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sur
les écrivains belges de langue française
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Colette
Nys-Mazure
Colette
Nys-Mazure
TF
5666
Production :
R.T.B.F. - Noms de Dieux - 21/03/1999 - Réalisation : Jacques
Dochamps - Journaliste : Edmond Blattchen - Durée 53' -
Couleur
Colette
Nys-Mazure, née en 1939, a vu disparaître en quelques mois, à l'âge de 7
ans, ses deux parents. Loin de succomber au désespoir, elle a trouvé dans
cette expérience douloureuse une source d'espérance. Enseignante de français
dans la région de Tournai, elle se tourne d'abord vers la poésie, obtenant
pour son recueil Haute enfance (1990), le Grand prix de poésie pour la jeunesse décerné
par le ministère français de la culture. Elle est également essayiste, ses études
portant sur Simone de Beauvoir, Suzanne Lilar et Françoise Mallet-Joris.
C'est cependant par la prose, une prose fortement teintée de poésie,
qu'elle s'est découvert un nouveau public. Célébration
du quotidien et Contes d'espérance s'attachent
à réfléchir aux choses de la vie : Il
n'y a pas de petites choses, mais des choses vécues petitement, dans un
esprit d'optimisme lucide.
Commentaire
Le
propos général de Noms de Dieux est énoncé dans une citation d'André
Malraux : Je pense que la tâche du prochain siècle, en face de la plus
terrible menace qu'ait connue l'humanité, va être d'y réintégrer les
dieux. Le présentateur, Edmond Blattchen, s'entretient avec une figure
intellectuelle importante de notre époque : philosophe, écrivain,
scientifique, chef religieux, homme politique.
L'émission
est réalisée en studio dans un décor sobre, voire austère, et se déroule
toujours selon le même schéma formel en cinq parties : le titre,
l'image, la phrase, le symbole et le pari. Des intertitres accompagnés par
l'exécution du même thème musical accentuent ce côté formel.
L'éclairage
dirigé sur les interlocuteurs et la couleur vert-bleu dominante du décor ne
permettent pas la dispersion du regard du spectateur. Les interlocuteurs sont
filmés en plan fixe rapproché. Une troisième caméra, disposée
perpendiculairement à l'axe formé par les deux interlocuteurs, montre, en légère
plongée, l'ensemble du dispositif de plateau. Elle rappelle que nous sommes
dans un contexte de communication médiatique - la présence de projecteur qui
s'allument progressivement, en est un élément - et souligne aussi le caractère
intime et spirituel de l'entretien en montrant le présentateur et son invité
face à face, mais proches dans un espace plus vaste.
Le
présentateur rappelle le parcours intellectuel de l'invité et la raison de
sa présence. L'invité se prête à ce qui ressemble à un rituel et choisit,
pour chacune des cinq parties, un objet symbolique qui représente un aspect de
sa pensée.
I.
Le titre
Colette
Nys écrit Noms de Dieu. Sous cette graphie se cachent pour elle deux idées.
Dieu est pèremère, c'est-à-dire
qu'il doit unir les aspects masculins et féminins. D'autre part, toute
naissance est liée à la mort : la mère donne vie et mort en même temps.
Dieu
lui est quotidien, elle le ressent comme une présence. Ainsi, elle a été
comblée quand elle a compris que le qualificatif d'enthousiaste qu'on lui
accolait signifiait étymologiquement être
habité par un dieu : l'homme est une part de Dieu.
La
mort de ses parents lui a fait découvrir la vie et la mort en même temps ;
aux personnes disparues se sont substituées beaucoup
de paires de parents, beaucoup de ressources. Les relations avec son frère
et sa soeur sont alors devenues primordiales. Colette Nys croit à la résurrection :
on vient d'ailleurs, on va ailleurs,
entraînant avec soi les générations.
II.
L'image
L'image
choisie est une photographie de E. Smith, reporter durant la seconde guerre
mondiale. Après le conflit, il a réalisé des photos d'enfants. L'on voit
ici un petit garçon et une petite fille de dos s'enfonçant dans un tunnel de
verdure. Il n'y a pas d'adultes dans le champ de vision ; les enfants
sont seuls à deux, avec leur vie, leur imaginaire. Ils sont en escapade à l'écart
des adultes qui veulent votre bien et vous encombrent alors qu'on a envie de déployer
son imaginaire.
Pour
l'écrivaine, il faut permettre aux enfants de vivre à leur mesure ; on
ne leur donne pas assez l'occasion d'imaginer, d'inventer, de
s'inventer. Mais on peut se mettre à la place de l'autre, se coucher, par exemple, sur le
lit d'un enfant en son absence pour savoir ce que de là il voit, perçoit,
sent.
III.
La phrase
Sans
l'espérance, vous ne rencontrerez jamais l'inespéré. Héraclite
d'Ephèse (v.567-v.480)
'Sans'
implique une condition sine qua non. L'inespéré
c'est ce qu'on n'avait même pas imaginé, mais aussi ce qui va resurgir
sur les ruines. On croyait que tout était fini... et ça repart. Mais on ne
rencontrera jamais l'inespéré.
L'espérance
est indissociable de l'appétit d'exister. Une
somme d'angoisse et de terreur nous habite - du moins m'habite. Ces peurs
sont comme des ténèbres et jaillissant de ces peurs, il y a une irrésistible
envie d'exister.
Le
journaliste demande vers quoi, nous ou les enfants de la photo, nous marchons.
Colette Nys répond par une phrase d'un poète japonais du XVIIIe, Issa :
" En ce monde, nous marchons sur le
toit de l'enfer et nous regardons les fleurs ". On ne peut pas faire
l'économie de l'enfer et on ne peut pas faire l'économie de la beauté.
Les deux sont inséparables.
L'auteur
ressent fort la présence du grand méchant loup, du fauve, qui se caractérise
chez elle par l'absence de visage. On ne
lutte pas contre le loup que l'on a en soi, mais il faut continuer à avancer
au coeur des ténèbres.
Par
contre, à la question Est-ce que vous
croyez aux fées ?, C. Nys répond qu'il
y a toujours dans la vie quelqu'un qui vous tend l'objet dont vous avez
besoin, dit la parole dont vous avez besoin. Il ne faut rien attendre mais
tout espérer. Dans cet échange, elle précise le rôle qu'elle attribue à
la littérature : il ne faut pas demander aux écrivains d'offrir des
livres qui aident à vivre, mais seulement attendre d'eux un travail sur les
mots.
IV.
Symbole
Il
s'agit d'un anneau de mariage. Un objet rond, en or, un signe d'allégeance,
de confiance insensée dans l'amour. Car il faut oser le geste de dire pour
le meilleur et pour le pire. La discussion tourne alors sur les notions
d'alliance, de contrat et d'amitié.
V.
Le pari
L'écrivaine
souhaite que s'établissent entre hommes et femmes des relations plus fluides,
une meilleure répartition des tâches et des fonctions. Elle souhaite la fin
d'un système de compartimentage.
Elle
insiste encore sur l'importance du regard
sur l'autre : Si nul ne pense à
moi, je cesse d'exister (Supervielle).
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(c)
La
Médiathèque, 2002 - 2006
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