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sur
les écrivains belges de langue française
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Jacques
Sojcher
TF
5665
Production :
R.T.B.F. - Noms de dieux - 26/02/1999 - Réalisation : Jacques
Dochamps - Journaliste : Edmond Blattchen - Durée 57' -
Couleur
L'émission
se propose de discuter avec ce spécialiste de Nietzsche la question de la mort
de Dieu. Philosophe et essayiste (La démarche
poétique), Jacques Sojcher est également poète et romancier (Un roman, Le professeur de
philosophie, Le rêve de ne pas parler).
En tant que directeur de la " Revue de l'ULB ", il est à la base
de deux numéros qui ont fait date, La
Belgique malgré tout et Belgique
toujours grande et belle.
Commentaire
Le
propos général de Noms de Dieux est énoncé dans une citation d'André
Malraux : Je pense que la tâche du prochain siècle, en face de la plus
terrible menace qu'ait connue l'humanité, va être d'y réintégrer les
dieux. Le présentateur, Edmond Blattchen, s'entretient avec une figure
intellectuelle importante de notre époque : philosophe, écrivain,
scientifique, chef religieux, homme politique.
L'émission
est réalisée en studio dans un décor sobre, voire austère, et se déroule
toujours selon le même schéma formel en cinq parties : le titre,
l'image, la phrase, le symbole et le pari. Des intertitres accompagnés par
l'exécution du même thème musical accentuent ce côté formel.
L'éclairage
dirigé sur les interlocuteurs et la couleur vert-bleu dominante du décor ne
permettent pas la dispersion du regard du spectateur. Les interlocuteurs sont
filmés en plan fixe rapproché. Une troisième caméra, disposée
perpendiculairement à l'axe formé par les deux interlocuteurs, montre, en légère
plongée, l'ensemble du dispositif de plateau. Elle rappelle que nous sommes
dans un contexte de communication médiatique - la présence de projecteur qui
s'allument progressivement, en est un élément - et souligne aussi le caractère
intime et spirituel de l'entretien en montrant le présentateur et son invité
face à face, mais proches dans un espace plus vaste.
Le
présentateur rappelle le parcours intellectuel de l'invité et la raison de
sa présence. L'invité se prête à ce qui ressemble à un rituel et choisit,
pour chacune des cinq parties, un objet symbolique qui représente un aspect de
sa pensée.
Jacques
Sojcher, homme singulier et pluriel, se veut à la recherche d'une vérité
vraiment vraie à défaut d'être unique et splendide, la recherche pathétique
d'une identité introuvable, entre mémoire et oubli, moi et l'autre.
Auschwitz, où son père est mort, est pour lui la preuve de l'absence de
dieu. Dieu était absent à Auschwitz,
donc aussi au Golgotha.
I.
Le titre
Sojcher
écrit Ô non de Dieu. Le " Ô " est invocation, exaltation. Le
" non " n'est dès lors pas un refus réactif. La formule indique
la joie et l'espérance qu'il n'y ait pas de dieu créateur, que l'homme
ne soit pas à l'image de Dieu. Qu'il puisse être homme, sans filiation
divine, sans péché, sans rédemption, dans l'aventure du devenir humain.
Bien sûr, l'image de Dieu a
participé à la construction même de l'idée d'humanité. Les représentations
de dieu sont passionnantes, même pour un athée, mais il n'y a pas de dieu
au-delà de Dieu, au-delà de l'image de Dieu.
Le
philosophe émet l'hypothèse que toute l'histoire de l'homme est généalogique,
qu'elle se construit par strates de culture, d'imaginaire (c'est une
extension du concept de généalogie chez Nietzsche). Le christianisme, le judaïsme,
l'islam, les Lumières, les laïcités ont joué un rôle dans la construction
de l'humanité en tant que fictions régulatrices, constructions formatrices
de l'imaginaire, mais pas en tant que lieux de vérité, en aucun sens du
terme.
Quand
il pense à Dieu, Sojcher pense au Dieu des monothéistes. Les dieux grecs ne le
dérangent pas. Ainsi du dieu Priape, tandis que 2000 ans de christianisme représentent
une castration et une répression féroce de la sexualité, génératrice de névroses.
II.
L'image
Il
s'agit d'une photo, Un visage (1984), de l'Américain A.S. Zack. Un médaillon funéraire
transformé par le temps et l'usure, très agrandi par la photographie, montre
un visage d'une beauté énigmatique, proposant une transformation esthétique
de la mort et par là la question de son sens. L'aspect androgyne de ce visage
est l'occasion de réfléchir sur l'identité féminine et masculine et sur
l'altérité. Qu'est-ce qui distingue le désir de l'autre comme le conçoit
Lévinas de l'amour du prochain des chrétiens, fondé sur l'amour de Dieu ?
Dieu fonde tout amour, mais si Dieu n'est pas là ? Comment alors
imaginer une morale de l'immanence, sans transcendance ?
III.
La phrase
Au
coeur de l'évidence, il y a le vide. (Edmond Jabès, 1912-1991)
Jabès,
poète de l'exil, affirmait qu'être
juif c'est être parti de son lieu et n'avoir abouti nulle part. Sojcher
revendique l'errance d'un sédentaire, celle de quelqu'un dont la terre
promise est ici et maintenant, devant pourtant accepter que l'évidence soit
perdue, le vide comme Dieu n'a pas de
nom (Jabès). L'homme est condamné à la sublimation, au dépassement de
soi-même, sans but et sans programme. La
création de la vie est une illusion, régulatrice, qui exalte, donne du
bonheur, un sens vitaliste, cosmique.
IV.
Le symbole
Signe
d'une origine perdue, le symbole choisi est un objet à forte valeur
personnelle, une montre, seul objet hérité du père mort à Auschwitz. Elle
est en or, les aiguilles sont arrêtées, marquant le temps suspendu, opposé à
la terre promise de l'ici maintenant.
Cette
montre est aussi la marque de la mémoire vide, celle qui ne rencontre que
l'oubli, l'oubli du visage. L'histoire continue cependant, mais comment
croire à la résurrection et à la rédemption avec les millions de morts du siècle
du génocide ? La vie doit continuer, avec ou sans Dieu.
V.
Le pari
Que
faire devant la barbarie ? Défendre la culture, comprise comme les différentes
strates de l'invention de l'homme. Auschwitz, la nuit jetée sur tout
bonheur, amène l'écrivain à concevoir une sorte de bonheur de survie. Mais
ce " bricolage " crée un moi multiple : un accordéon entre le
local, les histoires particulières de chacun, et l'universel, la construction
généalogique. Sojcher appelle le point de synthèse de tous ces bricolages la
quasi-transcendance.
Il
souhaite non pas la splendeur de la vérité, mais la splendeur des fictions, le
loyal mensonge de l'artiste qui sait que c'est une fiction, une fiction régulatrice.
Elle a pour elle que jamais elle ne peut se faire passer pour une vérité. Ce
qui distingue une bonne fiction, c'est le niveau d'humanisation. Une vérité
fétichiste est une fiction dangereuse pour l'homme. Sojcher donne pour
objectif le combat contre l'instinct théologique, la barbarie et le troisième
monstre de la pensée unique, le veau d'or de l'ordre économique.
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(c)
La
Médiathèque, 2002 - 2006
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