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Herman Closson

1901-1982

Entretien avec Herman Closson

TU0502 - Non libre de droits actuellement

Production: R.T.B.F. Entretien littéraire - 1975 - Réalisation: Robert Lombaerts - Une émission de Jacques Goossens - Durée: 29' - Noir et blanc

Dans cet entretien, Herman Closson retrace d'abord son parcours artistique mouvementé, et particulièrement l'épisode surréaliste. Il explique ensuite, à travers quelques exemples, ce qu'il a voulu exprimer et l'influence qu'ont eu sur son oeuvre Pirandello et Proust.

La vie d'Herman Closson est marqué par les faux départs. Fils d'artiste (musicien), il fréquente d'abord l'Académie des Beaux-Arts mais renonce rapidement à la peinture. Il étudie alors la musique mais l'abandonne à la suite du jugement porté par son ami André Souris, qui dit de lui qu'ilest un homme qui a de bonnes lectures. Closson accepte ce jugement féroce qui signifie pour lui: influencé mais pas suffisamment personnel. Pendant quinze ans, il sera critique musical.

 Closson se lie au mouvement surréaliste à ses débuts mais s'en détourne rapidement car il n'a pas, dit-il, la fibre surréaliste. Après deux romans, il écrira essentiellement des pièces et des essais pour le théâtre. Le Jeu des quatre Fils Aymon, écrite en 1942, aura une importance particulière dans la résistance.

Commentaire

    Dans cet entretien ancien mais rare, Herman Closson apparaît comme un personnage direct, incisif, orgueilleux, extrêmement critique vis-à-vis de lui-même; et pourtant une certaine blessure affleure quand on lui fait remarquer, à la fin de l'émission, que ses pièces sont peu jouées. Il est aussi très tranchant vis-à-vis du surréalisme.

Le surréalisme

Touché par l'atmosphère révolutionnaire et provocatrice du surréalisme, Herman Closson rencontre les surréalistes belges et français, mais ses rapports sont plutôt conflictuels. Il quitte le surréalisme, auquel il n'avait jamais vraiment adhéré, lorsque Aragon veut lier le surréalisme au communisme. C'est, pour Closson, le mariage de l'eau et du feu.

Closson rappelle quelques événements caractéristiques de l'esprit surréaliste. Lorsque Marcel Lecomte est mis en cause dans des tracts (Correspondance) par les surréalistes pour des questions confuses et impérieuses, Lecomte et lui réagissent par de faux tracts. C'était la petite guerre dans un verre d'eau. A l'époque du premier manifeste surréaliste, il rencontre, au café Cyrano à Paris, Breton, Eluard, Aragon, Delteil et Desnos, mais en ressort terriblement perdu. Il réalise qu'il n'a pas la fibre surréaliste: j'ai fait de l'écriture automatique, je me suis comporté en bon surréaliste, mais cela sonnait creux.

Il est malgré lui présenté comme un fils d'artiste mais être fils d'artiste, dit-il, est très dangereux: Le fils d'artiste est guidé presqu'impitoyablement par son père dans une certaine voie et s'en échappe très difficilement. Michaux, fils d'abominables bourgeois, pouvait devenir Michaux. Sa première pièce Spectacle ou la comédie du public est écrite sur le principe de la provocation qui était une chose essentielle dans le surréalisme. La pièce réunit l'auteur, l'acteur et le traître qui cherchent, les uns et les autres, à faire une pièce selon leurs principes et leurs orientations propres.

Lors d'une représentation de Tam Tam de Norge, il en vient aux mains avec les surréalistes venus dire que la pièce n'était pas surréaliste. C'est le scandale, Closson ressort de la bagarre en tenant, comme un trophée, un long morceau de gabardine de Camille Goemans. On se bagarrait pour des questions purement esthétiques.

Le théâtre

Closson explique l'influence énorme de Pirandello pour le théâtre et de Proust pour le roman. Un certain goût de l'analyse et de l'introspection m'était dicté par Proust, et un certain goût de démonter la machine théâtrale m'était dicté par Pirandello. Deux influences parallèles. Les Six personnages en quête d'auteur ont fait le tour du monde. Pirandello a jeté les bases de la destruction de l'illusion dramatique, bien avant Brecht.

En 1923, il écrit Le cavalier seul, roman nettement proustien, en allant presque plus loin que Proust, toutes proportions gardées, en ce sens que, dans la vie, c'était une promenade de vingt minutes et j'en faisais deux cents pages. A propos du Cavalier seul, pour lequel il aurait été comparé à Gide, Closson réplique: C'était moins constipé que Gide, mais ajoute aussitôt: Vous couperez cette mauvaise boutade. C'est un formidable écrivain.

Pourquoi le théâtre?

Pour Closson un homme de théâtre doit connaître la réalité du théâtre; une pièce de théâtre ne s'écrit pas dans un cabinet. Ce qui est merveilleux dans le théâtre, c'est qu'on connaît la réaction de son public. Le romancier ignore totalement la réaction de son lecteur (...) Au théâtre, on tient les gens pendant trois heures, c'est une chose considérable. C'est, si vous le voulez, la volonté de puissance.

Les thèmes

 On a souventdit que j'écrivais des pièces historiques, alors, pour moi, c'est la fin de tout.Mes pièces, dit-il, sont des pièces en costume qui traitent chaque fois d'une certaine question: Godefroid (Godefroid de Bouillon, 1933), c'est le problème du chef; Shakespeare (William ou la comédie de l'erreur, 1945) étant le problème de l'auteur devant ses personnages; Borgia (1945), le problème assez crucial de l'homme qui précède son temps. (...) Il est intéressant de transposer certaines idées, certains problèmes dans le temps, car ils prennent une certaine urgence et une certaine force.

Les personnages sont en quête de quelque chose de grandiose, mais lorsqu'ils sont sur le point de l'atteindre, il semblent y renoncer. Quand Godefroid de Bouillon arrive à Jérusalem, pour lui, c'est fini.

La pièce Le Jeu des quatre Fils Aymon (1943), écrite pour des comédiens routiers (comédiens itinérants sans formation théâtrale), a un succès immédiat mais est interdite aussitôt par les Allemands. Closson écrit alors une autre pièce plus sage, que les Allemands acceptent. Mais c'est la pièce initiale qui est, malgré tout, jouée un peu partout en Wallonie. Les Allemands ne se douteront jamais de la supercherie. Cette pièce galvanisera la résistance.

 On ne joue pas tellement Herman Closson?

Je vous le demande! Closson esquive la question en invoquant le succès de l'avant-garde ou le coût élevé de ses pièces en costume. Je ne suis pas déçu, j'attends. L'émission se termine par un sourire de l'écrivain à qui on demande s'il regarde la télévision et qui répond non, en s'excusant.

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