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sur
les écrivains belges de langue française
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Henri
Bauchau
(1913)
TF
5656
Production :
R.T.B.F. - Noms de Dieux - 23/01/1998 - Réalisation : Jacques
Dochamps - Journaliste : Edmond Blattchen - Durée 59' -
Couleur
Henri
Bauchau est né à Malines en 1913. Pendant ses études de droit, il commence à
écrire pour différents journaux de jeunes des articles et des poèmes et fait
partie du groupe de la revue La cité chrétienne.
Après la guerre, il travaille dans l'édition à Bruxelles et à Paris.
De
1947 à 1950, il suit une psychanalyse avec Blanche Reverchon-Jouve. Il devient
psychothérapeute pour jeunes en difficultés.
C'est
à l'occasion de sa psychanalyse qu'il se découvre une vocation d'écrivain.
Son premier recueil de poésie, Géologie,
est publié en 1958, à 45 ans. Henri Bauchau est également dramaturge,
romancier et essayiste.
Commentaire
Le
propos général de Noms de Dieux est énoncé dans une citation d'André
Malraux : Je pense que la tâche du prochain siècle, en face de la plus
terrible menace qu'ait connue l'humanité, va être d'y réintégrer les
dieux. Le présentateur, Edmond Blattchen, s'entretient avec une figure
intellectuelle importante de notre époque : philosophe, écrivain,
scientifique, chef religieux, homme politique.
L'émission
est réalisée en studio dans un décor sobre, voire austère, et se déroule
toujours selon le même schéma formel en cinq parties : le titre,
l'image, la phrase, le symbole et le pari. Des intertitres accompagnés par
l'exécution du même thème musical accentuent ce côté formel.
L'éclairage
dirigé sur les interlocuteurs et la couleur vert-bleu dominante du décor ne
permettent pas la dispersion du regard du spectateur. Les interlocuteurs sont
filmés en plan fixe rapproché. Une troisième caméra, disposée
perpendiculairement à l'axe formé par les deux interlocuteurs, montre, en légère
plongée, l'ensemble du dispositif de plateau. Elle rappelle que nous sommes
dans un contexte de communication médiatique - la présence de projecteur qui
s'allument progressivement, en est un élément - et souligne aussi le caractère
intime et spirituel de l'entretien en montrant le présentateur et son invité
face à face, mais proches dans un espace plus vaste.
Le
présentateur rappelle le parcours intellectuel de l'invité et la raison de
sa présence. L'invité se prête à ce qui ressemble à un rituel et choisit,
pour chacune des cinq parties, un objet symbolique qui représente un aspect de
sa pensée.
L'entretien
porte essentiellement sur les derniers romans d'H. Bauchau, Oedipe sur la route et Antigone,
le personnage d'Antigone prenant le pas sur la figure de son père. Bauchau
estime que ce personnage fait pendant à ce que Freud a écrit à propos
d'Oedipe. L'écrivain réactualise ces deux grands mythes fondateurs en
alliant fidélité et modernité.
I.
Le titre
Bauchau
choisit d'écrire "Dieux", c'est-à-dire à la fois avec une
majuscule et avec la marque du pluriel. Il ne récuse pas l'idée d'un dieu
unique mais estime qu'il y a beaucoup de voies pour y parvenir, donc beaucoup
de noms possibles. Ainsi que l'a exprimé Gandhi, chacun aborde une route différente
mais toutes mènent au sommet.
Cette
façon d'écrire est également pour les personnages le signe de leur libération
de l'empire des dieux, Antigone étant, aux yeux de l'auteur, laïque et
mystique. Il faut donc s'affranchir de la crainte de dieu, car pour le
psychanalyste qu'est également Bauchau, la peur est un obstacle majeur dans
la vie. L'image d'un dieu terrible, justicier et tout-puissant, qu'a véhiculée
la religion catholique doit être dépassée.
Freud
a mis en évidence la part de l'image paternelle dans la religion et l'écrivain
souscrit à cette affirmation que le dieu personnel est le père transfiguré.
La psychanalyse a ainsi fait renoncer à une image paternelle de la religion au
profit d'une image plus maternelle.
A
la question du présentateur sur sa passion chrétienne, l'écrivain répond
qu'après une psychanalyse, on regrette
son innocence antérieure. L'on vit dans la déchirure et non dans la réconciliation,
même par rapport à Dieu.
II.
L'image
Bauchau
a choisi la photo de Freud avec sa fille Anna à la fenêtre d'un wagon en
gare de Paris, au moment du départ en exil à Londres. C'est en quelque sorte
Oedipe et sa fille Antigone sur la route de l'exil, thème essentiel dans l'écriture
de l'écrivain : des personnages perdus décidés à se reconquérir.
Dans
Oedipe sur la route, Antigone, personnage d'abord secondaire,
passe au premier plan et elle contribue même à remettre
Oedipe au monde.
La
volonté de Bauchau a été de sortir ces deux personnages de l'Antiquité
grecque et de montrer leur importance pour notre époque, Antigone personnifiant
le mythe de l'espoir contre la fatalité, la révolte contre le pouvoir, la
liberté contre le destin et les dieux.
III.
La phrase
Quand
j'aurais la foi qui soulève les montagnes, s'il me manque l'amour, je ne
suis rien.
Saint
Paul, Première épître aux Corinthiens.
Cette
parole de l'apôtre s'oppose à un certain orgueil, celui de la science,
celui des régimes dictatoriaux, celui de l'islam, ou celui du communisme,
orgueil qui consiste à croire qu'on peut faire les choses sans amour. Cette
phrase pourrait être prononcée par Antigone. Racontant les circonstances de la
rédaction du livre, l'écrivain insiste sur l'importance de la féminisation
de ses personnages, alors que son enfance a été marquée par la prédominance
des valeurs masculines.
IV.
Le symbole
On
quitte la tradition chrétienne. Le symbole du Tao a été préféré, d'abord
pour ses qualités graphiques, entre autres l'importance des lignes courbes.
Mais aussi pour cette alliance des contraires, dans
le noir il y a la racine du blanc et dans le blanc la racine du noir.
L'obscurité est nécessaire à la lumière et inversement ; le bien et
le mal sont étroitement liés.
Ce
symbole est mis en rapport avec un objet apporté par le présentateur, le
tableau La lutte avec l'ange, de
Delacroix. Bauchau met l'accent sur le fait qu'il s'agit d'une lutte avec l'ange et non contre
l'ange, analogue à la relation entre l'écrivain et son lecteur. À la fin
de la nuit de lutte, l'ange n'inflige à Israël qu'une simple blessure ;
parce que c'est par la blessure qu'on guérit et qu'on devient guérisseur.
Telle est la nature du rapport entre le psychanalyste et l'analysant.
V.
Le pari
Bauchau
ne répond pas directement à la question, ne se sentant pas à même de faire
de la prospection.
Il
ne croit pas au salut par le beau, par l'art. Le
beau n'est qu'un chemin, pas plus que cela. L'art est quelque chose
d'humain, pas de sacré. L'art n'est pas oeuvre de salut.
Par
contre, quelque chose doit être brisé dans l'ingénuité merveilleuse de la
jeunesse. C'est en travaillant son passé qu'on prépare l'avenir :
nous avons une mémoire du futur. L'entretien se termine sur la phrase de
Paulhan, il n'y a pas de progrès sans perte : il faut pouvoir mesurer
progrès et perte.
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(c)
La
Médiathèque, 2002 - 2006
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