrivain imaginaire Nigel Parsons ont été écrits en anglais par Xavier Hanotte lui-même.

Pourquoi écrire sur le passé, qu'il s'agisse de la Guerre de 14 ou de certains épisodes de 40 (le massacre de Vinkt, près de Gand, dans De secrètes injustices) ? Hanotte parle du devoir de mémoire, il faut porter l'esquif de la mémoire avant qu'il ne chavire. De secrètes injustices aborde le thème du révisionnisme qui, pour l'écrivain, s'insinue à partir de l'amnésie; c'est donc contre elle qu'il faut d'abord lutter. Le révisionnisme, ce mensonge qui tue, est tout le contraire d'une bonne fiction. Dans une fiction, il faut que les choses vivent; on doit être honnête par rapport aux personnages que l'on crée, on ne peut pas écrire n'importe quoi. L'écriture est responsabilité. Ces propos sont tenus sur fond d'images de différents lieux décrits par l'écrivain: des champs de bataille, la Porte de Menin, des cimetières, le village de Vinkt.

Au village français de Thiepval, au pied de l'étonnant monument aux soldats anglais disparus de la bataille de la Somme - le " monstre " dans Derrière la colline -, Xavier Hanotte montre comment cette architecture singulière, faite de tiraillements, offre un parallèle avec un aspect important de son esthétique, le réalisme magique. Dans le roman, le " monstre " a une fonction de porte que l'on franchit entre le réalisme et autre chose, une sorte d'entre-deux stylistique. Tous ses romans hésitent entre réel et irréel, rêve et réalité.

En outre, il y a chez l'écrivain un côté ludique, une volonté de brouiller les limites entre la fiction et le réel. Il se met souvent en scène dans les différents narrateurs: je suis un rêveur, j'ai une tendance profonde à être ici et ailleurs. Quand j'écris, je suis Xavier Hanotte, mais aussi mes personnages, Barthélemy Dussert et Nigel Parsons. Je ne situe pas la limite moi-même. Il me paraît donc intéressant pour le lecteur de procéder au même jeu.

L'écrivain parle encore longuement de la Place des Martyrs, raccourci de nombreux aspects de la complexe réalité belge qu'il s'efforce aussi de montrer dans ses textes.

La photographie de l'émission, tant des paysages que des monuments, est très réussie et sert fort bien le propos de l'écrivain et des réalisateurs.

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