sur les écrivains belges de langue française

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Charles Bertin (1919 -)

L'humanisme de Charles Bertin

TA4681

Production: La pensée et les hommes - 1996 - Durée: 28' 30" - Couleur

En 1996, Charles Bertin vient de publier deux livres, un sur son oncle Charles Plisnier, et un ouvrage qui connaît un franc succès, La petite dame en son jardin de Bruges, dans lequel il communique avec sa grand-mère, morte un demi siècle auparavant.

La marque d'un grand écrivain est de parler, avec ses personnages propres, de tendances universelles L'humanisme de Charles Bertin se manifeste avant tout dans son oeuvre littéraire.

L'entretien auquel il nous est donné d'assister permet aussi de dégager deux idées maîtresses: la solitude est un thème majeur dans son oeuvre; la fonction de la création artistique est pour l'agnostique positif qu'il se revendique, de remplacer la grâce divine.

Commentaire

    Cette émission d'information, produite par le Centre d'Action laïque (CAL), propose ici un entretien orienté sur les conceptions philosophiques de l'écrivain plutôt que sur son oeuvre littéraire. Le présentateur Jacques Lemaire ne pose pas simplement des questions mais intervient activement dans la discussion pour resserrer ou faire progresser le propos. Anne-Rosine Delbart, auteur de Charles Bertin, Une oeuvre de haute solitude, participe à la discussion et explique les idées développées dans son essai.

    Dans son esprit et dans ses objectifs, cette émission est à comparer avec les émissions de la série Noms de Dieux (Jean-Claude Bologne ou Pierre Mertens). Entièrement tournée en studio dans un dispositif classique - les intervenants sont assis autour d'une table - elle se résume à un entretien continu et construit avec rigueur. La scénographie est réduite au minimum, ce qui la distingue des émissions "Noms de Dieux" qui, elles, recourent à un rituel précis, à des éclairages spéciaux et variables, à des mouvements de caméra élaborés.

Nous commençons par une mise au point: Charles Bertin est-il un écrivain belge?

Charles Bertin récuse cette dénomination: je possède bien une carte de citoyen belge mais je suis un écrivain français. Je crois que, pas plus qu'il n'existe de langue belge, il n'existe de littérature belge. Il y a une littérature française de Belgique et une littérature néerlandaise de Belgique. L'écrivain cite Marcel Thiry, Norge, Achille Chavée et Georges Simenon qui ont proclamé la même chose, tout en acceptant les particularités de terroir. Il ajoute quec'est le cas aussi pour les provinces françaises, Jean-Jacques Rousseau, né à Genève, n'est-il pas un écrivain français?

La solitude  (Minute 6)

Pour l'auteur de l'essai, le thème de la solitude a été remarquée par d'autres critiques et Bertin en personne. C'est une valeur ambiguë, car elle est nécessaire pour l'accomplissement du bonheur des héros de Bertinet misérable ou négative dans la mesureoù elle corrompt les joies humaines.

L'écrivain accepte cette approche de son oeuvre qu'il complète en disant que la solitude est aussi enrichissante: j'ai le sentiment que nous naissons et que nous mourrons seuls. La solitude n'empêche pas la sensibilité à l'amitié et à l'amour. La plupart de mes livres tournent autour de ce thème-là: Don Juan c'est la solitude dans l'amour, Christophe Colomb c'est la solitude du génie, Les jardins du désert, c'est la solitude du pouvoir.

Mais ce n'est pas une démarche qui a été concertée: le jeune écrivain, lorsqu'il commence sa démarche d'exploration des passions humaines ne sait pas vers quoi il se dirige et c'est beaucoup plus tard qu'il constate qu'en fait il avait dans le gosier, comme l'oiseau dans la forêt, un certain nombre de notes qu'il a essayé de reproduire toute sa vie. Au présentateur qui objecte que l'homme s'inscrit dans un monde professionnel, une unité familiale, Bertin répond que le contexte social n'est qu'épidermique par rapport aux passions qui nous ravagent.

L'itinéraire spirituel  (minute 10)

Écrivain de Picardie, Montois d'origine socialiste, Charles Bertin a grandi dans un milieu de gauche mais a toujours essayé d'oublier ses origines lorsqu'il écrit. Neveu de Charles Plisnier, il exprime sa dette envers son oncle: tout ce que le coeur et l'esprit d'un être peuvent devoir au coeur et à l'esprit d'un autre, je le lui dois.

Non croyant, Bertin se déclare, non pas un athée mais un agnostique positif, qui a toujours vécu dans la nostalgie à l'égard d'un dieu qu'il n'a jamais rencontré et qu'il a remplacé par la création et par l'art. L'art procure une émotion comparable à la grâce. Il permet à l'homme d'atteindre à un monde qui palpite quelque part derrière l'écorce des choses, qui n'est pas de ce monde, qui échappe à notre pouvoir et à notre compréhension, mais qui quand même, nous permet d'accéder à un ailleurs plein de grâce.

Le livre de Anne-Rosine Delbart retrace aussi un itinéraire de l'athéisme à l'agnosticisme qu'on peut comprendre à travers le thème de la mort. Si, dans son théâtre, la mort est vécue comme un point final, l'amour est ressenti, dans les derniers romans, comme un accès à autre chose: elle ouvre les portes sur un nouveau monde.

La mort n'est pas seulement une libération, elle est aussi une fin totale. Ainsi, dans Journal d'un crime, le héros ne veut pas du prêtre car il veut mourir comme il a vécu.

Quelle est la place du rêve? L'activité fondamentale de tout créateur est de rêver. L'oeuvre est une transmission au public de fantasmes transformés en créatures de chair, d'encre et de papier.

L'humanisme (minute 17')

Saint-Exupéry avait écrit dans Terre des hommes: "Ce que j'ai fait, aucune bête ne l'aurait fait". Malraux, qui n'aimait pas trop le côté boy-scout de Saint-Exupéry, avait corrigé cette affirmation: l'humanisme c'était plutôt de dire: "J'ai refusé ce que voulait en moi la bête et je suis devenu homme sans le secours des dieux". Bertin ne voit pas de contradiction entre ces deux affirmations qu'il vient de citer, il les réunit par une sorte de passerelle afin d'exprimer sa propre conception de l'humanisme:

Pour moi, l'humanisme c'est le refus d'allier l'homme à ce qui le détruit. Ce qui veut dire en termes positifs: l'humanisme, c'est le souci, le besoin, la vocation de sauvegarder, de préserver et d'exalter même, la noblesse qui est en nous et qui fait de l'homme autre chose qu'un simple accident de l'univers.

Citant Pascal, L'écrivain explique le besoin de créer chez l'homme parce qu'il sait qu'il meurt. Il écrit pour nier sa mort comme l'enfant construit un château de sable même s'il sait que la mer va le renverser.

L'écrivain n'a pas la prétention d'enseigner; sa fonction est d'être, modestement, le témoin du monde et de soi-même, et de raconter ce qu'il entend et ce qu'il voit. Si le lecteur tire, malgré tout, quelques enseignements d'une oeuvre réussie, ceux-ci ne résultent pas de l'intention de l'auteur. L'art est aussi le moyen pour le créateur de payer ses dettes à l'égard de ceux qui lui ont permis de devenir ce qu'il est devenu. Ses deux derniers livres, La petite dame en son jardin de Bruges, et celui sur Plisniersont des dettesd'amour qu'il paie à sa famille.

L'écriture (Minute 24)

Au terme de l'émission, les intervenants regrettent de ne pas avoir eu l'occasion de parler davantage de l'écriture particulière de Charles Bertin, vive, impertinente et maîtrisée. Par la magie de sa langue, l'écrivain a, en effet, le pouvoir d'exprimer ce que nous ressentons tous. En ce qui le concerne, Charles Bertin a cherché à se faire aimer de la langue plutôt qu'à la maltraiter.

Liens avec d'autres documents

Charles Plisnier - R.T.B.F. - TA7231. Charles Bertin a écrit le texte de cette émission. Il intervient aussi dans une autre émission, Charles Plisnier: et Marx et Jésus - TA7232.

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