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sur
les écrivains belges de langue française
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Jean-Claude
Bologne (1956
-)
Jean-Claude
Bologne
TF5643
Production:
R.T.B.F. - 1996 - Réalisation: Jacques
Dochamps et
Daniel Rémy - Présentation: Edmond
Blattchen - Durée: 56', couleur
Né
à Liège, en 1956, Jean-Claude Bologne est licencié en philologie
romane. Professeur d'iconologie médiévale à l'I.C.A.R.T. (Institut
Supérieur des Carrières Artistiques) à Paris, il se présente comme
un "athée mystique", une position originale qu'il développe
en détail dans un petit traité, Le mysticisme athée (éditions
du Rocher).
Commentaire
Noms
de Dieux est une des rares émissions de philosophie. Son propos
général est énoncé dans une citation d'André Malraux, qui
apparaît au début de chaque émission: Je pense que la tâche
du prochain siècle, en face de la plus terrible menace qu'ait
connue l'humanité, va être d'y réintégrer les dieux. Le présentateur,
Edmond Blattchen, s'entretient avec une figure intellectuelle
importante de notre époque: philosophe, écrivain, scientifique,
chef religieux, homme politique.
L'émission
est réalisée en studio dans un décor sobre, voire austère, et se
déroule toujours selon le même schéma formel en cinq parties: le
titre, l'image, la phrase, le symbole et le pari. Des intertitres
accompagnés par l'exécution du même thème musical accentuent ce
côté formel.
L'éclairage
dirigé sur les interlocuteurs et la couleur vert-bleu dominante du
décor ne permettent pas la dispersion du regard du spectateur. Les
interlocuteurs sont filmés en plan fixe rapproché. Une troisième
caméra, disposée perpendiculairement à l'axe formé par les deux
interlocuteurs, montre, en légère plongée, l'ensemble du
dispositif de plateau. Elle rappelle que nous sommes dans un
contexte de communication médiatique - la présence des
projecteurs, qui s'allument progressivement, en est un élément -
mais souligne aussi le caractère intime et spirituel de l'entretien
en montrant le présentateur et son invité face à face, mais
proches dans un espace plus vaste.
Le
présentateur rappelle le parcours intellectuel de l'invité et la
raison de sa présence, dans ce cas, la parution de son dernier
ouvrage, Le mysticisme athée. L'invité se prête à ce qui
ressemble à un rituel et choisit, pour chacune des cinq parties, un
objet symbolique qui représente un aspect de sa pensée.
I.
Le titre
L'invité
choisit une des orthographes possibles du nom de l'émission.
Jean-Claude Bologne l'écrit, dans ce contexte, tout en minuscules,
nom de dieu, afin d'éviter la portée symbolique excessive que
les majuscules peuvent véhiculer: Les majuscules, c'est le piédestal
de l'idole. On est amené à adorer ce qu'on sépare des autres en
leur octroyant une majuscule... et ça, je le refuse totalement.
S'il
se définit comme un athée, simplement comme un homme qui se rend
compte qu'il n'a pas la foi, le nom de dieu a cependant une réalité
en tant qu'il exprime un concept qui a véhiculé le plus d'espoirs
dans l'humanité. Dieu est ce souffle de voix qui révèle un
concept que l'on porte en soi, qu'il faut cultiver et qui va nous
permettre de sortir de nous. C'est le concept de l'union de
l'homme avec la totalité de la création.
Pour
Jean-Claude Bologne, la sensation de la totalité est une certitude
existentielle à l'origine de sa démarche spirituelle comme elle
l'est sans doute de la religion. Nom, au singulier, contient le
mythe de l'unité. Le mysticisme répond bien à ce mythe: faire un
avec la totalité de ce qui est créé, de ce qui existe.
Brise
marine de Mallarmé est un jalon énorme dans l'existence
de l'écrivain. L'état second qu'il atteint, à vingt ans, devant
cette oeuvre lui apprend qu'il y a quelque chose d'autre que la réalité,
qui est en dehors du domaine de la raison. Et il ajoute que ce
sentiment d'absence s'est évaporé dès que l'analyse a permis de
localiser le mot qui, dans le poème, l'avait provoqué (le mot
"sens"). Dans la suite de l'émission, l'écrivain
manifestera son refus de recourir à la raison pour analyser certains
événements.
II.
L'image
Jean-Claude
Bologne choisit la photo de l'accolade historique entre l'Égyptien
Sadate et l'Israélien Begin, le 17 septembre 1978 à Camp David aux
USA, en présence du Président Carter. La signature du traité de
paix a marqué la fin de 11 ans de guerre et a valu aux deux Chefs d'États
le prix Nobel de la paix.
Alors
âgé de 22 ans, l'écrivain se souvient avoir pleuré pour la première
fois devant un écran de télévision en voyant naître l'esprit entre
deux hommes qui avaient été transcendés, ce jour-là, par l'événement.
La
poignée de main était certainement prévue mais l'accolade est
provenue plutôt d'un élan de spontanéité qui ne pouvait naître
qu'à deux. L'accolade était la manifestation de quelque chose
qui dépasse le compréhensible. (...) Si ce genre de choses
peut concerner tout à coup l'ensemble de la planète, quelque chose
va pouvoir exister en dehors des hommes. Je serai prêt à ce moment-là
à l'appeler dieu. Je lutterai pour que dieu, un jour, soit possible;
mon athéisme peut aller jusque là.
Jean-Claude
Bologne indique, au passage, qu'il appartient à une école littéraire
appelée "Nouvelle fiction". Le roman ne doit pas
simplement être un miroir qui ne renvoie qu'à l'homme. Le
roman, et l'art en général, doit renvoyer à quelque chose de plus
important, qui est l'esprit.
La
télévision, au nom du droit à l'information, contribue à la
disparition de la spiritualité. La télévision nous habitue à
des images intellectuelles qui ne nous font plus vibrer sinon par
l'indignation, ainsi des petites filles qui meurent dans un océan de
boue. Ces choses-là tuent l'esprit car elles nous habituent à un
certain regard.
III.
La phrase
Jean-Claude
Bologne commente une phrase tirée de La cendre et la foudre,
roman du chef de file de la Nouvelle fiction, Frédérick Tristan:
"Le dieu absent est un appel plus fort que la croyance."
Le
dieu absent n'est pas mort ou inexistant, comme le professent les matérialismes
athées, certains inspirés par la pensée de Nietzsche. Un dieu mort
est un dieu du passé, qui a vécu, et ce n'est pas le sens de cette
phrase. L'absence désigne plutôt un scandale par rapport à tous les
espoirs que dieu a suscités chez les hommes. S'il n'y a que la
matière vouée à la destruction, la vie est absurde.
Interrogé
sur la différence entre l'athéisme et l'agnosticisme, Bologne répond
que la distinction n'est pas tranchée, mais que le second contient
une attente. Il constate qu'il est simplement un homme sans dieu et
qu'il n'y a pas, chez lui, d'absence qui demande à être remplie.
Il envisage cependant l'idée de la création de quelque chose qui
pourrait s'appeler dieu, un appel d'air comblant le vide,
un dieu au futur donc.
L'expérience
mystique, présente chez Georges Bataille, l'a libéré de certains
verrous, d'une certaine honte à parler de choses qui ne sont pas
rationnelles.
Bologne
caractérise le sentiment mystique à travers quelques auteurs,
Hildegarde de Bingen, Hadewijch d'Anvers, Marguerite Porete, Maître
Eckhart. Il souligne, qu'étant athée et donc ignorant de tout
sentiment mystique présent chez des croyants, il a du construire son
propre cadre de pensée. Il a ensuite constaté que ce cadre était
souvent semblable à celui de ces auteurs.
Il
existe, selon Bologne, un point commun entre beaucoup de mystiques:
Il ne s'agit pas pour eux d'éliminer la croyance en Dieu mais d'éliminer
ce mot "dieu", tout ce qui, intellectuellement, empêche une
perception franche, directe et sensuelle de la divinité. Ainsi,
on peut établir une équivalence entre la phrase de Maître Eckhart:
"Je prie Dieu de me libérer de Dieu" et celle de
Marguerite Porete: "Seigneur, je me désencombre de vous".
Entre
mystiques religieuses et mystiques athées, il existe le même besoin
de combler le vide, la même expérience d'une totalité une et la même
certitude que quelque chose doit être construit. Il n'existe pas de
morale possible pour le mystique, pas de besoin de morale, car le
mystique sait que tout le mal que l'on fait autour de soi, on le
fait à soi-même.
IV.
Le symbole
Posé
sur la table, un simple minéral représente la pierre philosophale de
l'auteur. Auparavant, chaque fois que j'avais peur de perdre
quelque chose, je le comparais à cette pierre; mais toujours cette
pierre était plus précieuse. La laissant se perdre deux fois, il
s'est rendu compte qu'elle avait rempli son rôle: elle l'avait détaché
de tout, y compris d'elle-même.
A
propos du rêve de Mallarmé d'écrire un livre blanc, Jean-Claude
Bologne décrit le danger des mystiques qui est le quiétisme,
attitude passive et passéiste: Dieu est en moi; ce n'est plus la
peine de le chercher.
Il
exprime son sentiment par rapport à la laïcité: la laïcité
craint toujours le retour du fait religieux, mais je crois que la
religion n'est plus un danger pour la laïcité; le danger, ce sont
les sectes.
V.
Le pari
Dans
cette dernière partie, l'invité donne sa propre interprétation de
la phrase de Malraux, citée au début de l'émission. Le retour du
religieux doit partir de l'homme en tant qu'individu puis en tant que
communauté, non pas sectaire, mais entendue dans son sens le plus général,
la communauté des hommes.
L'écriture,
parce qu'elle transmet et surtout éveille la spiritualité, est une
forme du salut. Le troisième testament (1990)estun texte qui,
à la différence des testaments de la Bible, refuse de se présenter
comme une révélation, car tout ce qui est révélé porte en
germe la menace d'un fanatisme. Le troisième testament qui représente
tout ce que l'homme porte en lui d'idéal ne peut jamais être écrit,
sinon par celui qui le porte en soi, à condition qu'il le fasse immédiatement.
(Référence faite à Marcel Lobet, L'esprit ou la lettre)
Le
présentateur, comme à la fin de chaque émission, met l'invité au défi:
il lui présente deux livres, la Bible de Jérusalem et un
livre blanc. Il lui demande sa préférence. Jean-Claude Bologne
choisit le livre blanc mais le rend aussitôt au présentateur: Il
reste à l'écrire... écrivons-le ensemble.
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(c)
La
Médiathèque, 2002 - 2006
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